Jésus chez Zachée (prédication vidéo et texte complet)

Voici la vidéo et la transcription complète d'une prédication que j'ai donnée récemment sur le magnifique épisode de la rencontre de Zachée avec Jésus (Luc 19.1-10).

Plan du sermon

I. Le parcours du récit

Mouvement et positionnement des personnages

II. Les accents du récit

A. L’avènement et la réception du salut

B. L’intégration d’un exclu

C. L’initiative de Jésus

III. L’appropriation personnelle du récit

Proclamons aujourd’hui le salut:

  • en laissant le regard de Jésus bouleverser le rapport aux gens et à l’argent
  • en n’excluant aucun individu sous prétexte qu’il serait « trop perdu »
  • en nous attendant à ce que le bon berger cherche lui-même ses brebis perdues
  • en insistant sur le fait qu’après Jéricho, il y a Jérusalem. 

Transcription du sermon

Il y a quelques années, je suis tombé sur l’article suivant un site internet montréalais d’informations. Le titre: Un voleur algérien repenti… indemnise ses victimes.

Un voleur repenti d’Annaba (en Algérie), qui s’est enrichi au Canada, a appelé ses victimes pour les indemniser, a rapporté samedi le quotidien algérien el-Fadjr
L’ancien voleur, dont l’identité n’a pas été révélée, sévissait il y a dix ans dans les quartiers résidentiels d’Annaba à la tête d’une bande de malfaiteurs, avant d’émigrer au Canada, où il a fait fortune en toute légalité, ajoute le quotidien. Il y a quelques jours, il a appelé l’une de ses victimes pour lui proposer de lui rembourser 20 000 dinars, produit d’un vol de bijoux perpétré chez elle il y a dix ans. Il a également contacté d’autres victimes pour leur proposer une indemnisation. 

En lisant cela, je n’ai pu m’empêcher de penser à Zachée. Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles dans l’actualité! Parfois, on y trouve même des faits divers édifiants. 

En même temps, quand je lis un article comme celui-là, je reste un peu sur ma faim. J’aurais envie d’en savoir plus sur cet homme. Vous devinez peut-être quelle question je me pose à son sujet: qu’est-ce qui l’a poussé à se repentir (outre le fait qu’il a fait fortune)? Qu’est-ce qui a fait la différence dans sa vie, qu’est-ce qui a tout bouleversé?

Je suis content que Luc n’ait pas rédigé notre texte en tant que journaliste rapportant un simple fait divers, mais qu’il l’ait fait en tant que théologien, pasteur, historien et évangéliste cherchant à mettre en lumière le moteur qui a tout mis en action chez Zachée. 

Découvrons ensemble ce qui a mené Zachée au changement radical.

D’abord, lisons le texte de Luc 19.1-10:

Il entra dans Jéricho et passa par la ville. 2Un nommé Zachée, qui était chef des collecteurs des taxes et qui était riche, 3cherchait à voir qui était Jésus; mais à cause de la foule, il ne pouvait pas le voir, car il était de petite taille. 4Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. 5Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit: Zachée, descends vite; il faut que je demeure aujourd’hui chez toi. 6Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. 7En voyant cela, tous maugréaient: Il est allé loger chez un pécheur! 8Mais Zachée, debout, dit au Seigneur: Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple. 9Jésus lui dit: Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham. 10Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Je vous propose trois étapes dans ce sermon:

  • Le parcours du récit
  • Les accents du récit
  • L’appropriation personnelle du récit

I. Le parcours du récit

Avec cette première étape, nous allons simplement parcourir le texte en suivant les versets dans l’ordre. Nous constaterons qu’on trouve dans ce texte une série de mouvements, puis une série de positionnements

A. D’abord, le verset 1 nous parle du mouvement de JÉSUS À TRAVERS JÉRICHO. 

1Il entra dans Jéricho et passa par la ville. (Luc 19.1)

Il faut savoir que depuis Luc 9.51, Jésus est en route vers Jérusalem. Dix chapitres de marche! Ce que l’on constate au début de notre passage, c’est qu’il approche de sa destination. D’ailleurs, en amont comme en aval de notre texte, le but qu’il vise est rappelé.

Luc 18.31 (en amont): Il prit les Douze auprès de lui et leur dit: Nous montons à Jérusalem; tout ce qui a été écrit par l’entremise des prophètes au sujet du Fils de l’homme s’accomplira.

Luc 19.28 (en aval): Après avoir ainsi parlé [parabole des mines], il partit en avant et monta vers Jérusalem.

En d’autres termes, Luc présente Jéricho comme l’une des dernières étapes à franchir avant d’arriver à Jérusalem. Dans le texte qui précède immédiatement le nôtre (à propos de la guérison de l’aveugle), il est dit que Jésus approchait de Jéricho (Luc 18.35). Cette fois (en Luc 19.1), il y est et il traverse la ville.

