L’alliance d’Abraham et nous (audio et texte)

Comment comprendre les promesses faites à Abraham en Genèse 15? Et le rite particulier décrit dans ce texte (avec les animaux coupés en deux)? Voici ma prédication sur le sujet.

Nous poursuivons notre série sur le livre de la Genèse, le tout premier de la Bible. La série s’intitule « Le plan parfait au travers de gens imparfaits ». Notre texte, Genèse 15, s’inscrit parfaitement dans cette thématique. 

Genèse 15 est l’un des chapitres les plus importants de toute la Bible. Il s’agit d’un texte fondamental qui nous permet de comprendre toute la suite de l’histoire de la rédemption. Les auteurs du Nouveau Testament citent d’ailleurs régulièrement des extraits de ce chapitre. 

Nous nous intéresserons donc au plan parfait de Dieu, à son grand projet pour l’humanité, accompli au fil de l’histoire. Comme nous pourrons le constater, Abraham, le père des croyants, est un homme imparfait. En fait, plus nous apprenons à le connaître, plus nous nous disons que nous sommes un peu comme lui, du moins à certains égards. Ainsi, nous avons aussi besoin d’un Dieu plein de grâce qui prend sur lui de nous porter secours. 

Avant de nous plonger dans ce texte, quelques mots sur ce qui précède dans la Genèse. En fait, pour bien apprécier notre passage, nous devons avoir à l’esprit le commencement de l’histoire de l’humanité. Pourquoi ? Parce que le récit d’Abraham est un « re-commencement », un nouveau départ. C’est un reset qui propulse une nouvelle humanité sur le devant de la scène – la famille d’Abraham qui deviendra le peuple d’Israël –, dans la mesure où la première humanité a lamentablement échoué. 

  • Genèse 1-2: Dieu a créé l’humanité à la perfection, ce qu’il a fait était bon. 
  • Genèse 3 : L’humanité a rejeté son créateur, sans raison valable, lui disant, en gros: « Non merci, nous ne voulons pas que tu règnes sur nous ». Conséquence? Le juste jugement de Dieu, c’est-à-dire la dispersion. L’humanité est chassée du paradis terrestre, le jardin d’Éden.

Dans la suite des événements, le même cycle de rébellion suivie d’une dispersion ne cesse de se répéter (sur tout cela, voir l’excellent article de mon collègue Jean Maurais). 

Jusqu’à ce que commence le récit de la famille d’Abraham.

L’histoire d’Abraham, c’est Dieu qui intervient après la dispersion de l’humanité pour dire (je paraphrase): « Okay, ça suffit. Ils n’y arrivent pas. Du sein de cette humanité dispersée et rebelle, je vais me choisir un peuple. Je vais me créer une nouvelle humanité. » Abraham est un genre de nouvel Adam parce qu’il représente un nouveau départ. 

Nous avons commencé l’histoire d’Abraham il y a deux semaines. Ou d’« Abram » pour être plus précis (puisque c’est seulement au chapitre 17 qu’il reçoit le nom d’« Abraham »).

Qu’avons-nous vu en Genèse 12, un autre texte-clé? L’Éternel demande à Abram de quitter son pays pour se rendre dans le pays que lui (l’Éternel) lui indiquera (plus tard). Ce n’est pas très précis, c’est difficile à taper sur un GPS! Or cet appel s’accompagne d’une promesse incroyable. Une triple promesse (en Genèse 12.1-3).

L’Éternel lui promet:

  • un pays
  • une postérité nombreuse (qui formera une nation)
  • la bénédiction – une bénédiction si grande qu’Abram deviendra lui-même une source de bénédictions pour les autres peuples. Donc, la malédiction de Genèse 3 (le jugement de Dieu) sera remplacée par une bénédiction inattendue, aux proportions gigantesques. Rien que ça. 

Pas mal pour un projet de vie. En Genèse 12, Dieu dit à Abram: « Think big! » Sauf que dix ans plus tard, toujours rien. « La balloune s’est dégonflée », comme on dit au Québec. 

