Comment diviser l’histoire de la rédemption?

L'histoire de la rédemption peut se diviser en étapes. Dans ce billet, j'explique pourquoi il me semble judicieux de la résumer en 5 étapes.

Il existe plusieurs (bonnes) manières de diviser en étapes l’histoire de la rédemption, c’est-à-dire le grand récit biblique. L’objectif de ce billet est de présenter quelques schémas basiques. 

Ces sommaires ne disent pas tout, loin s’en faut. Ils se limitent à brosser un tableau général à grands coups de pinceau. On pourra certes les développer davantage suivant les besoins et les objectifs de la démarche entreprise. Néanmoins, ils constituent un bon point de départ pour résumer l’histoire biblique de la Genèse à l’Apocalypse. Cette histoire, tous les chrétiens devraient pouvoir la redire en quelques minutes. 

Le schéma classique en quatre étapes

La schéma suivant est souvent évoqué[1]:

Création – Chute – Rédemption – Achèvement

La création est narrée dans les deux premiers chapitres de la Genèse. Puis intervient la chute de l’humanité en Genèse 3. Dieu procède alors à la rédemption d’une partie de l’humanité déchue, ultimement par le moyen de l’œuvre expiatoire de Jésus-Christ. Quant à l’achèvement, il se produira lors du retour de Christ. Il est notamment décrit à la toute fin de la Bible, en Apocalypse 21-22. La nouvelle création (« un ciel nouveau et une terre nouvelle », Apocalypse 21.1), aussi appelée la « nouvelle Jérusalem » (Apocalypse 21.2), sera alors pleinement établie. 

Voilà la trame biblique réduite à ses quelques composantes essentielles. La faiblesse majeure de cette synthèse, à mes yeux, est que sa troisième étape (la rédemption) couvre presque toute la Bible! Il me paraît préférable d’élaborer un peu, tout en privilégiant une trame qui reste simple. 

Le schéma de Christopher Wright en six étapes

Je trouve intéressante la variante que propose Christophe Wright[2]. Il distingue six étapes:

  1. la création
  2. la chute
  3. la promesse
  4. l’Évangile
  5. la mission
  6. la nouvelle création

Aucune différence majeure n’est à noter pour les deux premières étapes. 

Wright explique ainsi l’étape 3 (la promesse):

Dans un monde mal parti (et allant de mal en pis), Dieu a promis de remettre les choses en ordre. Dans un monde soumis à la malédiction, Dieu a promis la bénédiction. La promesse de Dieu à Abraham en Genèse 12 a déclenché tout le reste du récit biblique, mais particulièrement l’histoire d’Israël dans l’Ancien Testament. Dieu a prévu d’apporter bénédiction et salut au monde au travers de ce peuple. Cela ne signifie en aucune manière qu’Israël va sauver le monde. L’Ancien Testament montrera que, en tant que peuple, Israël est aussi pécheur que toute nation et qu’il a autant besoin de salut. Ce que cela signifie, c’est que Dieu se servira d’Israël comme le moyen par lequel il apportera le salut dans le monde – salut dont nous savons qu’il a été accompli par Jésus seul, le Messie d’Israël. Comme nous l’avons dit, tout l’Ancien Testament est semblable à un voyage avec une destination et un objectif, conduisant tout entier à Jésus-Christ. C’est un récit de promesse et d’espérance, jusqu’au sein du mal et du péché persistants[3].

À mon avis, cette troisième étape est la contribution la plus importante du schéma de Wright. Spécialiste de l’Ancien Testament, Wright récapitule ainsi la quasi totalité du premier testament sous la rubrique « promesse »[4].

Quant à l’étape de l’Évangile (la quatrième), voici ce qu’elle comprend:

C’est là que se trouve le cœur de toute la trame biblique. Par fidélité à sa promesse envers Israël, Dieu a envoyé Jésus comme le Messie d’Israël et (par conséquent) le Sauveur du monde. L’Évangile est la bonne nouvelle de tout ce que Dieu a accompli par la naissance, la vie, l’enseignement, la mort, la résurrection et l’ascension de Jésus de Nazareth[5]

L’étape 5 (la mission) est… la nôtre!

Après les Évangiles, vient le livre des Actes, qui décrit comment Dieu a répandu son Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, conférant aux disciples de Jésus la force nécessaire pour leur mission de témoigner de lui parmi toutes les nations jusqu’aux confins de la terre. La communauté du peuple que Dieu a appelé à l’existence par Abraham (initialement, l’Israël de l’Ancien Testament) rassemble désormais les Juifs et les païens qui font confiance à Jésus-Christ. On pourrait appeler l’étape 5 l’ère de l’Église, mais il faut se souvenir que l’Église n’a pas démarré seulement à partir du Nouveau Testament. Si nous sommes « en Christ », alors nous faisons partie du peuple d’Abraham (Ga 3). Et la raison de notre existence en tant que peuple de Dieu demeure la même. Notre mission est de participer à la mission de Dieu consistant à apporter la bénédiction à toutes les nations de la terre[6].

Vient la dernière étape. L’avantage de la nommer « la nouvelle création » (plutôt que « l’achèvement ») est qu’elle renvoie ainsi clairement à la première étape. La boucle est bouclée:

Depuis le commencement, le souci de Dieu concernait toute la création. Genèse 1 et 2 (les deux premiers chapitres de la Bible) montrent comment Dieu créa « au commencement ». Apocalypse 21 et 22 (les deux derniers chapitres) montrent comment Dieu épurera et restaurera la création comme lieu où il demeurera avec son peuple racheté de toutes les nations, et où toute souffrance, tout mal, tout péché, toute mort et toute malédiction ne seront plus. Cela aussi a été promis dès l’Ancien Testament (Es 65.17-25) et a déjà été accompli, par anticipation, par la mort et la résurrection de Jésus (Col 1.15-20). Donc, même si c’est là que se termine le récit de la Bible, ce n’est pas vraiment « la fin du monde », mais un nouveau commencement. Ce sera la fin du monde du péché, du mal et de la rébellion contre Dieu, mais ce sera le commencement d’une nouvelle création qui durera pour toujours[7].

Une force de l’approche de Wright sur le plan pédagogique est qu’elle s’illustre commodément par une série de symboles:     

  1. « La flèche descendante indique le moment où Dieu est descendu, peut-on dire, pour créer la terre (Gn 1 et 2). »[8]
  2. « La croix en X indique que quelque chose est allé de travers. »[9]
  3. La flèche pointant vers la droite signale que la promesse pointe vers son accomplissement futur. 
  4. « Ici, le symbole de la croix est censé récapituler tout ce qui est contenu dans les récits évangéliques (pas seulement la croix du Calvaire en soi). »[10]
  5. La flèche pointant vers la droite désigne l’histoire qui continue de se dérouler aujourd’hui, qui relie l’œuvre de rédemption achevée par Jésus (étape 4) et le jour du retour de Christ (étape 6). 
  6. « La dernière flèche du schéma symbolise le retour du Christ. »[11]

Ce qui me fait hésiter dans l’approche de Wright

Malgré toutes ses qualités, l’approche de Wright présente à mon sens un inconvénient de taille: elle sépare artificiellement l’Évangile (l’événement Jésus-Christ) et la mission (narrée dans les Actes). Certes, des distinctions existent sur le plan séquentiel et elles méritent d’être soulignées. Pourtant, pour les auteurs du Nouveau Testament, les deux aspects (Évangile et mission) se situent dans le cadre de l’accomplissement des grandes promesses de l’Ancien Testament qui est rattaché à la (première) venue du Messie. Les promesses (et les types) s’accomplissent en Christ et dans « ce qu’il apporte » (l’expression est d’Henri Blocher, que j’ai cité dans cet article), ce qui inclut l’Église et la mission. Le Ressuscité présente lui-même la mission universelle comme l’une des trois grandes composantes de l’accomplissement global de l’Ancien Testament, aux côtés des souffrances du Messie et de sa résurrection (Luc 24.46-47).  

