« Introduction à l’herméneutique biblique » Interview de l’auteur, Matthieu Sanders

J’ai récemment eu l’occasion de m’entretenir avec Matthieu Sanders à propos de son livre Introduction à l’herméneutique biblique, paru en 2015 aux Éditions Édifac. Matthieu a effectué sa formation théologique à la Faculté Libre de Théologie Évangélique (FLTE) de Vaux-sur-Seine, avant d’être appelé en 2008 par l’Église évangélique de Paris-Centre (rue de Sèvres) comme pasteur. Il est également chargé de cours à la FLTE et à l’Institut Biblique de Nogent, et membre du Conseil de l’Association baptiste (AEEBLF).

Matthieu, pourrais-tu définir l’herméneutique pour nos lecteurs, et nous expliquer la différence entre « herméneutique » et « exégèse »?

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il y a quelques débats sur cette distinction elle-même! Mais, en général, on considère que l’herméneutique correspond à l’étude des principes d’interprétation d’un texte (« quels principes et quelles méthodes doivent guider notre interprétation de ce texte? »), tandis que l’exégèse est l’interprétation du texte elle-même (« qu’est-ce que l’auteur a voulu communiquer dans ce texte, et comment l’a-t-il fait? »).

Matthieu SandersPour donner un exemple simple, imaginons que vous recevez un SMS d’un ami avec qui vous avez rendez-vous au restaurant, et qui écrit: « Je meurs de faim. » Il est à peu près certain que vous n’appellerez pas le SAMU. Au vu du contexte et des circonstances dans lesquels le message est écrit, il est évident que c’est une façon imagée, et très exagérée, de parler pour décrire une « fringale » et sa hâte de vous retrouver pour un repas. Par contre, si vous recevez ces mêmes mots de la part d’un ami qui vit dans une ville syrienne assiégée, vous aurez de bonnes raisons de l’interpréter littéralement.

L’herméneutique, ici, c’est le fait de distinguer les deux registres et d’expliquer ce qui fait leur différence, pourquoi on interprète les deux messages différemment. L’exégèse, c’est votre interprétation du texto elle-même, le sens que vous lui attribuez quand vous le lisez. En réalité, nous faisons tous de l’herméneutique et de l’exégèse tous les jours. Mais lorsqu’il s’agit de la Parole de Dieu, l’enjeu est bien sûr incomparable.

Depuis quand et pour quelles raisons t’intéresses-tu à l’herméneutique biblique?

La doctrine de l’Écriture est un domaine qui me tient particulièrement à cœur, sans doute parce que, lorsque j’étais tout jeune étudiant, j’ai été tenté par une vision assez relativiste de l’Écriture. Par la grâce de Dieu, cette « tentation » n’a pas duré très longtemps et la redécouverte de l’autorité et de la fiabilité de l’Écriture a été pour moi une étape essentielle dans ma vie chrétienne, et même dans le discernement de ma vocation pastorale.

En ce qui concerne l’herméneutique plus précisément, en revanche, je suis venu à ce sujet un peu par hasard. J’ai travaillé quelques années, à temps partiel, pour le département d’enseignement à distance de la Faculté Libre de Théologie Évangélique à Vaux-sur-Seine, et on m’a demandé de travailler sur un manuel d’herméneutique pour un usage dans le cadre des cours par correspondance de la faculté. J’ai d’ailleurs écrit l’ensemble du manuel sans penser qu’il paraîtrait un jour en tant que livre!

À qui s’adresse ton manuel?

Il ne s’agit en aucun cas d’un ouvrage d’érudition. Je ne suis d’ailleurs pas « spécialiste » de l’herméneutique. Je dirais qu’il est de niveau universitaire de premier cycle, mais tout chrétien prêt à réfléchir sérieusement à l’interprétation de la Bible peut, je pense, en profiter sans difficulté.

Pourrais-tu nous résumer ton livre en nous expliquant comment il est structuré?

Dans un premier temps (le premier tiers du livre environ), je rappelle les fondements de la doctrine évangélique de l’Écriture, autour de notions clés comme le canon, l’inspiration, l’inerrance, l’analogie de la foi, notamment, en posant certaines questions que ces notions suscitent. À strictement parler, ces premiers chapitres ne traitent pas directement d’herméneutique, mais pour bien interpréter l’Écriture, il semble important d’avoir réfléchi attentivement à son statut.
Dans un second temps, je passe en revue les différents registres littéraires et théologiques de la Bible en examinant leurs spécificités et les questions d’interprétation que chacun pose.Livre Matthieu Sanders Faut-il aujourd’hui exécuter une personne coupable d’adultère (Lévitique 20.10)? Est-il toujours vrai que lorsqu’on instruit un enfant dans la voie qu’il doit suivre, il ne s’en détournera pas (Proverbes 22.6)? Devrions-nous nous arracher les yeux après avoir péché par notre regard (Matthieu 5.29)? Avons-nous raison de considérer, pour la grande majorité d’entre nous, qu’il n’est pas nécessaire que les femmes portent un voile pendant le culte (1 Corinthiens 11.2-16)? Et ainsi de suite.

C’est à ces questions que l’herméneutique nous aide à répondre. Or, sans avoir nécessairement à étudier le sujet de manière académique, tout chrétien se doit de réfléchir sérieusement à ces questions. L’herméneutique est indispensable si on veut bien comprendre l’Écriture!

En quoi ton manuel est-il différent des autres livres qui traitent du même sujet?

Comme déjà indiqué, il ne vise pas l’érudition, ni même l’originalité à tout prix. Je pense que sa visée est pédagogique avant tout, avec un souci d’approfondissement. J’ai recherché la synthèse plutôt que le détail et un langage facile d’accès. Le plus souvent, les « grands mots » cachent des idées assez faciles à comprendre si on veut bien prendre le temps de les expliquer.

J’ajoute que l’ouvrage présuppose des convictions évangéliques, attachées à l’autorité du texte biblique, tout à fait assumées (dans un dialogue critique, et que j’espère respectueux et non caricatural, avec d’autres approches).

Selon ton expérience de prof d’herméneutique, qu’est-ce que les étudiants (et les chrétiens en général) ont le plus de mal à assimiler en la matière?

Confession intime: bien qu’ayant écrit ce manuel, je n’ai jamais donné de cours d’herméneutique! (Je suis en premier lieu pasteur et les quelques cours que je donne en parallèle n’ont pour l’instant pas inclus cette discipline.)
Il me semble cependant pouvoir dire ceci: la plupart des chrétiens mettent en œuvre une herméneutique de bon sens qui, souvent, est assez juste (par la grâce de Dieu et l’œuvre de l’Esprit!), mais qu’ils ont du mal à justifier par des arguments bibliques et théologiques. Ainsi, la plupart discernent très bien que Jésus utilise l’hyperbole en parlant d’arracher son œil; mais ils auront du mal à expliquer pourquoi on peut soutenir cette position alors qu’on interprète Jésus littéralement dans bien d’autres textes.

Or, dans le souci d’une foi réfléchie et affermie, et d’un témoignage efficace auprès de nos amis sceptiques, la capacité à réfléchir à l’interprétation de la Bible de façon cohérente et rigoureuse me semble très importante.

D’après toi, quels sont les besoins de l’Église évangélique d’aujourd’hui dans le domaine de l’herméneutique?

Je pense que l’un des plus grands besoins est une vision plus globale et « transversale » de la Bible, en discernant mieux la révélation progressive qui s’y manifeste. C’est peut-être particulièrement vrai en francophonie. De nombreux chrétiens peuvent citer nombre de textes bibliques, et à très juste titre, mais sans forcément avoir une vue d’ensemble de la révélation biblique: comment l’Ancien Testament prépare la venue de Jésus-Christ, et comment ce dernier accomplit toutes les promesses de Dieu. On ressent donc une certaine confusion sur la manière d’interpréter l’Ancien Testament en particulier, avec le risque de le réduire à des histoires inspirantes, ou de se focaliser sur la loi ou certaines prophéties en négligeant l’Évangile de la grâce qui se dessine peu à peu au fil de la révélation biblique.

Si un chrétien te demandait ce que ton livre et sa mise en application peuvent changer à sa vie, que lui répondrais-tu?

Mon livre ne changera pas sa vie, mais la Bible la changera assurément, à plus forte raison si elle est bien interprétée. Si donc la lecture de mon livre, entre autres, peut l’aider en ce sens, je m’en réjouis profondément! Soli Deo Gloria!

Merci, Matthieu, d’avoir pris le temps de répondre à mes questions!

Avec joie!

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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