C’est à ce point précis qu’intervient le texte de Genèse 15. Comme nous le verrons, il y a plusieurs parallèles entre Genèse 12 et Genèse 15. Dans notre texte, il est de nouveau question de la promesse d’une descendance et de celle d’un pays. La grande différence, c’est le mot « alliance », qui va attirer notre attention. 

Peter Gentry (un spécialiste canadien de l’Ancien Testament) emploie l’analogie suivante: en Genèse 12, nous assistons aux fiançailles, alors qu’en Genèse 15 a lieu le mariage (dix ans plus tard!).

Que nous apprend ce grand mariage (pour reprendre l’analogie) entre l’Éternel et Abram? Ceci: Croire dans les promesses de Dieu, c’est une question d’alliance!

Ce matin, ce n’est pas un cours d’histoire sacrée que je vous propose. Ni un cours d’histoire des religions autour de ce personnage commun aux grands monothéismes. En fait, une juste compréhension de l’alliance, cela peut faire toute la différence dans notre vie. C’est un sujet profondément existentiel et très personnel.

Trop souvent, les discussions sur la foi, de nos jours, se limitent aux croyances. « Que crois-tu? » « Quelles sont les différences entre le système de doctrine des chrétiens et celui des musulmans ou des bouddhistes? » Or dans la Bible, nous trouvons bien davantage qu’un « credo » (« Je crois ceci et cela… »). Nous avons affaire à une alliance, à différentes alliances même – avec une alliance culminante dans le Nouveau Testament. 

Il n’y a rien d’équivalent dans l’offre religieuse ou spirituelle que vous trouverez sur le marché. Ceci est unique, et c’est un concept puissant, qui fait écho en nous. 

Pourquoi? Parce qu’au fond de nous, nous avons tous besoin et envie de faire alliance avec notre créateur – celui-là même que nous avons mis de côté trop longtemps. 

Tu as l’impression que ta foi est comme un yoyo, semblable à des montagnes russes avec des hauts et des bas? Eh bien, sache que seule une alliance avec Dieu peut te stabiliser, te sécuriser, t’affermir et même t’enthousiasmer et te donner envie de chanter et de danser!

I. La foi ambiguë d’Abram (versets 1-5) 

La foi d’Abram est bien réelle, cela ne fait aucun doute. Néanmoins, elle est… complexe, chancelante, changeante, hésitante – bref, ambiguë. Tiens, cela me fait penser à la foi d’une autre personne, que j’ai justement vue ce matin (dans le miroir de ma salle de bain!). 

1Après ces événements, l’Eternel s’adressa à Abram dans une vision : Ne crains rien, Abram, lui dit l’Eternel, je suis ton bouclier protecteur, ta récompense sera très grande.

2Abram répondit : Eternel Dieu, que me donnerais-tu ? Je n’ai pas d’enfant, et c’est Eliézer de Damas qui héritera tous mes biens. 3Tu ne m’as pas donné de descendance, poursuivit-il, et c’est un serviteur attaché à mon service qui sera mon héritier.

4Alors l’Eternel lui parla en ces termes : Non, cet homme-là ne sera pas ton héritier : c’est celui qui naîtra de toi qui héritera de toi.

5Puis Dieu le fit sortir de sa tente et lui dit : Contemple le ciel et compte les étoiles, si tu en es capable. Et il ajouta : Tes descendants seront aussi nombreux qu’elles.

(Genèse 15.1-5)

Notre texte s’ouvre avec les mots « après ces événements ». Quels événements? Ceux qui sont narrés au chapitre 14. Nous ne pouvons pas saisir les enjeux du dialogue intense entre Abram et Dieu si nous n’avons pas à l’esprit ce qui s’est passé dans le texte précédent. 

Au chapitre 14 se déroulent des combats militaires. À un moment, Abram intervient pour libérer Loth, son neveu, qui a été emmené captif. Abram remporte la victoire sur quatre rois, dont le roi de Sodome (comme dans « Sodome et Gomorrhe », deux villes immorales).

À la fin du chapitre 14, Abram rencontre deux hommes:

  • Un certain Melchisédek, qui dit à Abram (je résume): « Tu es béni de Dieu, c’est lui qui t’a donné la victoire sur tes ennemis. »
  • Le roi de Sodome, vaincu, qui négocie avec Abram (je paraphrase): « Abram, bravo, c’est toi qui as gagné. Je m’incline. Mais je te fais une proposition: tu gardes le butin mais tu me redonnes les captifs. » Abram lui répond (je paraphrase avec grande liberté): « Tu as raison, c’est moi qui ai gagné. Et je refuse catégoriquement le deal que tu me proposes. En fait, ton butin, tu peux le garder – je te le redonne –, c’est de la marchandise sale. Moi, je n’ai pas envie de me salir les mains avec du made in Sodome. »

L’idée ici, c’est qu’au chapitre 14, Abram est un leader exemplaire et intègre jusqu’au bout des doigts! Vraiment impressionnant. 

C’est à ce moment précis que l’Éternel s’adresse à lui dans une vision. La vision ici, ce n’est ni une image mentale, ni un rêve. Il s’agit d’une révélation de Dieu axée sur la parole. En Genèse 15, Dieu parle à Abram comme il parlait aux prophètes dans l’Ancien Testament. Il lui révèle même ce qu’il a l’intention de faire au cours des 400 années suivantes, et bien au-delà. Abram est dépeint comme un prophète à qui Dieu confie ses projets. 

Que lui dit-il au verset 1? « Ne crains rien. » Le contexte que nous avons parcouru nous aide à comprendre. Il y a quatre rois dans la région qui attendent une seule chose: l’occasion de se venger d’Abram, qui les a humiliés.

Ensuite: « Abram, lui dit l’Éternel, je suis ton bouclier protecteur. » De fait, cela peut toujours servir, lorsque vous êtes encerclé par des puissances étrangères mieux équipées que vous, d’avoir Dieu comme bouclier. D’ailleurs, Melchisédek avait dit à Abram: « C’est Dieu qui t’a donné la victoire. » D’une certaine manière, Dieu avait déjà démontré qu’il était son bouclier. 

Puis, à la fin du verset 1, nous lisons: « ta récompense sera très grande ». Abram vient de refuser un butin souillé (« butin » et « récompense », c’est le même mot en hébreu). Dieu lui dit (je paraphrase): « Tu as fait le bon choix. Moi, j’ai une vraie récompense pour toi. » Cette récompense est détaillée dans la suite de notre texte. Nous aussi, parfois, devons choisir entre la récompense des hommes et celle de Dieu. Un tel choix n’est pas toujours évident!

Jusqu’ici, Abram est un modèle pour nous. Il ne fait aucun compromis. Il choisit son camp. Mais aux versets 2-3, le yoyo redescend. La foi du patriarche conquérant chancelle. Dieu vient de lui dire qu’il le récompensera (à la fin du verset 1). Abram lui répond: « Éternel Dieu, que me donnerais-tu? » Question légitime. 

Mettons-nous un instant dans la peau d’Abram. Il avait sans doute envie de dire à Dieu: « Regarde, Dieu. Pour l’instant, tes promesses se limitent à des paroles en l’air. Il y a dix ans, tu m’as annoncé une descendance. Or je n’ai toujours pas d’enfant. En plus, Saraï est stérile [ce qui était souvent perçu, à l’époque, comme un signe de la malédiction divine]. Si ça continue, je vais devoir adopter mon serviteur Eliézer pour qu’il hérite de mes biens [comme le faisaient parfois à l’époque les gens qui n’avaient pas d’enfant biologique]. »  

Que fait Abram ici? Il se plaint. En outre, il propose une solution tout humaine pour se doter d’un héritier. C’est comme s’il s’exclamait: « Dieu, tes promesses sont très belles, mais si tu veux, je peux te donner un petit coup de main pour les accomplir! »

Au verset 4, Dieu répond (je résume): « Non, non, oublie ton serviteur Eliézer. Tu vas avoir un fils. » Dieu réitère sa promesse. Et au verset 5, Dieu fait sortir Abram de sa tente et lui dit: « (…) Contemple le ciel et compte les étoiles, si tu en es capable. Et il ajouta: Tes descendants seront aussi nombreux qu’elles. » En Genèse 13, Dieu avait déclaré (au verset 16): « Je rendrai ta descendance aussi nombreuse que les grains de poussière de la terre. » L’image des étoiles est encore plus grandiose! C’est un signe parlant qui vise à renforcer la foi d’Abram. 

Contrairement à l’Abram du chapitre 14, celui du chapitre 15 est beaucoup moins solide. Il se plaint. Il imagine des solutions humaines. Il doute. Pourtant, Dieu lui répond de manière favorable. Il redonne la promesse (au verset 4). Il lui procure un signe pour imager la grandeur de sa promesse (les étoiles, au verset 5). 

Et ce n’est pas terminé.

II. La justification claire d’Abram (verset 6) 

6Abram fit confiance à l’Eternel et, à cause de cela, l’Eternel le déclara juste. 

(Genèse 15.6)

Cette affirmation du narrateur suggère qu’il y a une différence entre les doutes et l’incrédulité. Abram n’est pas incrédule, il fait confiance à Dieu. S’il était non croyant, il ne perdrait pas son temps à dialoguer avec l’Éternel. Quand Dieu parle, Abram écoute – et il enregistre. Il s’accroche à ce que Dieu lui dit. 

Abram est une illustration d’un croyant sincère qui se pose des questions honnêtes parce que les promesses de Dieu lui paraissent tellement improbables. Il se dit sûrement: « C’est trop beau pour être vrai. En plus, il ne se passe rien dans ma vie qui suggère le moindrement possible que les promesses divines sont sur le point de s’accomplir. » Pourtant, malgré ses combats, ses luttes intérieures, Abram, au fond de lui, sait que Dieu a raison. Et l’intervention de Dieu dans les versets 4-5 n’a que renforcé sa confiance. 

Nous les chrétiens, avons parfois le réflexe de paniquer lorsque notre foi faiblit. Comme si la faveur de Dieu dans notre vie dépendait de l’intensité de notre foi. Mais si notre salut dépend de l’intensité et de la stabilité de notre foi, autant fermer boutique immédiatement et aller bruncher (une tradition québécoise) le dimanche matin! Nous sommes mal barrés!

Heureusement, Dieu accueille toujours à bras ouverts les croyants qui luttent avec la confiance en lui. L’équivalent dans le Nouveau Testament, c’est cet homme qui dit à Jésus (en Marc 9): « Je crois, mais aide-moi, car je manque de foi! » C’est exactement la situation d’Abram: « Je crois, mais aide-moi, car je manque de foi. » Plus souvent que nous le souhaiterions, c’est aussi notre situation: « Je crois, mais aide-moi, car je manque de foi. »

Ce qui est déterminant, ce n’est pas l’intensité de notre foi. C’est plutôt l’objet de notre foi. En qui ou en quoi mets-tu ta confiance? L’horoscope? Tu seras déçu. Ce qui est déterminant, c’est la solidité des promesses, pas la solidité de ta foi!

Quand nous luttons, nous pouvons même en parler… à Dieu lui-même! Lui exprimer nos doutes, nos frustrations, nos hésitations, nos déceptions, notre découragement, nos schémas de pensée tordus. Dieu aime nous voir lui avouer honnêtement ce qu’il sait déjà. Avec le Dieu de la Bible, nous pouvons avoir une relation vraie. Le fait de lui dire ce qui ne va pas est même une protection contre l’amertume et l’incrédulité. 

Quand j’étais étudiant, j’ai vécu quatre ans près de Chicago. Puis, je suis devenu pasteur en Alsace, dans l’est de la France. J’ai alors découvert que le mot « amitié » n’avait pas le même sens des deux côtés de l’Atlantique. 

  • Aux États-Unis, les amis sont d’accord entre eux.
  • En France, le fait d’être ami vous permet d’exprimer très passionnément vos désaccords.

Cela me faisait bien rire à l’époque quand le président français, Nicolas Sarkozy, rappelait aux Américains qu’ils étaient parmi les meilleurs amis des Français sur la planète. Quand il affirmait cela, vous saviez que, dans la phrase d’après, Monsieur Sarkozy allait dire: « Donc, nous ne sommes pas d’accord avec vous, et la France va s’opposer vigoureusement à votre projet! » En gros, ce que le président français déclarait, c’est ceci: « Notre relation se situe dans un cadre solide, celui d’une alliance entre nos deux puissances qui nous permet d’exprimer en toute liberté ce que nous pensons vraiment, ce que nous ressentons. » Les Français ne se privaient pas d’une telle liberté!

Si c’est le cas pour la relation franco-américaine, à combien plus forte raison une alliance établie et garantie par Dieu lui-même nous permet de dire à Dieu: « Là, ça va pas. Je n’arrive pas à saisir ta promesse. Aide-moi, car je manque de foi. »

Mais il y a autre chose d’extraordinaire au verset 6: « Abram fit confiance à l’Eternel et, à cause de cela, l’Eternel le déclara juste. » Littéralement, le texte hébreu dit que l’Éternel « le lui compta comme justice ». Qu’est-ce que cela signifie au juste?

Qu’est-ce que la « justice » (du moins dans ce texte)? C’est de plaire à Dieu en tout point. C’est de se conformer à la volonté de Dieu, à ses exigences. Pour Abram, la justice, c’était d’être fidèle à Dieu et d’observer parfaitement tout ce que Dieu lui avait demandé. C’était d’avoir une conduite agréable à Dieu. Or, Abram avait lamentablement échoué à plusieurs reprises. Il avait menti à propos de sa femme, Saraï, cachant le fait qu’elle était sa femme. Ceci a d’ailleurs mis Saraï en danger et l’a fait souffrir cruellement. 

Pourtant, le texte nous dit ici que l’Éternel a constaté qu’Abram avait confiance en lui et qu’il a décrété (je paraphrase): « Cette confiance-là, je la compte comme justice à ton dossier. Ta foi, c’est l’équivalent d’une parfaite justice à mes yeux. Parce que tu mets ta confiance dans mes promesses, je fais comme si tu avais toujours agi selon une justice parfaite (alors que ce n’est pas le cas sur le terrain, toi et moi le savons très bien). » 

Dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul précise davantage les choses (en Galates 3.6 et en Romains 4.3). Il situe la déclaration de Genèse 15.6 dans un cadre juridique, ce qui revient à dire: « Au tribunal de Dieu dans les cieux, ta foi compte comme justice. Parce que tu as mis ta confiance dans les promesses de Dieu, tu es considéré comme juste par le Juge divin. Tu es traité comme si tu avais toujours obéi à Dieu. Tu es acquitté. » Même si Abram n’est pas innocent sur le plan moral, il bénéficie néanmoins de l’approbation divine en raison de sa foi.

Quel message pour nous! La raison pour laquelle une journée sur deux (pour ne pas dire neuf journées sur dix), nous n’en menons pas large, nous nous sentons looser sur le plan spirituel, nous sommes pris dans un filet de remords et de culpabilité (réel ou imaginaire), c’est parce que nous n’alignons pas nos pensées et nos émotions sur le verdict de Dieu. Nous sommes plutôt portés à aligner nos émotions sur… nos émotions! C’est ce qui s’appelle un cercle vicieux. Cela produit un tourbillon d’émotions négatives. « Je suis coupable, je suis incapable, je suis coupable, je suis incapable, je suis coupable… » Est-ce que certains parmi nous entendent le même disque tourner? Une tornade de condamnation qui détruit tout sur son passage. LE combat de la vie chrétienne, c’est d’arriver à se dire tous les jours: « Dieu m’a déclaré juste, par grâce, par le moyen de la foi. Ma foi – ma confiance dans ses promesses – COMPTE comme justice! Par conséquent, je refuse les mensonges qui m’assaillent. Grâce à Jésus, je relève la tête. »

Cela dit, la justification d’Abram de la part de Dieu sur la base de sa foi seule suscite un certain nombre de questions. Être considéré selon sa foi, et non pas selon sa justice, est-ce… juste?

III. L’alliance irrévocable avec Abram (versets 7-21) 

7Il lui dit: Je suis l’Eternel qui t’ai fait sortir d’Our des Chaldéens pour te donner ce pays en possession.

8–  Seigneur Dieu, répondit Abram, comment aurai-je la certitude que je le posséderai?

(Genèse 15.7-8)

Au verset 7, Dieu réitère la promesse d’un pays. Une fois de plus, Abram demande des explications (verset 8), cette fois concernant la promesse d’un pays. Comment savoir si cela se produira réellement?

La suite est un mélange de rite et de prophétie. Abram et l’Éternel prennent part à un rituel très particulier. En même temps, Dieu précise les modalités d’accomplissement de sa promesse d’un pays. En fait, c’est une grande partie de l’histoire du peuple d’Israël que Dieu annonce. 

9Dieu lui dit : Va chercher une génisse, une chèvre et un bélier ayant chacun trois ans, une tourterelle et un jeune pigeon.

10Abram alla prendre ces animaux, les coupa tous en deux par le milieu, excepté les oiseaux, et pour chacun d’eux disposa les deux moitiés face à face. 11Des oiseaux de proie fondirent sur les bêtes mortes, mais Abram les chassa.

(Genèse 15.9-11)

Dans ces versets, le lecteur a l’impression qu’Abram s’apprête à offrir des sacrifices à l’Éternel. Les animaux correspondent aux sacrifices prescrits dans l’Ancien Testament. Toutefois, aucun sacrifice n’est immolé. Les animaux sont simplement disposés de cette manière: coupés en deux par le milieu, les deux moitiés face à face. 

Tout cela se passe le lendemain. En effet, au verset 5, Dieu a invité Abram à contempler le ciel et à compter les étoiles (le soir ou la nuit). Le lendemain, Abram trouve et dispose les animaux. 

Puis, de nouveau, c’est le soir:

Au moment où le soleil se couchait, une grande torpeur s’empara d’Abram et, en même temps, l’angoisse le saisit dans une profonde obscurité. 

(Genèse 15.12)

À l’évidence, c’est Dieu qui produit tout cela (la torpeur, l’angoisse, l’obscurité). Il a un message à faire passer. Soudainement, un profond sommeil tombe sur Abram, et l’angoisse qui le saisit ainsi que l’obscurité totale symbolisent ce que Dieu s’apprête à prédire.

13Le Seigneur lui dit : Sache bien que tes descendants vivront en étrangers dans un pays qui ne leur appartiendra pas, on en fera des esclaves et on les opprimera pendant quatre cents ans. 14Mais j’exécuterai mon jugement contre la nation qui les aura réduits en esclavage et ils quitteront le pays chargés de grandes richesses. 15Quant à toi, tu rejoindras en paix tes ancêtres, et tu seras enterré après une heureuse vieillesse. 16C’est seulement à la quatrième génération que tes descendants reviendront ici car, jusqu’à présent, les Amoréens n’ont pas encore mis le comble à leurs crimes.

(Genèse 15.13-16)

Qu’est-ce que Dieu annonce ici? Je paraphrase: « Oui, Abram, tu auras une descendance. Oui, ta descendance auras un pays. Mais tout cela prendra du temps et se fera dans la douleur. » Dieu annonce que les descendants d’Abram, les Israélites, seront esclaves en Égypte pendant 400 ans. Puis, l’Exode se produira: Dieu les libérera d’Égypte. Ils quitteront alors le pays de leurs oppresseurs avec de grandes richesses. 

Maintenant, la suite du rite:

17Lorsque le soleil fut couché et que l’obscurité fut totale, un tourbillon de fumée et une torche de feu passèrent soudain entre les animaux partagés. 18Ce jour-là, l’Eternel fit alliance avec Abram et lui dit : Je promets de donner à ta descendance tout ce pays, depuis le fleuve d’Egypte jusqu’au grand fleuve, l’Euphrate, 19le pays des Qéniens, des Qeniziens, des Qadmonéens, 20des Hittites, des Phéréziens, des Rephaïm, 21des Amoréens, des Cananéens, des Guirgasiens et des Yebousiens.

(Genèse 15.17-21)

Qu’est-ce qui vient de se passer? C’est le point culminant du texte, alors ne passons pas à côté!

Les animaux coupés en deux sont au sol. Entre les animaux partagés, quelqu’un ou quelque chose circule: « un tourbillon de fumée et une torche de feu », qui représentent l’Éternel lui-même. 

D’après le verset 18, voilà comment l’Éternel fit alliance avec Abram ce jour-là. Étrange. Première remarque susceptible de nous éclairer: en hébreu, « faire alliance » ou « conclure une alliance » se traduit littéralement par l’expression « couper une alliance ». Dieu vient de « couper une alliance » avec Abram, d’où la présence d’animaux coupés en deux.

Mais quelle est la signification du rite? Un autre texte de l’Ancien Testament décrit une scène très proche de notre passage: Jérémie 34.18-20 (nous ne prendrons pas le temps de le lire maintenant, mais il vaut la peine de le consulter).

Dans le Proche-Orient ancien, une alliance était un engagement officiel et solennel entre deux parties contractantes (des individus, des villes, des états, des empires) qui prêtaient serment pour bien définir les obligations et les privilèges de chacun. On faisait alliance pour toutes sortes de raison: pour céder un territoire, pour coopérer sur le plan militaire, et ainsi de suite. 

Pour certains types d’alliance, on coupait des animaux en deux. Puis, les deux contractants passaient au milieu des animaux, une manière de dire, pour chacun: « Si je brise cette alliance et n’accomplis pas ma part de l’entente, qu’il me soit fait comme à ces animaux. Si je trahis mon partenaire, malheur à moi, je suis maudit et prêt à mourir. Les dieux, témoins de notre alliance, peuvent me punir. »

Sauf que dans notre texte, il y a un grand absent. Dieu est là, il passe au milieu des animaux. Mais il est le seul à le faire. Abram ne l’imite pas. Il se contente d’être observateur de la scène. 

Qu’est-ce que cela indique? Ceci: dans cette alliance, Dieu s’engage pour les deux contractants. Dieu prend sur lui le respect des termes de l’alliance pour les deux parties. Il est le seul à prêter serment! C’est comme si Dieu disait: « Malheur à moi si je n’accomplis pas mes promesses. Et malheur à moi si Abram m’est infidèle! » Fait notable: quand nous lisons la suite de la Genèse (dès le chapitre 16), nous constatons qu’Abram n’a pas été fidèle, mais qu’il s’est tourné vers des solutions humaines – comme il avait pris l’habitude de le faire depuis des années. 

IV. Notre nouvelle alliance

Si vous êtes chrétien depuis un moment, vous savez que Jésus, la veille de sa crucifixion, a déclaré qu’il concluait une nouvelle alliance avec ses disciples. Quel est le rapport entre notre nouvelle alliance avec Dieu et l’alliance d’Abram avec l’Éternel?

Comme je l’ai déjà rappelé, le texte de Genèse 15 est souvent cité dans le Nouveau Testament. Or voici ce que ces citations nous apprennent, en gros: notre nouvelle alliance est l’accomplissement ultime de l’alliance d’Abram. 

  • En Jésus, le rite s’accomplit.
  • En Jésus, les promesses s’accomplissent.

D’abord, le rite s’accomplit. À Abram, Dieu dit (je paraphrase): « Qu’il me soit fait comme à ces animaux si l’un de nous deux brise cette alliance. » Certains spécialistes du Proche-Orient Ancient sont troublés par une telle interprétation. Certes, il existe des parallèles entre notre texte et les traités de l’époque dans d’autres cultures. Cependant, dans aucun autre texte ancien, le dieu (ou le suzerain) prend sur lui la fidélité de l’autre. D’ailleurs, même le langage est à peine imaginable (et absolument unique): comment Dieu peut-il s’engager à mourir à la place d’un autre? Dieu ne peut pas mourir!

Il faut attendre très longtemps avant que cette tension ne soit résolue. Deux mille ans plus tard, Dieu s’incarne dans un homme galiléen. 

  • Avec Abram, Dieu s’était abaissé au point de se manifester dans un tourbillon de fumée et de circuler dans la poussière et le sang, au milieu d’animaux décapités. 
  • En Jésus, Dieu s’abaisse bien plus. Il accepte d’être mis à mort à cause de notre infidélité envers lui. Jésus, qui est pleinement Dieu, est décrit comme un Agneau, transpercé et ensanglanté, qui nous représente et prend sur lui nos fautes et notre culpabilité. Comme Abram, nous sommes des contractants qui ne cessent d’être infidèles à Dieu. Mais sur la croix, Jésus le Fils de Dieu a pris sur lui nos infidélités et a payé de sa vie pour nous pardonner et préserver ainsi l’alliance. 

Mais ce n’est pas tout. Les promesses s’accomplissent aussi en Jésus. Prenons la promesse d’une descendance. Vingt-cinq ans plus tard, Isaac est né. Des siècles plus tard (à l’époque de l’Exode), les Israélites étaient devenus aussi nombreux que les étoiles du ciel. Mais en outre, Abraham est devenu le père d’une multitude de peuples dans la mesure où il est le père de tous les chrétiens (d’après Romains 4.18). 

Pourquoi pouvons-nous affirmer qu’il est notre père? D’abord parce que Christ est la descendance ultime d’Abraham (d’après Galates 3.16). Or nous sommes en Christ – spirituellement unis à lui – et nous lui appartenons (Galates 3.28-29)! Ensuite parce que Dieu nous déclare justes quand il voit une seule chose en nous: notre foi (Galates 3.7), notre confiance dans ses promesses (aussi vacillante soit-elle). Cette confiance que Jésus-Christ a accompli tout le nécessaire pour notre salut. 

Imaginez que je promette à mes trois garçons que samedi prochain, ils vivront une journée extraordinaire. Du matin au soir, notre famille fera du sport dans un gymnase loué, en plus de s’organiser un tournoi de jeux vidéos (nous nous procurerons une Play Station pour l’occasion). Nous mangerons des hamburgers et de la poutine (une spécialité québécoise de type fast food) le midi, et de la pizza le soir (avertissement: ceci une illustration fictive!). Voilà ce que nous pourrions appeler une « belle espérance » (quand on a 9 ans, 11 ans et 13 ans).

Supposons que mercredi, l’un de mes trois fils oublie tout ceci parce qu’il a la tête ailleurs. Le jeudi, un autre de mes fils commence à s’inquiéter: « Est-ce que Papa trouvera vraiment une console, la bonne console de jeux vidéo? Après tout, Xbox, PS4, il n’y connaît rien! » (En effet.) Mon troisième fils, de son côté, pense au samedi toute la semaine. Il est réellement habité par son espérance.

Ma question: quand arrive le samedi, lequel de mes trois fils profitera le plus de la journée de rêve? Pensez-y un instant. 

En tant que père de ces trois garçons, je vous garantis… que les trois en profiteront autant!

  • Celui qui avait oublié: la promesse lui reviendra soudainement à l’esprit!
  • Celui qui angoissait sera complètement soulagé.
  • Celui qui y croyait le plus verra son rêve devenir réalité.

Deux choses à retenir:

  • L’important, ce n’est pas l’intensité de leur foi, mais c’est l’objet de leur foi: Papa et ce que Papa a dit.
  • S’il peuvent me faire confiance, c’est parce que ma promesse se situe dans un cadre relationnel extrêmement solide: ce sont mes fils, je suis leur père, je les aime et je tiens parole. 

Conclusion

  • Ne panique pas quand ta foi faiblit. Si tu as l’impression d’être en train de lâcher la main de Dieu, sache que c’est sa main qui te tient solidement. Elle ne risque pas de céder.
  • L’alliance avec Dieu, c’est le cadre immuable et irrévocable qui garantit que Dieu, notre Père, tiendra toutes ses promesses à notre endroit. À l’époque d’Abram, Dieu a mis sa vie en jeu pour nous le garantir. À l’époque de Jésus, le Fils de Dieu a perdu la vie pour nous le prouver. 

Pour réfléchir davantage aux alliances bibliques

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Il est l'auteur du livre La méditation biblique à l'ère du numérique. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de toutes ses publications.

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