La séparation Évangile-mission rappelle les trois stades mis en avant par Hans Conzelmann, dans sa célèbre monographie Die Mitte der Zeit (1954), à propos de l’histoire du salut telle que Luc la narre en Luc-Actes. Conzelmann distinguait: a) la période d’Israël; b) le ministère de Jésus; c) la période terrestre de l’Église, inaugurée par l’Ascension. Or de nombreux spécialistes lucaniens ont critiqué, avec raison, la démarcation trop nette que proposait Conzelmann entre le temps de Jésus et celui de l’Église[12]. Luc l’historien, pour sa part, réunit le temps de Jésus et celui de l’Église sous la rubrique commune de l’accomplissement de l’Ancien Testament et de l’ère du Royaume et du salut. 

Je propose un schéma en 5 étapes

Je souhaiterais que mon schéma intègre le fait que, pour les auteurs du Nouveau Testament, l’histoire biblique se divise en deux grandes parties: l’avant et l’après Jésus. C’est par exemple la perspective de Luc: « L’époque de la Loi et des prophètes va jusqu’à Jean-Baptiste; depuis qu’il est venu, le royaume de Dieu est annoncé » (Luc 16.16). C’est aussi celle de l’auteur de l’épître aux Hébreux: « À bien des reprises et de bien des manières, Dieu a parlé autrefois à nos ancêtres par les prophètes. Et maintenant, dans ces jours qui sont les derniers, il nous a parlé par le Fils » (Hébreux 1.1-2a). 

Où les remarques précédentes nous mènent-elles?

À un schéma en cinq étapes:

Création – Chute – Promesse – Accomplissement – Parachèvement

De Genèse 3.15 (le « Protévangile ») à la fin de l’Ancien Testament, c’est la « promesse ». En Jésus-Christ et dans l’Église « s’accomplissent » les grandes promesses de l’Ancien Testament. Lors du retour de Christ, cet accomplissement sera « parachevé ». L’étape 4 (« accomplissement ») correspond au pôle du « déjà »; l’étape 5 (« parachèvement ») au pôle du « pas encore ».

Cette proposition trouve un appui de poids dans la théologie du Nouveau Testament que vient de publier Craig Blomberg[13]. Ce dernier, pourtant de prime abord réticent à « réduire » le Nouveau Testament à un seul thème unificateur, propose l’« accomplissement » comme motif intégrant l’ensemble de la pensée néotestamentaire.

Ainsi, à la « promesse » qui englobe l’Ancien Testament (Wright) répond l’« accomplissement » qui unifie le Nouveau (Blomberg).

Mes autres billets en rapport avec l’histoire de la rédemption


[1]Voir par exemple D.A. Carson, « A Biblical-Theological Overview of the Bible », dans NIV Biblical Theology Study Bible. Follow God’s Redemptive Plan as It Unfolds throughout Scripture (éd. D.A. Carson), Grand Rapids, Zondervan, 2018.  

[2]Christopher J.H. Wright, Plus doux que le miel. Prêcher les textes de l’Ancien Testament, Charols, Excelsis (Diakonos), 2017, p. 28-31. Wright dit avoir emprunté ce schéma à Chris Gonzales et à Tyler Johnson.

[3]Ibid., p. 29.

[4]Wright n’est pas le seul vétérotestamentaire à voir les choses ainsi. Dans son ouvrage Toward an Old Testament Theology (Grand Rapids, Zondervan, 1978), Walter C. Kaiser Jr. fait du thème de la promesse le centre unificateur de tout l’Ancien Testament. 

[5]Op. cit., p. 29.

[6]Ibid., p. 30.

[7]Ibid., p. 30-31.

[8]Ibid., p. 28.

[9]Ibid., p. 29.

[10]Ibid., p. 30.

[11]Ibid., p. 30.

[12]Sur tout cela, voir Dominique Angers, L’« Aujourd’hui » en Luc-Actes, chez Paul et en Hébreux. Itinéraires et associations d’un motif deutéronomique, Berlin, De Gruyter (BZNW 215), 2018, p. 138-141, 296-299.

[13]Craig L. Blomberg, A New Testament Theology, Waco, Baylor University Press, 2018, p. 10-11.

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Il est l'auteur du livre La méditation biblique à l'ère du numérique. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de toutes ses publications.

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