Nous aurons l’occasion de revenir sur l’importance de ce mouvement de Jésus. En attendant, celles et ceux qui ont l’esprit pratique se sont peut-être déjà demandé où Jésus allait loger dans cette ville de Jéricho, lui qui est un prédicateur itinérant. Jésus, quant à lui, a une petite idée en tête: il s’apprête à réserver une chambre chez l’habitant! 

B. Un autre mouvement maintenant, dans les versets 2 à 4: le mouvement de ZACHÉE VERS JÉSUS.

2Un nommé Zachée, qui était chef des collecteurs des taxes et qui était riche, 3cherchait à voir qui était Jésus; mais à cause de la foule, il ne pouvait pas le voir, car il était de petite taille. 4Il courut en avant et monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. (Luc 19.2-4)

Ces trois versets nous donnent beaucoup d’informations en peu de mots. Au verset 2, on fait la rencontre d’un homme. Luc nous donne son nom, sa profession et son statut social.

Il s’appelle Zachée. Inutile de solliciter le sens étymologique de ce nom, qui nous apprend néanmoins que Zachée était juif.

Sa profession? Chef des collecteurs des taxes. Un patron des autres percepteurs d’impôts, un cadre. Un notable de la ville, un Juif au service des Romains. Peut-être y avait-il à Jéricho un centre régional des impôts, dont Zachée était l’un des responsables. 

Son statut social? Il était riche, probablement du fait de sa réussite professionnelle. Cela dit, son statut comporte une certaine ambiguïté car, s’il a connu le succès aux yeux de la société romaine, il est méprisé par ses propres concitoyens (comme nous pourrons le constater). Il est vu comme un traître qui s’enrichit sur le dos des Juifs et des pauvres.

Pour l’instant, Zachée n’a pas bougé. Mais au verset 3, un projet commence à prendre forme dans son esprit: il « cherchait à voir qui était Jésus ». Il avait sans doute entendu parler de Jésus, et cette fois, il voulait se faire sa propre idée. Il cherchait à le voir et à voir qui il était. 

Le lecteur attentif de Luc n’a sans doute pas oublié qu’un autre homme, au chapitre 9, cherchait aussi à voir Jésus: Hérode le tétrarque, qui était perplexe à son sujet (à cause de tout ce qu’il avait entendu de lui) et qui se demandait également qui il était. D’après Luc 9.9, il « cherchait à le voir ». En apparence, les deux hommes (Zachée et Hérode) partagent donc un même désir. Ils se posent la même question: « qui est Jésus? » Cette question est d’ailleurs fondamentale dans l’Évangile selon Luc. Mais quand Hérode finira par voir Jésus, en Luc 23.8 (au moment où Pilate envoie Jésus comparaître devant lui), l’intention tortueuse de son cœur sera alors révélée: il voulait tout simplement voir Jésus faire un miracle. Lorsque Jésus refuse, Hérode le traite avec mépris et se moque de lui. 

Le projet de Zachée, en revanche, est tout autre, bien que les mêmes termes soient employés pour le décrire. Sa quête est sincère. Elle n’est pas motivée par un simple amour du spectacle. Il est vraiment « en recherche », son désir est honorable.

Malheureusement pour lui, Zachée fait face à deux obstacles:

  • la foule, qui l’empêche de voir Jésus;
  • sa petite taille qui, dans cette situation, ne le sert pas.

Ainsi, la foule, dès le verset 3, est dépeinte plutôt négativement, dans la mesure où elle empêche celui qui le souhaite vraiment de voir qui est Jésus. 

Zachée se met à courir

Qu’importe, Zachée se met en mouvement (au verset 4). Son projet bien défini, il ne perd pas de temps: il se met à courir vigoureusement. Il est déterminé, rien ne l’arrêtera. Il ira au bout de son projet. Certes, sa petite taille joue parfois en sa défaveur, mais il fonce. Conscient qu’il ne suffira pas, si la foule continue de lui bloquer la vue, d’être au bon endroit au bon moment (de parvenir à temps au lieu où Jésus doit en principe passer), il fait preuve d’une ingéniosité qui l’a rendu célèbre. Il monte sur un sycomore, un arbre qui possédait un tronc court et large et de grosses branches basses. Il était relativement facile d’y grimper.

Zachée est un « chercheur » modèle, si je puis me permettre de jouer sur le verbe « chercher », qui décrit son désir profond. 

  • D’abord, il se pose la bonne question (« qui est Jésus? »). 
  • Ensuite, il ne se laisse pas décourager par les obstacles qui se dressent devant lui, mais fait preuve de détermination et de persévérance. 
  • Enfin, vous connaissez peut-être l’adage dans les milieux scientifiques: « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve; des chercheurs qui trouvent, on en cherche! » Eh bien, Zachée s’apprête justement à trouver ce qu’il cherche.

C. Suivons un troisième mouvement, celui de ZACHÉE ET DE JÉSUS VERS LA MAISON DE ZACHÉE, dans les versets 5 et 6.

5Lorsque Jésus fut arrivé à cet endroit, il leva les yeux et lui dit: Zachée, descends vite; il faut que je demeure aujourd’hui chez toi. 6Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. (Luc 19.5-6)

Jésus lève les yeux et voit Zachée.

Au verset 5, un croisement des regards se produit. Quand Jésus arrive à l’endroit où se trouve Zachée, il lève les yeux et le voit. N’oublions pas que Zachée cherchait à voirqui était Jésus. Pourtant, ici, c’est Jésus qui lève les yeux vers Zachée. On passe de l’intention qu’avait Zachée de voir Jésus au regard que porte Jésus sur Zachée. Zachée voulait voir Jésus; au final, c’est Jésus qui voit Zachée!

De façon semblable, on change d’initiateur. Au verset 3, Zachée a pris l’initiative. C’est lui qui « cherchait » à accomplir quelque chose, c’est son désir qui était mis en avant. Mais au verset 5, Jésus prend les commandes. Il n’y va pas par quatre chemins: « Zachée, descends vite ». Il n’est surtout pas question que l’action ralentisse. Zachée a couru et il est vite monté sur le sycomore. Maintenant, Jésus lui demande de redescendre tout aussi rapidement! Cela est une manière d’indiquer que Jésus a un projet pour lui. Face à la ferme intention de Jésus (qui correspond à l’intention divine), il n’y a pas une minute à perdre. 

Jésus interpelle Zachée

Toujours au verset 5, Jésus ajoute: « Il faut que je demeure aujourd’hui chez toi ». Les mots clés de cette déclaration, ce sont les mots « il faut » et « aujourd’hui ». Dans l’Évangile selon Luc, l’expression « il faut » (un seul mot en grec) signale régulièrement la nécessité de la réalisation du plan de Dieu. Dieu a un plan. Il veut mettre en œuvre son projet, et « il faut » que chaque étape de ce plan se concrétise. 

Quel est l’élément du plan de Dieu dont il est dit qu’il faut qu’il se réalise ici? Jésus doit demeurer « aujourd’hui » dans la maison de Zachée. Cet « aujourd’hui » du séjour de Jésus chez Zachée n’est pas qu’un simple détail. Jésus n’est pas tout simplement en train de réserver une chambre chez l’habitant « pour aujourd’hui s’il vous plaît ». Non. Comme à plusieurs endroits dans l’Évangile selon Luc, c’est « aujourd’hui » que se manifeste la présence de Jésus – une présence salvifique. Il s’agit en fait, comme nous le verrons au verset 9, d’un « aujourd’hui du salut » pour Zachée. 

Comment réagir face à une telle invitation? (Invitation dans le sens où Jésus s’invite!)

Zachée descend vite du sycomore

Verset 6: « Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir ». Zachée ne se fait pas prier. Il est « tout joyeux », ce qui montre son bel état d’esprit et la sincérité de son accueil immédiat de Jésus et de la proposition qui lui est faite.

Qui plus est, le texte nous dit qu’il descendit vite. Les mêmes mots qui sont employés au verset 5 sont repris ici:

Verset 5: « Zachée, descends vite »,

Verset 6: « Zachée descendit vite ».

Pourquoi une telle redondance? Pour montrer que Zachée obéit parfaitement à la consigne de Jésus. Il descend vite pour l’accueillir chez lui. 

Ainsi, Zachée et Jésus se dirigent ensemble vers la maison de Zachée. 

Après avoir suivi les mouvements du texte, nous allons maintenant nous intéresser aux positionnements qui se fixent en fin de récit. L’action ralentit, et tous les personnages prennent position.

D. Au verset 7, on assiste au POSITIONNEMENT DE LA FOULE (par rapport à Zachée et à Jésus).

7En voyant cela, tous maugréaient: Il est allé loger chez un pécheur! (Luc 19.7)

Remarquez bien que tous les personnages du récit sont décrits, à un moment ou à un autre, sous l’angle du voir (de la vue):

  • Au verset 3, Zachée cherchait à voir qui était Jésus.
  • Au verset 5, Jésus lève les yeux et voit Zachée.
  • Maintenant, au verset 7: la foule voit « cela », c’est-à-dire ce qui vient de se passer. 

La foule voit, elle constate que Zachée a accueilli Jésus chez lui. Or cela la répugne. « Tous maugréaient »: la réaction est généralisée. La foule, qui constituait déjà un obstacle pour Zachée au verset 3, fait la tête au verset 7. De toute évidence, elle est constituée de « propres justes » (ou de « prétendus justes »), qui se croient supérieurs. Le jugement que la foule prononce ici est double: il concerne à la fois Zachée et Jésus. Zachée, de son côté, n’est rien de plus qu’un « pécheur »; voilà l’étiquette qu’on lui colle. Ce terme résume bien l’attitude dénigrante de la foule à son endroit. Sa vie se résumerait à cela. Quant à Jésus, il est coupable d’être allé loger chez ce pécheur et de s’être ainsi associé à lui et à son péché. 

En réalité, cette foule n’est pas si différente des pharisiens et des scribes du chapitre 5. En Luc 5, c’est Lévi, un autre collecteur des taxes, qui accueille Jésus chez lui pour un grand banquet auquel participent ses amis collecteurs des taxes (Luc 5.29). Les pharisiens et les scribes maugréent, sommant les disciples de s’expliquer: 

Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les collecteurs des taxes et les pécheurs? (Luc 5.30) 

Jésus leur répond: 

Ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Ce ne sont pas des justes, mais des pécheurs, que je suis venu appeler à un changement radical. (Luc 5.31-32)

Jésus répond aux Pharisiens et aux scribes qu’il est venu pour les malades, c’est-à-dire pour les collecteurs des taxes et les pécheurs. Il dira pratiquement la même chose à la fin de notre texte. 

E. Passons au verset 8, où apparaît le POSITIONNEMENT DE ZACHÉE (par rapport aux pauvres et à ses propres victimes).

8Mais Zachée, debout, dit au Seigneur: Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends le quadruple. (Luc 19.8)

C’est debout que Zachée annonce sa position à Jésus, qu’il appelle « Seigneur ».

Que dit Zachée ici? Il exprime une nouvelle résolution, qu’il vient de prendre. Paraphrasons: « À partir de maintenant, je donne aux pauvres (ou je donnerai aux pauvres) la moitié de mes biens, et si j’ai extorqué quoi que ce soit à quelqu’un, je lui rends (ou je lui rendrai) le quadruple. »

Zachée affiche au verset 8 un positionnement qui est pour lui tout à fait nouveau. Il vient d’adopter une nouvelle position par rapport aux pauvres en général et aux victimes de ses extorsions en particulier.

  • Il donne aux pauvres la moitié de ses biens (pas seulement de son salaire, mais de l’ensemble de ses biens). C’est considérable! 
  • S’il a extorqué quoi que ce soit à quelqu’un dans le passé, il lui rend le quadruple.
Zachée devient intègre et généreux!

Pourquoi le quadruple? Difficile à dire. Soit il s’applique à lui-même l’une des peines les plus sévères de tout l’Ancien Testament dans les cas de vols (d’après Exode 21.37, un homme qui avait volé un mouton ou une chèvre, s’il l’avait égorgé ou vendu, devait en donner quatre en compensation). Soit il s’applique une règle du droit romain qui était en vigueur dans l’administration fiscale. Peu importe: sa grande générosité est soulignée. En un mot, le porte-feuille de Zachée vient de se convertir avec lui!

Luc nous montre, au fil des exemples qu’il nous donne, que sur le plan financier, Jésus ne demande pas exactement la même chose à chacun. Pourtant, tous les disciples sont appelés à pratiquer une générosité radicale. C’est ce que fait Zachée spontanément. 

F. Enfin, le POSITIONNEMENT le plus important, c’est celui DE JÉSUS (par rapport à Zachée et au jugement de la foule), dans les versets 9-10.

9Jésus lui dit [Jésus s’adresse ici à Zachée, mais aussi à la foule, puisqu’il désigne Zachée à la troisième personne]: Aujourd’hui, le salut est venu pour cette maison, parce que lui aussi est un fils d’Abraham.10Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu.

Au verset 9, Jésus se positionne d’abord vis-à-vis de Zachée. Les résolutions que Zachée vient d’exprimer montrent bien qu’il s’est converti au contact de Jésus. La présence de Jésus dans son foyer l’a bouleversé. « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison. » Ce n’est pas que les « œuvres » qu’il s’apprête à pratiquer ont quelque valeur expiatrice ou méritoire. De telles œuvres sont plutôt la preuve visible que la foi salutaire se trouve bien en Zachée. Sa repentance sincère montre que le salut vient de lui être accordé.

Jésus poursuit – cela peut nous étonner – en ajoutant: « parce que lui aussi est un fils d’Abraham ». « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison. » Pour quelle raison? « Parce que lui aussi est un fils d’Abraham » (l’accent est mis sur les mots « lui aussi »). 

Ici, Jésus semble répondre directement à la foule, qui considère Zachée comme un pécheur, déchu de son appartenance à Israël et de ses privilèges de Juif. « Non, non, répond Jésus, lui aussi est un fils d’Abraham, lui aussi a sa place au sein du peuple de Dieu. Il vient d’ailleurs de se montrer digne de son père Abraham. » 

Au verset 10, Jésus répond une fois de plus à la foule, qui l’accusait (au verset 8) d’être allé loger chez un pécheur: « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Paraphrasons: « Vous traitez Zachée de pécheur? Vous avez bien raison. Mais sachez que c’est pour des gens comme lui que je suis venu. » Quel beau résumé de la mission de Jésus: il est venu chercher et sauver ce qui était perdu. On reconnaît ici le langage du berger, emprunté à Ézéchiel 34. L’Éternel annonce qu’il cherchera lui-même la brebis perdue. En même temps, il dit qu’il enverra son serviteur David pour faire paître son troupeau. Ce serviteur davidique, c’est Jésus; il est le bon berger, venu pour chercher et sauver ce qui était perdu, dont Zachée est un bel exemple. 

II. Les accents du récit

On peut faire dire pas mal de choses à un texte comme celui-ci, pour la simple raison qu’il regorge de détails intéressants. Qu’est-ce qui devrait attirer notre attention?

  • Faut-il accorder une importance à la signification du nom de Zachée, qui signifie « celui qui est pur »? Luc est-il en train de nous dire: « Dieu sauve ceux qui ont un cœur pur »?
  • Faut-il insister sur sa petite taille? « Les petits de ce monde seront grands dans le royaume! »
  • Faut-il percevoir dans la course de Zachée vers Jésus une métaphore qui resterait d’actualité? « Celui qui ne reste pas passif mais qui court de toutes ses forces franchira le fil d’arrivée et accédera au salut! »
  • Qu’en est-il de la valeur symbolique du sycomore? « Parfois, dans la vie, il faut savoir prendre de la hauteur! »

Cette liste d’interprétations peu recommandables pourrait facilement se prolonger. En réalité, on peut faire dire à un texte beaucoup de choses, et presque n’importe quoi. 

Mais quelle est l’intention de Luc? Que met-il sur le devant de la scène? Quels sont les véritables accents de ce texte, sur lesquels Luc a voulu appuyer?

Pour ne pas partir dans tous les sens, soyons attentifs à deux garde-fous, à deux principes d’interprétation utiles ici:

  • Jésus reprend lui-même les éléments clés du récit dans les versets 9-10.
  • Ce texte entre en résonance avec d’autres passages de la plume de Luc. 

À la lumière de ces deux principes, je propose de relever trois grands accents de ce texte:

A. L’avènement et la réception du salut 

Jésus déclare: « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison ». Ce n’est pas la première fois que retentit un aujourd’hui du salut dans l’Évangile selon Luc.

  • En Luc 2.11, l’ange dit aux bergers: « aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
  • En Luc 4.21, après avoir lu la prophétie d’Ésaïe concernant le salut, Jésus déclare: « Aujourd’hui cette Écriture, que vous venez d’entendre, est accomplie. »

Et la chaîne des aujourd’huis ne prend pas fin avec Zachée. Sur la croix, Jésus dira au malfaiteur repentant (Luc 23.43): « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. » Tous ces aujourd’huis signalent l’irruption du salut dans l’histoire.

La métaphore de la vue va aussi dans ce sens. L’épisode de Zachée fait suite à la guérison d’un aveugle à proximité de Jéricho. Cela est significatif. Jésus le guérit de sa cécité, puis lui déclare: « Ta foi t’a sauvé. » (Luc 18.42) L’homme se met à suivre Jésus en glorifiant Dieu. Dans son cas, le recouvrement de la vue est une illustration de son salut. 

Le lecteur ainsi préparé, lorsqu’il lit que Zachée « cherchait à voir qui était Jésus », se demande forcément si l’homme de petite taille obtiendra davantage qu’un simple coup d’œil sur Jésus. De fait, c’est le salut qu’il obtient. 

L’avènement du salut, donc, et aussi, la réception du salut. Si, avec l’aveugle du texte précédent, c’est surtout la foi qui est mise en avant (« ta foi t’a sauvé »), avec Zachée, c’est l’importance de la repentance qui est soulignée. Quand on parle de repentance, quel personnage du début de l’Évangile nous vient à l’esprit? Jean-Baptiste! Or Jean-Baptiste n’avait-il pas dit aux collecteurs des taxes que pour eux, la repentance, c’est de n’exiger rien au-delà de ce qui leur a été ordonné (Luc 3.13)? Voilà justement ce que Zachée vient de s’engager à faire à partir d’aujourd’hui. 

Foi et repentance, voilà le double moyen d’appropriation du salut. Ce sont en quelque sorte deux faces d’une même pièce.  

B. L’intégration d’un exclu

Jésus déclare, en Luc 19.9, que le salut est venu pour la maison de Zachée « parce que lui aussi est un fils d’Abraham ». Ces deux petits mots, « lui aussi », sont d’une importance capitale.

Jésus veut réintégrer Zachée dans le peuple d’Israël aux yeux de la foule qui le rejette. « Arrêtez de le considérer comme un moins que rien, il est Juif, lui aussi! Cessez de vous dire que sa profession lui a fait perdre tous ses privilèges, c’est faux! Je suis venu pour secourir des gens comme lui au sein d’Israël. »

Il faut ajouter autre chose. Si la foule juive de Jéricho a toute les raisons de s’étonner que Jésus aille loger chez un tel pécheur, le lecteur non juif de Luc, lui, n’est pas très surpris. Il a constaté, au fil de sa lecture, que Jésus accueillait à bras ouverts les collecteurs des taxes et les pécheurs.

Pourtant, il y a ici autre chose qui prend le lecteur par surprise. Jusque-là dans l’Évangile selon Luc, les riches n’ont pas bonne presse. Jésus a même fait de grandes déclarations de condamnation à leur sujet (par exemple en Luc 6.24-25). L’homme riche de la parabole de Luc 16 s’est retrouvé dans l’Hadès (le séjour des morts) parce qu’il ne s’était pas repenti de son égoïsme. En outre, l’homme riche de Luc 18, à qui Jésus a demandé de tout vendre, a refusé. Dans la foulée, Jésus a dit à ses disciples: 

Qu’il est difficile à ceux qui ont des biens d’entrer dans le royaume de Dieu! Il est plus facile, en effet, à un chameau de passer par un trou d’aiguille à coudre qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. (Luc 18.24-25) 

Lisons la suite:

Ceux qui l’écoutaient dirent: Alors, qui peut être sauvé? Il répondit: Ce qui est impossible pour les humains est possible pour Dieu. (Luc 18.26-27)

Puis, quelques versets plus loin, Zachée entre en scène. Dans quel but? Pour démontrer au lecteur que ce qui est impossible pour les humains est possible pour Dieu. La conversion de Zachée, c’est Dieu qui fait l’impossible… en sauvant un riche. 

Résumons. Zachée est exclu par la foule parce qu’il est un chef des collecteurs d’impôts. Jusqu’au verset 5 de Luc 19, il est probablement exclu par le lecteur parce qu’il est riche. Pourtant, aux versets 5-6, le vent tourne, pour la foule comme pour le lecteur:

Zachée, descends vite; il faut que je demeure aujourd’hui chez toi. Tout joyeux, Zachée descendit vite pour le recevoir. (Luc 19.5-6)

Voilà un exclu qui se retrouve tout près de Jésus. 

C. L’initiative de Jésus 

Jésus déclare (Luc 19.10): « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ».

Le verbe « chercher », au verset 10, répond au même verbe rencontré au verset 3: alors même que Zachée cherchait à voir qui était Jésus, Jésus cherchait Zachée pour le sauver. 

Autrement dit, pour mieux mettre en valeur l’initiative de Jésus, Luc nous parle d’abord de celle de Zachée: il cherchait à voir qui était Jésus. Mais rapidement, l’initiative de Jésus prend le dessus.

En effet, au verset 5, c’est Jésus qui donne les ordres à Zachée: « Zachée, descends vite. » Toujours au verset 5, Jésus dit: « il faut que je demeure aujourd’hui chez toi », ce qui signale, comme nous l’avons vu, la nécessité que la volonté de Dieu s’accomplisse. Enfin, au verset 10, Jésus ne dit pas tout simplement qu’il est « venu sauver » ce qui était perdu. Il déclare plutôt être « venu chercher et sauver » ce qui est perdu. Ainsi, Luc martèle que Jésus a pris l’initiative du salut de Zachée. 

III. L’appropriation personnelle du récit

Qu’est-ce que ce texte peut bien nous apporter aujourd’hui? L’aujourd’hui de la proclamation du salut ne se limite pas à l’Évangile selon Luc. Il continue de retentir dans les Actes (la suite de l’œuvre de Luc), où les apôtres proclament à leur tour « aujourd’hui » l’avènement du salut.

En Actes 4.9, Pierre, interrogé « aujourd’hui » par le sanhédrin au sujet du salut d’un homme infirme, proclame haut et fort: 

Le salut ne se trouve en aucun autre, car il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les humains par lequel nous devions être sauvés. (Actes 4.12)

Paul fait pareil, en Actes 26, devant Agrippa et tous les dignitaires qui se trouvent dans l’auditoire: 

Que ce soit pour un peu ou pour beaucoup, je souhaiterais, s’il plaît à Dieu, que non seulement toi, mais encore tous ceux qui m’écoutent aujourd’hui, vous deveniez tels que, moi, je suis – à l’exception de ces liens! (Actes 26.29) 

Cette chaîne d’aujourd’huis de la proclamation se poursuit, eh bien, jusqu’à notre aujourd’hui. C’est ce que Luc a à l’esprit quand il pense à ses lecteurs. À la suite de Jésus, proclamons aujourd’hui l’avènement du salut. Poursuivons aujourd’hui la mission salvifique initiée par Jésus.

Les trois premiers points d’application correspondent aux trois accents du texte.

Proclamons aujourd’hui le salut:

A. En laissant le regard de Jésus bouleverser le rapport aux gens et à l’argent.

Alors que Jésus ne lui avait rien demandé, Zachée s’est engagé à donner la moitié de ses biens aux pauvres et à réparer les torts qu’il avaient causés. Il ne s’y est certainement pas engagé en vue d’enclencher une loi divine de compensation selon laquelle plus le croyant donne, plus il lui sera donné en retour (comme le prétend une certaine théologie de la prospérité). Zachée n’a aucune attente de retour sur investissement. Il donne librement parce qu’il a tant reçu. C’est un élan du cœur, non un engagement intéressé. 

Quel a été l’élément déclencheur de ce changement de vie? Un regard pénétrant, celui de Jésus, qui a levé les yeux vers lui. Zachée, habitué au regard désapprobateur de la foule, a perçu dans ce regard de Jésus quelque chose de différent, un accueil total, que les mots de Jésus sont venus confirmer: « il faut que je demeure aujourd’hui chez toi ». 

D’une certaine manière, nous vivons tous pour un regard d’approbation. Celui de nos parents, de nos amis, de la société, d’une élite, celui d’un cercle particulier qui nous tient particulièrement à cœur, quel qu’il soit. Nous sommes prêts à tout, parfois aux pires folies, pour obtenir ce regard d’approbation. La seule chose qui puisse nous libérer de cette quête perpétuelle et impossible, c’est le regard de Jésus. Ce regard empreint de compassion peut tout bouleverser dans une vie, y compris les relations et les finances. 

Le théologien allemand Dietrich Bonhoeffer a grandi dans le luxe. Son père était un psychiâtre et un neurologue réputé qui gagnait très bien sa vie. Du coup, la maison familiale était immense: trois étages, de multiples cheminées, un grand jardin. Une chambre était même consacrée aux animaux des enfants: des lapins, des lézards, des serpents, des tourterelles et même des écureuils. Deux des sœurs disposaient d’une chambre entière pour leurs poupées, et les garçons avaient leur propre atelier. La famille embauchait cinq personnes, dont une gouvernante et un cuisinier.

C’est dans ce gendre d’ambiance que Dietrich a grandi. Quand il s’est retrouvé en prison à Berlin pour avoir participé au complot contre Hitler, il n’a pas cherché son propre confort. Pourtant, on lui proposait toutes sortes de privilèges, car son oncle était un haut dirigeant de l’armée. Quand on lui a offert d’occuper une cellule plus fraîche au deuxième étage de la prison, il a refusé, parce qu’il savait que cela signifiait qu’un autre détenu allait se retrouver dans la cellule moins confortable. Quand on lui a proposé des portions plus généreuses pour ses repas, il les a refusées, parce qu’il savait que d’autres prisonniers auraient alors moins à manger. À un moment, il a payé de sa poche pour qu’un jeune prisonnier qui n’en avait pas les moyens, puisse bénéficier d’une assistance juridique. Il a même imposé à son propre avocat de préparer la défense d’un autre détenu. Rencontrer Jésus, cela change le rapport aux gens et à l’argent. 

Voit-on ce changement dans notre vie? Jésus libère de l’égocentrisme (du « moi d’abord ») et il libère du dieu de l’argent, du dieu du matérialisme et du dieu de la consommation.

Proclamons aujourd’hui le salut:

B. En n’excluant aucun individu sous prétexte qu’il serait « trop perdu ». 

Quels sont les Zachée dans notre entourage? Les personnes dont on a beaucoup de mal à imaginer qu’elles se convertiront? Au sujet de qui sommes-nous portés à perdre espoir? N’avons-nous pas tendance à faire un tri insconscient dans notre esprit, à séparer les bons candidats au salut des mauvais – des candidats improbables?

Peut-être y a-t-il autour de nous des Zachée qui ressemblent au Zachée de notre texte par leur conduite scandaleuse. Ce sont des « pécheurs reconnus ». Nous les croyons perdus à jamais.

Peut-être y a-t-il autour de nous des Zachée qui, comme le Zachée de notre passage, sont riches. Ils possèdent les biens de ce monde. Ils ont réussi leur carrière et ne manquent de rien. Nous avons l’impression qu’ils sont complètement insensibles à l’Évangile car il n’y a dans leur vie aucun « problème majeur » à régler. N’oublions pas que « ce qui est impossible pour les humains est possible pour Dieu. » « Eux aussi » peuvent être sauvés, ne les oublions pas!

Bien sûr, nous pouvons élargir: il y a encore d’autres types de Zachée autour de nous, d’autres personnes que nous ne parvenons pas à imaginer chrétiennes, pas forcément pour les raisons qui sont apparues dans notre texte.

Combien de fois nous perdons espoir pour nos proches, nos enfants, nos parents, nos frères et sœurs de sang. Combien de fois nous perdons espoir pour les personnes qui s’opposent ouvertement à l’Évangile, ou pour les intellectuels de notre société, ou pour les entrepreneurs, les politiques, les athées, les indifférents, ou pour les personnes ayant grandi dans l’Église puis rejeté l’Évangile. Toutes ces personnes, nous les considérons impossibles à sauver!

Envers et contre tous, Jésus prend l’initiative de chercher et de sauver de telles personnes. La preuve, c’est nous. Regardons-nous un instant. Avouons qu’il est pour le moins étonnant que nous nous trouvions ici ce matin!

Qu’étions-nous avant notre rencontre avec Jésus? Les chrétiens de notre entourage se disaient-ils: « Lui, c’est sûr qu’il va se convertir, c’est une question de jours, voire d’heures! » Il est permis d’en douter. 

Quand nous habitions en France, notre famille a accueilli un couple d’amis jeunes mariés à la maison pour un week-end. Nous leur avons demandé, à elle comme à lui, de raconter à nos enfants comment ils avaient rencontré Jésus. Dans son cas à lui, je me souviens bien de son parcours, parce que nous nous trouvions dans la même Église, dont j’étais à ce moment-là le pasteur. Il est d’une famille chrétienne. Quand je montais en chair, je le voyais commencer à bâiller. Vers le milieu du sermon, je savais qu’il était dans une autre galaxie. À la fin du sermon, j’évitais de le regarder pour ne pas me décourager. Aucun intérêt. Spirituellement mort. Inerte. Éteint. Mais Jésus l’a sauvé et complètement transformé. Son amour pour Christ est contagieux! Son épouse? Ce sont des jeunes de sa classe qui lui ont annoncé la Bonne Nouvelle quand elle était lycéenne. Elle était alors athée, une athée convaincue.  Au bout de quelques années, les chrétiens ont commencé à perdre espoir. « Rien à faire avec elle, elle a fait son choix. » Pourtant, ce soir-là, elle et lui ont raconté à mes enfants qu’un jour, dans des circonstances différentes pour chacun, Jésus les avait rencontrés (même si certains chrétiens avaient bien du mal à croire cela possible).

Proclamons aujourd’hui le salut:

C. En nous attendant à ce que le bon berger cherche lui-même ses brebis perdues.

Quel réconfort! Le salut des perdus ne dépend pas de nous. Heureusement. Jésus se chargera lui-même de sauver les siens. 

Cela dit, quand nous affirmons cela, nous courons le risque de commettre plusieurs erreurs. J’en mentionne deux.

1. La première erreur, c’est de se dire: « Si c’est Jésus qui prend l’initiative de sauver des personnes, alors pas besoin d’insister. Pas besoin de chercher à convaincre qui que ce soit. Pas besoin de défendre la foi chrétienne. » Luc affirme tout le contraire. Dans le second volet de son œuvre (les Actes), il nous montre Paul cherchant de toutes ses forces à convaincre ses auditeurs juifs, dans les synagogues, que Jésus est bien le Messie annoncé. Oui, Jésus cherche lui-même ses brebis perdues, mais il le fait en utilisant toute notre énergie et tout notre zèle. 

Apprenons à dialoguer avec les gens, à les écouter, à leur parler de Jésus avec des mots simples et compréhensibles, sans éviter les questions et les objections plus difficiles.

2. La seconde erreur, c’est de penser que le salut arrivera de nulle part dans la vie des gens.Comme par un coup de baguette magique. Or, en général, les choses ne se passent pas ainsi. Dieu s’est servi du parcours de vie de Zachée et de son poste de chef des collecteurs des taxes – et de tout ce que ce poste avait entraîné dans sa vie, y compris le mépris des gens – pour l’attirer à Jésus. 

Encore aujourd’hui, Dieu se sert des circonstances particulières de chacun.

Il y a quelques semaines, j’ai lu un article qui m’a beaucoup encouragé, écrit par un pasteur torontois. En gros, il répond à la question: « Comment Dieu s’y prend-il à notre époque pour attirer à Jésus des personnes qui n’ont aucun intérêt spirituel? »[1] Je me suis dit: il parle de mes voisins! L’auteur répond à cette question à partir son expérience personnelle et de ce qu’il a observé au cours des dernières années. Il a vu de nombreuses personnes complètement indifférentes se convertir à Christ. Qu’est-ce que Dieu utilise souvent à notre époque, ici au Canada?

  • Les enfants (C’est étrange, mais certains parents « fermés » à titre personnel sont « ouverts » à ce que leurs enfants découvrent la foi chrétienne.)
  • Les problèmes de couple
  • Les difficultés financières
  • L’instabilité sociale qui caractérise notre époque
  • La maladie
  • La mort d’un proche

Dieu utilise souvent des épreuves pour attirer les gens à lui – des personnes qui, auparavant, n’avaient aucun intérêt pour les choses de Dieu. En gros, l’auteur de cet article nous dit: « Quand vous priez pour la conversion d’un ami, vous êtes en train de demander à Dieu de faire le nécessaire pour que la personne ait envie de courir vers Jésus. » Dans un premier temps, cela risque de faire mal. 

Oui, Jésus cherche lui-même ses brebis perdues, mais il se sert de moyens précis, qui varient d’un endroit à l’autre, d’une époque à l’autre et d’une culture à l’autre.

Enfin, je termine avec un quatrième point d’appropriation personnelle, sur la base du contexte plus large de notre texte cette fois.

Proclamons aujourd’hui le salut:

D. En insistant sur le fait qu’après Jéricho, il y a Jérusalem. 

Dans l’Évangile selon Luc, Jérusalem est synonyme de Passion et de résurrection pour Jésus. Nous l’avons vu: Jéricho est l’une des dernières étapes vers Jérusalem. Nous devons prendre en compte cette donnée quand nous interprétons l’épisode de Zachée. Il serait facile de penser que le salut ne dépend pas de la croix, mais de la seule présence de Jésus. Après tout, c’est avant sa Passion que Jésus a déclaré: « Aujourd’hui le salut est venu pour cette maison. » Certes, mais la trame du récit de Luc suggère qu’il l’a fait par anticipation.

Quelques versets avant l’épisode de Zachée (en Luc 18.31-34), