« Comment ça va? » Deux réponses étonnantes à une question banale

Que répondez-vous quand on vous demande comment vous allez?

« Comment ça va? » est une question devenue tellement banale qu’on y répond rarement en réfléchissant à son véritable état. Il peut aussi être intéressant de se poser cette question à soi-même. À condition d’y répondre avec vérité –  en faisant preuve de franchise ET à la lumière de la vérité de l’Écriture. Voici deux réponses inattendues à cette question courante, qui sont d’inspiration biblique et peuvent s’avérer édifiantes pour les jours plus difficiles.

1. « Je vais mieux que je le mérite. »

Je tiens cette première réponse de C.J. Mahaney, auteur du livre Une vie centrée sur la croix. Je le laisse vous expliquer:

Si vous me demandez un jour comment je vais, vous serez peut-être surpris par la réponse. Je ne prononce jamais la formule traditionnelle : « Très bien, merci. »

Je réponds plutôt : « Mieux que je le mérite. »

Cela étonne beaucoup les gens. Bien des fois, des non-chrétiens ont contesté cette réponse, car ils étaient persuadés que j’avais un complexe d’infériorité.

Pas du tout. Je comprends juste qui je suis et ce que je mérite. Je mérite la colère de Dieu. Franchement, je devrais aller en enfer. Mais, au lieu de cela, je suis un enfant de Dieu. Il m’a pardonné et il m’aime. Je suis en route vers le ciel.

Oui, je vais beaucoup mieux que je le mérite!

Cette perspective me remplit de joie, même les jours où tout ne se déroule pas comme je l’ai prévu. Nous sommes tous confrontés à des déceptions et à des circonstances difficiles. Certains d’entre nous connaissent de profondes douleurs et de terribles crève-cœur. Mais quelle que soit la situation, comprendre l’Évangile nous amène à nous émerveiller de l’amour de Dieu.

– Une vie centrée sur la croix, p. 94-95

J’ai « testé » la suggestion de Mahaney à quelques reprises, non pas en public mais dans le secret de mon cœur. Effectivement, c’est une manière de voir qui change le regard sur l’adversité.

2. « Je vais (peut-être) mieux que si tout allait bien. »

Cette seconde approche découle directement du billet Où en serais-je sans mes épreuves? 10 dangers d’une vie trop facile. La suite vous paraîtra étrange si vous ne l’avez pas lu.

La réponse proposée ici peut sembler paradoxale. En fait, elle s’appuie sur trois principes:

  • Ma condition réelle n’est pas dictée par mes circonstances, favorables ou malheureuses, même lorsque celles-ci font varier mon sentiment de bien-être.
  • Ma condition réelle ne se limite pas à ma santé physique; au contraire, elle dépend davantage (mais non exclusivement) de l’état de mon être intérieur, certes plus difficile à évaluer.
  • Ma condition réelle ne peut se mesurer par une focalisation sur le moment présent ou l’avenir proche; elle se situe dans la perspective de l’éternité.

Il est donc tout à fait possible d’aller mieux que nous le pensons ou ressentons, et d’aller mieux que nos circonstances extérieures le donnent à croire.

Il est même possible de mieux nous porter avec nos souffrances que sans elles. En effet, si les épreuves sont un instrument de choix dans les mains de Dieu pour nous faire croître en maturité (Jacques 1.2-4), c’est donc dire que les difficultés de la vie peuvent nous aider à « aller mieux » au sens ultime de l’expression.

Quand nous les acceptons avec humilité, en prenant garde de ne pas perdre confiance dans la bonté de Dieu, elles contribuent à notre progression spirituelle. Elles nous permettent de faire des pas que nous n’aurions sans doute pas faits autrement, de franchir des étapes qui nous paraissaient jadis inaccessibles. Grâce à elles, nous sommes libérés de tel poids, tel fardeau, telle mauvaise habitude, tel trait de caractère qui contredisait notre profession de foi. En un mot, elles nous préparent à la rencontre de Christ!

Quand nous sommes dépassés, méditons des vérités qui nous dépassent!

Les deux réponses proposées dans ce billet ne sont rien d’autre qu’une aide à la méditation de grandes réalités bibliques. Les deux formules présentées sont toutes simples, mais elles s’appuient sur des enseignements riches. La première réponse (« je vais mieux que je le mérite ») reflète la doctrine du salut; la seconde (« je vais mieux que si tout allait bien ») fait éclater le contrôle providentiel de Dieu dans notre vie et sa bonté envers nous, en particulier quand nous sommes portés à croire qu’il nous a abandonnés.

