Faire le bien au travail (prédication audio et texte complet)

Que dit la Bible sur le travail? Voici une prédication que je viens de donner à l'Eglise du Plateau, à Montréal. Elle porte sur Galates 6.7-10 et conclut une série d'enseignements sur le travail dans cette Église.

N.B. Il manque une dizaine de secondes au début de l’enregistrement audio.

Plan du sermon

Message central: Au travail, faisons du bien à tout le monde.

I. Le sens précis de l’exhortation de Paul

II. Des applications pour notre travail

  • Faire le bien au travail, c’est bien faire son travail.
  • Faire le bien au travail, c’est faire du bien aux personnes que nous y rencontrons.
  • Faire le bien au travail, c’est faire le bien au-delà du travail.

Transcription du sermon

J’ai le privilège de clore aujourd’hui notre série d’enseignements sur le travail. J’avais envie de terminer sur une note extrêmement pratique.

Au cours des dernières semaines, nous avons découvert les richesses de l’enseignement biblique sur le travail.

Noua avons parlé:

  • du grand projet de Dieu pour le travail tel qu’il nous est présenté dans la Genèse, au début de la Bible (À la base, le travail est quelque chose de bon pour les humains. C’est Dieu qui nous donne pour mission de gérer et de développer les ressources de la terre.)
  • du travail moderne et de ses méandres, de ses défis
  • de la malédiction associée au travail (Oui le travail est bon à la base, mais en raison de la rébellion humaine contre le Créateur, il est affecté par les malédictions que l’humanité a entraînées.)
  • d’intégrité au travail
  • de la nouvelle motivation que Dieu nous donne au travail (Dieu est notre patron ultime. C’est premièrement pour lui que nous effectuons notre travail.) 

La question que je nous pose aujourd’hui, à la lumière de tout ce que nous avons vu dans cette série, c’est:

Quand je pars au travail le matin (ou quand je commence ma journée de travail à la maison pour certains), que puis-je me dire à moi-même?

Il serait commode de disposer d’une parole toute simple, qui « opérerait » pour nous tous – quel que soit notre travail – en raison de son caractère universel. Nous pourrions nous la redire chaque matin (ou chaque soir pour les personnes qui travaillent de nuit). 

Ce serait:

  • un genre de résumé concret de ce que dit la Bible sur le travail
  • une ligne directrice pour nous aider à débuter chaque période de travail dans le bon sens
  • une exhortation qui nous mettrait sur les rails et nous encouragerait en même temps

Bref ce serait une aide bienvenue. Eh bien, devinez quoi? Cela existe!

Il y a dans notre Bible un verset (c’est en réalité une partie d’un verset) qui peut devenir pour nous une espèce de boussole indiquant la direction à suivre au boulot. Ce court texte ne parle pas uniquement du travail, mais son champ d’application inclut la vie professionnelle. Il s’applique même très bien au travail.

Galates 6.10: « Faisons du bien à tout le monde ».

  • Tu te demandes quoi faire au travail? Fais du bien à tout le monde!
  • Tu te demandes comment faire ton travail? Fais du bien à tout le monde!
  • Tu te demandes comment trouver la motivation au travail? Fais du bien à tout le monde!
  • Tu te demandes quelle devrait être ta priorité au travail? Fais du bien à tout le monde!

C’est simple, c’est clair et c’est puissant. Au travail, faisons du bien à tout le monde (il sera vraiment très difficile de rater le message central de cette prédication).

Quand nous parlons de travail dans cette série, nous voyons grand. Ton travail, c’est l’occupation principale que Dieu te confie (ou les occupations principales qu’il te confie, pour celles et ceux qui portent plusieurs casquettes professionnelles). 

  • Pour beaucoup, c’est un travail rémunéré (un « job »), que ce soit en tant que salarié, travailleur autonome, entrepreneur, cadre, dans le privé ou la fonction publique, dans un lieu de travail à l’extérieur du foyer ou en télétravail à la maison (aujourd’hui les possibilités sont quasiment infinies). 
  • Pour certains, c’est une vocation parentale à temps plein (je pense aux jeunes mamans de notre Église qui se consacrent corps et âme à la maternité pendant une saison de leur vie).
  • Pour d’autres, c’est un service bénévole qui occupe une grande partie de leur temps (certains retraités choisissent de donner des heures et des heures à une cause qui leur tient à cœur).
  • Pour un certain nombre ici, ce sont les études à temps plein: c’est un « travail » au sens large, même si pour l’instant, c’est vous qui payez!
  • Parfois, notre travail, c’est de chercher du travail, ou c’est de vivre une convalescence (un arrêt maladie) avec sagesse, en suivant fidèlement et patiemment les recommandations du médecin. 
  • Il peut aussi s’agir d’un ministère à temps plein, soutenu par l’Église ou par d’autres donateurs, ou encore d’une carrière sportive ou artistique.  

Ce que j’essaie de dire, c’est que peu importe notre situation, nous avons tous un travail – une occupation principale. Dans le cadre de cette occupation, nous sommes tous appelés à « faire du bien à tout le monde [que Dieu met sur notre route] ». 

La seule limite que je mettrais, c’est celle-ci: assurez-vous que ce que vous faites est légal! Si vous êtes dans le crime organisé, une petite réorientation professionnelle pourrait être intéressante! La limite de la légalité donc, et également la limite de la moralité: si ce que vous faites est légal mais très douteux sur le plan moral, en contradiction complète avec l’éthique biblique, s’il est pratiquement impossible de le faire en bonne conscience, là aussi il sera plus compliqué de « faire du bien à tout le monde ». Peut-être que la meilleure manière de faire le bien dans une telle situation, c’est de changer d’emploi. 

Je vous propose deux parties dans cet enseignement:

  • le sens précis de l’exhortation de l’apôtre Paul
  • des applications pour notre travail

I. Le sens précis de l’exhortation de Paul

Il doit forcément y avoir, même dans cet enseignement très pratique, une partie explicative. Pourquoi? Parce qu’en tant qu’Église, nous devons nous demander: faire du bien à tout le monde, et le faire en tant que chrétiens, qu’est-ce que cela signifie au juste? Quelle est la différence entre des chrétiens qui font le bien et d’autres personnes qui le font, qu’il s’agisse d’athées ou d’adhérents à une autre religion? Existe-t-il une manière spécifiquement chrétienne de faire le bien au travail?

En tout cas, il est clair que les chrétiens ne sont pas les seuls à faire du bien autour d’eux. Il ne servirait à rien de se voiler la face et de prétendre que nous détenons l’exclusivité en matière de pratique du bien.

Laura et moi avons une amie qui travaillait dans le social sur la rive-sud. Quand nous sommes arrivés à Montréal il y a quelques années, elle nous a raconté que ses collègues et elle avaient mis la main sur une étude qui affirme que:

  • avec 4 câlins par jour nous sommes « en mode survie »
  • avec 8 câlins nous sommes « bien »
  • avec 12 câlins par jour nous sommes « heureux ».

L’histoire ne dit pas dans quelle revue scientifique ils ont puisé ces statistiques. Quoi qu’il en soit, étant donné que son équipe souhaitait que tous ses partenaires professionnels soient « heureux » (et pas seulement « en mode survie »), elle les a invités, sur les réseaux sociaux, à se rendre à un endroit précis, telle date entre midi et 14h, pour recevoir des câlins.

Cet exemple est rigolo. Pourtant, reconnaissons que les non-chrétiens font souvent le bien beaucoup mieux que nous. Je suis régulièrement bouche-bée devant la capacité qu’ont des non-croyants à faire du bien aux autres, à s’occuper des délaissés, à rendre service en se sacrifiant – y compris sur leur lieu de travail. 

Cela étant, faire le bien quand on est chrétien, c’est quelque chose de particulier et d’unique. Pour le comprendre, il importe de replacer l’exhortation de Paul dans son contexte. Les versets 7 à 10 de Galates 6 forment une unité de pensée. N’isolons pas le verset 10 de ce paragraphe. 

En outre, notre texte se situe vers la fin de l’épître aux Galates. Il s’agit d’un aboutissement, d’une conséquence, d’une conclusion logique. Si nous le détachons de ce qui précède, cela aboutira à une forme de « prêchi-prêcha » en mode « fais ceci, fais cela ». « Fais le bien, t’en as besoin! » Or l’apôtre Paul dit quelque chose de bien plus profond ici. 

Commençons par les versets 7-8.

7 Ne vous faites pas d’illusions: Dieu ne se laisse pas traiter avec mépris. On récolte ce que l’on a semé. 8 Celui qui sème pour satisfaire ses propres désirs d’homme livré à lui-même récoltera ce que produit cet homme, c’est-à-dire la corruption. Mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera ce que produit l’Esprit: la vie éternelle. (Galates 6.7-8)

À première vue, il n’y a aucun rapport entre ces deux versets et l’exhortation à faire le bien qui se trouve dans les versets 9-10. Mais en réalité, Paul introduit ici l’image de la semence et de la moisson, qu’il reprendra pour parler de la pratique du bien (dans les versets 9-10). Il est donc important de bien suivre le fil de sa pensée.

Quelques observations sur les versets 7-8:

D’abord, Paul s’exprime dans le registre de l’avertissement solennel. « Ne vous faites pas d’illusions: Dieu ne se laisse pas traiter avec mépris. » En d’autres termes: « Prenez très au sérieux ce qui suit! »

Ensuite, l’image de la semence et de la moisson évoque la conduite sur terre (la semence) suivie du jugement final (la récolte). Au siècle dernier, le bibliste suisse Pierre Bonnard a écrit que cette image souligne « le sérieux de la vie concrète de l’homme à cause de l’imminence du jugement dernier (la moisson) ». On récoltera ce que l’on a semé. Récolter, c’est recevoir le fruit. Le fruit sera soit un verdict divin de condamnation, soit un verdict divin d’approbation. 

Au verset 8, Paul nous présente une alternative, deux modes de vie opposés. Soit on « sème pour satisfaire ses propres désirs d’homme livré à lui-même » (dans le grec original, c’est littéralement « celui qui sème pour sa chair »), soit on sème pour l’Esprit (l’Esprit de Dieu, le Saint-Esprit). 

Semer pour sa propre chair, c’est suivre « sa propre pente » (Bonnard) d’homme naturel laissé à lui-même. Paul ne fait pas allusion seulement à une immoralité flagrante. C’est simplement vivre comme si Dieu n’existait pas. Dans cette situation, le fruit obtenu lors du jugement dernier est la corruption ultime qu’est la mort éternelle.

Heureusement, il existe une meilleure option. Toujours au verset 8: « Mais celui qui sème pour l’Esprit moissonnera ce que produit l’Esprit: la vie éternelle. » Semer pour l’Esprit, c’est semer pour plaire à l’Esprit, c’est vivre pour plaire à l’Esprit. C’est se soumettre aux directives de l’Esprit. La personne qui choisit ce mode de vie moissonnera la vie éternelle, c’est-à-dire le salut final.

En isolant les versets 7 et 8 de l’ensemble de l’épître, on pourrait être tenté d’adopter une théologie du mérite: « Vis pour plaire à l’Esprit et tu gagneras ton ciel! » Or dans tout ce qui précède dans cette épître, Paul s’est évertué à désamorcer ce type de raisonnement. 

Il a parlé de « justification ». De quoi s’agit-il? Dieu, le Grand Juge, déclare justes des personnes coupables parce que Jésus-Christ a subi leur peine à leur place. Dieu prononce un verdict d’acquittement. Le salut est par pure grâce. Il s’obtient par la foi seule et non par les œuvres. Galates 2.16a: « Cependant, nous avons compris qu’on est déclaré juste devant Dieu, non parce qu’on accomplit les œuvres que commande la Loi, mais uniquement par la foi en Jésus-Christ. » Ce qu’il faut donc comprendre, c’est que notre texte (Galates 6.7-10) décrit les effets de la foi. Ces effets sont produits en nous par l’action de l’Esprit. Comme le disaient les Réformateurs, les œuvres constituent l’évidence de la foi

Pourtant, on ne peut pas tout simplement se dire: « J’ai la foi (en Christ), alors je vais attendre tranquillement que ma foi produise des fruits (des œuvres). » Au contraire, notre texte est un appel à la responsabilité. C’est un appel à l’action, à l’activité. Comme le dit Douglas Moo (un commentateur de l’épître aux Galates), il nous est commandé ici de produire l’évidence de notre foi! (Un tel paradoxe mérite d’être médité longuement.)

Vous vous demandez peut-être: « Concrètement, comment fait-on pour « semer pour l’Esprit » (pour vivre de manière à plaire à l’Esprit)? Paul répond à cette question dans les versets 9-10: en gros, semer pour l’Esprit, c’est faire du bien à tout le monde! Quand on fait du bien aux autres, on sème pour l’Esprit. 

Maintenant, le verset 9:

9 Faisons le bien sans nous laisser gagner par le découragement. Car si nous ne relâchons pas nos efforts, nous récolterons au bon moment. (Galates 6.9)

« Faisons le bien » Il s’agit de la même exhortation qu’au verset 10. Paul nous invite deux fois plutôt qu’une à faire le bien. À quoi nous encourage-t-il exactement? Accomplissons des actes concrets d’amour

Faire le bien, ce n’est pas:

  • avoir des conversations interminables au cours desquelles nous refaisons le monde!
  • aimer l’humanité entière… tout en restant assis. 

C’est plutôt: faire des choses précises par amour. C’est l’équivalent de ce que Paul dit en Galates 5.13 (au chapitre précédent): « (…) par amour, mettez-vous au service les uns des autres ». En Galates 5.14, il appelle à obéir à cette parole: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Voilà d’autres manières de dire « faisons le bien »:

  • mettons-nous au service des autres
  • aimons notre prochain comme nous-même. 

La suite du verset 9: « sans nous laisser gagner par le découragement »

Si Paul dit cela, ce n’est PAS parce que faire le bien est toujours décourageant. Au contraire, souvent, c’est motivant et énergisant. Néanmoins, Paul veut nous encourager à la persévérance en cette période difficile qui précède le jugement final: nous persévérons parce que nous savons que le jour du jugement approche un peu plus à chaque jour. 

Comme le disait l’un des Réformateurs: « il y a deux jours qui comptent dans mon calendrier: aujourd’hui et le jour du jugement ». Aujourd’hui, c’est le moment de faire le bien avec persévérance. Ce jour-là, ce sera le moment de récolter. 

Toujours au verset 9: « Car si nous ne relâchons pas nos efforts, nous récolterons au bon moment. » Oui, il y a une place pour les efforts dans la vie chrétienne. Les efforts motivés par la grâce. « Ne relâchons pas nos efforts! » Pour quelle raison? « Nous récolterons au bon moment. » Le « bon moment », c’est le temps choisi par Dieu pour son jugement. Ce que nous récolterons alors, comme le disait Paul au verset 8, c’est la vie éternelle (le salut). 

Enfin, le verset 10 (notre verset clé):

10 Ainsi donc, tant que nous en avons l’occasion, faisons du bien à tout le monde, et en premier lieu à ceux qui appartiennent à la famille des croyants. (Galates 6.10)

L’expression « Ainsi donc […] » (au début du verset) est d’une importance capitale. Elle renvoie à toute l’exhortation qui précède (pas seulement au verset 9). C’est une manière d’indiquer que le verset 10 est la conséquence logique de ce qui précède. Dans l’exhortation du chapitre 5 et du début du chapitre 6, Paul a beaucoup parlé de la vie vécue par l’Esprit Saint. Il nous a encouragés à mener notre vie dans la dépendance du Saint-Esprit et non pas en vivant selon la chair (c’est-à-dire selon les désirs de l’homme livré à lui-même). Il nous a parlé du fruit de l’Esprit (en Galates 5.22-23), c’est-à-dire du fruit que l’Esprit produit en nous: l’amour, la joie, la paix, la patience, l’amabilité, la bonté, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi. Voilà de beaux outils à mettre dans notre coffre le matin avant de nous rendre au boulot!

Pourquoi est-il important de prendre en compte les développements qui précèdent dans la lettre de Paul? Parce qu’on ne peut arriver à faire le bien qu’en dépendant totalement du Saint-Esprit.

Le fait de bien suivre le fil de la pensée de Paul nous propulsera vers l’avant, vers une pratique du bien qui nous étonnera nous-même (nous nous dirons peut-être: « comment ai-je fait cela? »).

Suivons bien son raisonnement. Dans notre texte (Galates 6.7-10), Paul nous demande de semer pour l’Esprit. Mais avant cela (au chapitre 5 et au début du chapitre 6), il nous a dit que nous pouvions porter le fruit de l’Esprit. Or ces deux aspects sont étroitement liés. 

Nous portons le fruit de l’Esprit grâce à son action en nous; puis nous semons pour l’Esprit. C’est un genre de « cycle de l’Esprit ». Comme dans la nature, ce sont les fruits des arbres qui déposent de nouvelles semences dans la terre, c’est grâce au fruit que l’Esprit porte en nous (l’amour, la joie, la paix, la patience, et ainsi de suite) que nous pouvons de nouveau semer pour l’Esprit. Autrement dit, nous semons pour l’Esprit, mais nous semons aussi par l’Esprit (grâce à lui)! Si je devais semer pour l’Esprit par mes propres forces, je m’épuiserais très vite! Mais l’Esprit lui-même me permet de semer pour l’Esprit (c’est-à-dire de faire le bien au travail).

Vous ne trouverez rien de semblable dans les autres religions ni dans les spiritualités mises en avant aujourd’hui sur le marché des croyances. C’est absolument unique au christianisme! Comme l’a dit le théologien chrétien Saint-Augustin au Ve siècle (en Afrique du Nord): avec la grâce du Christianisme, « Dieu ordonne ce qu’il donne ». Autrement dit, quand Dieu ordonne quelque chose aux chrétiens, il leur donne tout le nécessaire pour qu’ils soient en mesure d’obéir. Dieu ordonne ce qu’il donne, et il donne ce qu’il ordonne. Ici: il ordonne de semer pour l’Esprit (en faisant le bien), et il nous donne le fruit de l’Esprit (pour y parvenir). 

En principe, quand on fait le bien au travail en tant que chrétien, on ne vide pas son réservoir d’énergie, parce que Dieu en renouvelle constamment le contenu. Plus on utilise de ressources, plus on dispose d’une grande quantité de ressources (c’est le fameux « cycle de l’Esprit »). Plus on dépense, plus le compte en banque se remplit! (Je parle en langage figuré… n’allez pas faire chauffer vos cartes de crédit cet après-midi! Ce n’est rien de plus une image!)

Poursuivons. Au verset 10, faire du bien « tant que nous en avons l’occasion », c’est faire du bien tant que Dieu retarde son jugement. Il nous est laissé du temps pour pratiquer le bien. À nous d’en profiter.

Ensuite: « faisons du bien à tout le monde » Tout le monde, ce sont toutes les personnes que nous avons l’occasion de rencontrer et d’aider. Cela rejoint l’idée du « prochain » dans l’enseignement de Jésus.

Et la fin du verset 10: « et en premier lieu à ceux qui appartiennent à la famille des croyants »

L’idée ici, ce n’est pas: « si tu as le choix entre aider un non-chrétien et aider un chrétien, aide le chrétien ». Non. Paul nous dit plutôt: « Quand vous chercherez à manifester l’amour concrètement autour de vous, c’est sans doute dans l’Église que vous trouverez les premières occasions de le faire » (avec Bonnard). Pourquoi? Paul part du principe que les chrétiens sont proches les uns des autres, qu’ils passent beaucoup de temps ensemble, qu’ils se connaissent bien, qu’ils sont conscients des besoins des frères et sœurs. Paul nous dit: « Commencez par là, mais ne vous arrêtez pas là. Poursuivez dans toutes les sphères de la société », par exemple au travail.

Je résume. Oui, notre texte constitue un appel à l’action et à la vigilance à l’approche du jugement. Mais cet appel est fondé sur la grâce de Dieu et sur la présence de l’Esprit en nous. 

Ne faisons pas le bien pour gagner notre ciel, nous n’y parviendrons jamais! Ne pratiquons pas le bien pour nous justifier nous-même. C’est Dieu qui nous déclare juste, sur le seul fondement des mérites de Christ. 

Le film Les chariots de feu (Chariots of Fire) raconte l’histoire d’Eric Liddell, le sprinteur des Jeux Olympiques de Paris en 1924[1]. Il met en contraste deux sprinteurs olympiques présents à Paris cette année-là, Eric Liddell (un chrétien qui courait pour l’Ecosse) et Harold Abrahams (qui représentait la Grande-Bretagne). Les deux étaient d’excellents coureurs, mais ils ne couraient pas pour les mêmes raisons.

Abrahams était obsédé par la nécessité de gagner. Dans une scène du film, il déclare: « D’ici une heure, je me retrouverai de nouveau sur la piste. Je vais lever les yeux et parcourir du regard mon couloir d’un mètre 20 de large. J’aurai alors dix petites secondes de solitude pour justifier toute mon existence. Mais est-ce que j’y parviendrai? »

Liddell, de son côté, voulait simplement plaire à un Dieu qui l’avait déjà accepté tel qu’il était. C’est la raison pour laquelle il a dit à sa sœur: « Dieu m’a créé pour courir vite, et quand je cours je ressens son plaisir. »

Tim Keller commente[2]: « Harold Abrahams s’épuisait même quand il était au repos, tandis qu’Eric Liddell se reposait même en plein effort physique. Pour quelle raison? Parce qu’il existe un labeur fatigant qui sous-tend tout travail humain: c’est le labeur de l’autojustification. Nous avons grandement besoin de trouver le repos en mettant fin à nos tentatives de nous justifier nous-mêmes. » 

Voilà dans quel état d’esprit nous faisons le bien en tant que chrétien. Nous le faisons avec une nouvelle attitude, avec une source de motivation singulière. Nous ne faisons plus le bien pour prouver quoi que ce soit à Dieu, ni aux autres, ni à soi-même. Nous faisons le bien parce que nous sommes biens dans notre peau et détendus. Pourquoi? Parce que nous sommes justifiés par Dieu. Le bien que nous faisons est une réponse de reconnaissance à Dieu. Faisons le bien parce que Dieu nous a fait du bien en Christ. Comment a-t-il fait cela? Il nous a déclarés justes! Nous n’avons plus à craindre son jugement! Reposons-nous en Christ et puisons dans la grâce la force nécessaire pour faire le bien.

II. Des applications pour notre travail

Faire le bien au travail, qu’est-ce que cela implique concrètement? Voici trois pistes d’application

A. Faire le bien au travail, c’est bien faire son travail.

L’idée ici, c’est que bien faire son travail contribue au bien des autres et de la société. Personne n’est gagnant quand on fait mal son travail, personne n’est bien servi par la médiocrité. 

Donc, je ne parle pas seulement ici d’accomplir une « bonne action » au travail, de faire le bien pendant les pauses, d’être gentil avec ses collègues, de rendre service, d’offrir de remplacer une collègue débordée. 

Dans un premier temps, il s’agit simplement de viser l’excellence dans le travail même. Pourquoi? Parce que nous voulons aimer notre prochain comme nous-même, et cela passe par la qualité de notre travail. 

Cela est peut-être plus facile à conceptualiser pour les gens qui œuvrent dans le social. Ils pratiquent le bien envers les autres de manière plus directe. Mais en réalité, cela concerne tous les secteurs d’activité, même quand le bien se fait plus indirectement. En général, l’objectif de tout champ d’activité est d’améliorer une situation humaine en proposant un produit ou un service. Peut-être que notre rôle particulier dans l’ensemble paraît insignifiant, par exemple si nous passons huit heures d’affilée sur une chaîne de montage à positionner une petite pièce au bon endroit. Pourtant, quand nous prenons du recul, nous percevons le bien qui a été fait par l’ensemble de l’équipe et par le résultat final. 

Bien sûr, je ne suis pas naïf. Beaucoup de décideurs et de patrons ne sont pas là par pur altruisme. Néanmoins, pour que leur entreprise ou leur service continue d’exister, ils doivent apporter quelque chose d’utile; sinon, il vont devoir mettre la clé sous la porte. 

Donc, des chrétiens au travail, ce sont des personnes qui, fondamentalement, travaillent bien, qui sont connues pour la qualité de leur contribution.

À ce propos, je propose quelques remarques évidentes, puis quelques remarques qui le sont moins.

D’abord, quelques mises en garde évidentes.

Contre quoi doit-on lutter pour bien faire son travail? D’abord, contre la procrastination. Il est tellement facile de perdre du temps aujourd’hui. Quelqu’un m’a dit: « Si vous mettez une personne dans un bureau avec un téléphone, un ordinateur et une connexion internet sans lui donner la moindre tâche à accomplir, soyez assuré qu’au bout de deux semaines maximum, la personne vous dira qu’elle est complètement débordée, entre les courriels, les coups de fil, les réseaux sociaux, les cafés avec les collègues… »

Voici quelques autres dangers évidents quand on veut bien faire son travail:

  • l’indifférence (être au travail sans y être, ne pas se soucier de l’objectif commun)
  • le laisser-aller, la négligence, la loi du moindre effort
  • l’instrumentalisation du travail (« Ce job est pour moi un tremplin vers autre chose, c’est une ligne dans mon CV, sans plus. » Ou bien: « Tout ce qui m’intéresse, c’est le chèque de paye que je peux dépenser les week-ends et pendant les vacances. »)
  • la malhonnêteté, la dissimulation (on couvre sa mauvaise conduite): là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie…

Les dangers qui précèdent sont assez flagrants.

Passons à quelques remarques moins évidentes en matière d’excellence au travail.

  • Parfois, on pense rechercher l’excellence professionnelle, alors qu’en fait ce sont les apparences de l’excellence que l’on recherche. « Si je fais ceci, tout le monde au bureau va croire que j’ai travaillé dur » (qu’il s’agisse d’une belle présentation devant les collègues, du fier brandissement d’une statistique qui m’avantage, de la production de beaux graphiques en couleurs qui ne révèlent qu’une partie de la vérité). On apprend à maîtriser ce qui impressionne (les écrans de fumée), même si au fond, ce n’est pas vraiment ce qui compte dans la tâche qui nous est impartie. 
  • Ou alors, il nous arrive de rechercher l’excellence mal définie. Demande-toi: dans ton domaine d’activité, que signifie « bien faire son travail »? Il n’est pas toujours facile de répondre à cette question. Est-ce que pour les étudiants, c’est simplement avoir des bonnes notes? Est-ce que pour les enseignants, c’est simplement avoir des élèves qui réussissent? Est-ce que pour les vendeurs, c’est simplement « faire du chiffre »? Est-ce que dans le domaine de la santé, cela se calcule en fonction du nombre de patients traités? Est-ce que dans le bâtiment, c’est la vitesse à laquelle un ouvrier achève ses chantiers?
  • Enfin, il est courant de viser l’excellence pour s’autojustifier (nous en avons déjà parlé). On peut être bon en tant que travailleur social ou infirmière pour la raison suivante: on raffole du feeling que les autres ont besoin de soi (une forme d’autojustification, un besoin de « prouver » quelque chose). On peut être parent à temps plein parce que l’on construit son image de soi sur le succès de ses enfants. On vit pour eux. S’ils échouent, l’identité du parent éclate alors en mille miettes.  Performons-nous au travail pour « justifier notre existence » ou pour « ressentir le plaisir de Dieu »?

Voilà quelques-uns des dangers qui nous guettent, des plus clairs aux plus subtils.

Faire le bien au travail, c’est bien faire son travail (grâce à l’Esprit qui habite en nous).

B. Faire le bien au travail, c’est faire du bien aux personnes que nous y rencontrons. 

Il est clair que faire le bien, c’est quelque chose de profondément relationnel. Je sais que certains sont naturellement davantage tournés vers les personnes et d’autres vers les tâches. Néanmoins, en tant que chrétiens nous devons tous être tournés vers les personnes dans une certaine mesure! Vers les collègues, les patrons, les employés, les clients, les patients, les concurrents, les partenaires. Dans une société souvent déshumanisante, cela ne passera pas inaperçu. 

Pensez-y un instant: avec qui passez-vous plus de temps qu’avec vos collègues de travail? À la longue, on finit par se connaître, pour le meilleur et pour le pire. Dans certains cas, on vit des choses très intenses ensemble: on monte un projet, on relève un défi, on traverse une épreuve, on fait face à la concurrence, on suscite un changement dans la société grâce à une innovation, on sauve l’entreprise de la faillite. On célèbre une victoire, on pleure une défaite collective. On se retrouve ensemble dans des situations extrêmement stressantes; les masques tombent, on découvre une facette d’une personnalité qu’on pensait avoir cernée. Souvent, il se passe quelque chose de très profond entre collègues, qui n’a pas vraiment de parallèle dans nos autres relations. 

En tant que chrétiens, nous devons y voir des occasions, des opportunités à saisir. Des occasions de servir, d’aider, de conseiller, de compatir, d’accueillir, d’encourager.

Mais attention! C’est souvent au travail qu’il est le plus difficile de mettre en pratique les exhortations relationnelles de la Bible. Il y a mille et une situations au boulot où l’on doit pardonner à des gens qui nous offensent.

Ce n’est pas toujours simple:

  • de rendre le bien pour le mal
  • de célébrer le succès des autres (en renonçant à la jalousie quand une autre personne obtient une augmentation de salaire ou une promotion)
  • de faire face à des injustices flagrantes (il y en a tous les jours)
  • de ne pas être reconnu à sa juste valeur (alors que d’autres semblent chouchoutés sans l’avoir mérité)
  • de supporter les caractères insupportables (vous avez peut-être un visage en tête…)

Donc, faire du bien aux personnes avec qui l’on travaille, ce n’est pas juste apporter une petite touche de générosité et de bonne humeur quand tout va bien, quand les conditions optimales sont réunies. Il est bien sûr sympathique d’apporter des croissants pour tout le monde au bureau un matin, à la suite de la signature d’un grand contrat. Mais faire le bien, c’est aussi être sensible aux autres quand « ça brasse », quand la pression monte dans la cocotte minute, quand nous sommes victime d’une mauvaise décision de la part d’un collègue ou d’un supérieur et que nous savons pertinemment que cette décision va nous coûter cher. 

Faire le bien au travail, c’est faire du bien aux personnes que nous y rencontrons (grâce à l’Esprit qui habite en nous).

C. Faire le bien au travail, c’est faire le bien au-delà du travail. 

J’ai quelques aspects à l’esprit ici.

D’abord, au travail les gens ne parlent pas que du travail. Après tout, nous sommes tous des êtres humains. Nous transportons toute notre vie personnelle avec nous, c’est normal. Souvent, autour de la machine à café, les gens parlent de ce qu’ils vivent à la maison ou ailleurs. Soyons à l’écoute. Pouvons-nous aider un collègue dans une situation qu’il vit à l’extérieur? Il est tellement facile de faire comme si l’on n’avait rien entendu, d’ignorer les besoins, un peu comme dans l’histoire du bon samaritain. 

Une société québécoise qui fabrique des barbecues a conçu une pub intéressante en filmant des gens à leur insu. La scène se passe en pleine campagne, dans un coin complètement perdu. Un camion est immobilisé sur le bord de la route, le capot ouvert, laissant s’échapper une épaisse fumée. La question est posée: « Y a-t-il encore des bons samaritains? » (Oui, l’expression biblique était employée dans cette pub, un fait rarissime.) Voyons qui s’arrêtera pour proposer de l’aide. 

Au début, les voitures passent sans s’arrêter, une après l’autre. Puis, à un moment, un homme s’arrête pour voir ce qui se passe. Il descend de sa voiture et s’approche du camion. Qu’aperçoit-il, à sa plus grande surprise? En fait, le souci n’est pas que le moteur est défectueux et qu’il fume. Le propriétaire du camion a installé un barbecue portatif sur son moteur et il est en train de se faire cuire des saucisses, le capot grand ouvert. Le propriétaire du camion dit à l’homme qui vient d’arriver, en piquant une saucisse avec sa fourchette de cuisson: « Vous en voulez une? » Le « bon samaritain » n’en revient pas! « Mais que faites-vous là? » C’est à ce moment que le propriétaire du camion lui annonce, avec un grand sourire: « Monsieur, parce que vous vous êtes arrêté pour me donner un coup de main alors que vous pensiez que personne ne vous observait, vous venez de gagner un barbecue flambant neuf! »

Faisons le bien discrètement, en sachant que nous sommes toujours filmés… par les caméras de Dieu! Parfois, cela nous demandera un petit engagement en dehors des heures de travail, parce qu’une personne nous aura ouvert son cœur et une porte pour l’aider dans sa vie personnelle.  

Dernier aspect « au-delà du travail »: une carrière, c’est court; l’éternité, c’est long. Au jugement dernier, nos collègues seront présents. Soyons à l’affût des occasions de faire le bien le plus important qui soit: annoncer la Bonne Nouvelle qui permet de se présenter devant Dieu justifié. Faisons le bien dans la perspective de l’éternité. Le travail, c’est l’un des meilleurs endroits pour développer des relations qui nous permettront d’offrir l’espérance en Jésus-Christ. Cela ne veut pas dire que le lieu de travail est toujours le meilleur endroit pour parler de Dieu. Néanmoins, on peut cultiver ailleurs des relations qui ont pris naissance au travail. 

Faire le bien au travail, c’est faire le bien au-delà du travail (grâce à l’Esprit qui habite en nous). 

Pour terminer, l’exhortation de Paul est claire: faisons le bien au travail. Mais faisons-le avec la bonne attitude. Pour le redire autrement, avec d’autres mots de l’apôtre Paul: dans notre société, la tentation est de fonder notre identité sur notre profession, de placer toute notre « fierté » dans nos accomplissements professionnels. Mais que dit Paul quatre petits versets après notre texte? Galates 6.14: « En ce qui me concerne, je ne veux à aucun prix placer ma fierté ailleurs que dans la mort de notre Seigneur Jésus-Christ sur la croix. »

Faisons le bien au travail en trouvant notre fierté en Jésus-Christ seul. Notre travail n’est pas notre fierté ultime. Sur la croix, quand il a achevé son travail, Jésus s’est écrié: « Tout est accompli! » Reposons-nous sur le bien qu’il a fait, puis faisons à notre tour le bien autour de nous. 


[1]J’ai puisé cette illustration dans le livre King’s Cross de Tim Keller (p. 42-43) ainsi que dans le billet I feel God’s Pleasure When I… (de Eric Geiger).

[2]Je paraphrase et j’amplifie (voir la note précédente pour la référence).

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Il est l'auteur du livre La méditation biblique à l'ère du numérique. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de toutes ses publications.

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