Deux réponses, donc, qui supposent deux cadres théologiques bienfaisants que nous ne pouvons saisir complètement, mais que nous sommes invités à accueillir avec la foi d’un enfant.

À utiliser avec précaution

Je me dois de clore cette réflexion par un triple avertissement:

  1. Les deux réponses qui précèdent sont surtout pour soi. Il ne s’agit pas de répondre ainsi aux gens qui nous demandent comment nous allons, à moins d’avoir l’audace d’un C.J. Mahaney! L’idée est plutôt d’alimenter une espèce de « débat intérieur » en vue de se dégager progressivement des schémas de pensée faux et destructeurs qui nous assaillent et de s’orienter vers le vrai.
  2. L’objectif n’est pas non plus de « prêcher » cette stratégie aux autres, surtout pas aux personnes qui souffrent intensément. Ne faisons pas comme les misérables « amis » de Job.
  3. La première réponse est volontairement exprimée avec davantage de force que la seconde, comme un absolu qui n’admet aucune exception. La seconde, en revanche, intègre un « peut-être » qui a son importance. Car l’épreuve, il faut bien le rappeler, ne garantit pas le progrès spirituel; les bienfaits qu’elle peut produire, dans les mains d’un Dieu aimant, ne sont pas automatiques. Dans certains cas (et pour diverses raisons), c’est même à la suite d’une lourde épreuve qu’un chrétien ou une chrétienne s’éloigne de Dieu. Néanmoins, il est tout à fait possible – et plus courant qu’on le pense – d’aller mieux, en réalité, que si nous naviguions sur un long fleuve tranquille.

Au fait, comment allez-vous aujourd’hui?

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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  • Gilles GEORGEL

    « Comment allez-vous ? Les hommes dans l’histoire ne se sont pas toujours salués de cette façon : ils invoquaient sur eux la protection divine et l’on ne s’inclinait pas devant un manant comme devant un chevalier. Pour que la formule « ça va ? », apparaisse, il faut quitter la relation féodale et entrer dans l’ère démocratique qui suppose un minimum d’égalité entre des individus séparés, soumis aux oscillations de leurs humeurs. Une légende veut que cette expression, en français du moins, soit d’origine médicale : comment allez-vous à la selle ? Vestige d’un temps qui voyait dans la régularité intestinale un signe de bonne santé. Cette formalité lapidaire, standardisée répond au principe d’économie et constitue le lien social minimal dans une société de masse soucieuse de réunir des gens de tous horizons. Mais elle est parfois moins de routine que d’intimidation : on veut contraindre la personne rencontrée à se situer, on veut la pétrifier, la soumettre d’un mot à un examen approfondi. Où en es-tu ? Que deviens-tu ? Discrète sommation qui ordonne à chacun de s’exposer dans la vérité de son être. Car il y a intérêt que ça aille même si l’on ne sait pas où ça va dans un monde qui fait du mouvement une valeur canonique. En quoi le « ça va » machinal qui ne demande pas de réponse est plus humain que le « ça va ? » plein de sollicitude de celui qui veut vous mettre à nu, vous acculer à un bilan moral. C’est que le fait d’être désormais ne va plus de soi et nécessite une consultation permanente de son baromètre intime. Est-ce que je vais si bien après tout ? Est-ce que je n’enjolive pas ? De là que beaucoup éludent et coupent court, supposant à l’autre assez de délicatesse pour déchiffrer dans leur « ça va » un discret abattement. Terrible à cet égard cette locution du renoncement : « on fait aller » comme si l’on était réduit à laisser les jours et les heures circuler sans y prendre part. Mais pourquoi faudrait-il que ça aille après tout ? Tenus journellement de nous justifier, il arrive souvent que nous relevions d’une autre logique. Tellement opaques à nous-mêmes que la réponse n’a plus de sens même à titre de formalité. En définitive « comment ça va ? » est la question la plus futile et la plus profonde. Il faudrait pour y rétorquer procéder à un inventaire scrupuleux de son psychisme, à de minutieuses pesées. Qu’importe : il faut dire oui par politesse, civilité et passer à autre chose ou ruminer la question une vie entière et réserver sa réponse pour après : Pascal Bruckner : l’Euphorie perpétuelle.

  • Yann Lariviere

    Superbe réflexion. En toute franchise j’étais septique à la lecture du titre, mais j’ai été renouvellé à la lecture du contenu ! J’ai grandement profité aussi des nombreux conseils comme si cela venait d’un frère…

    merci Dominique !

    • Dominique Angers

      Cher Yann, merci pour ton mot, heureux que ces pensées t’aient encouragé !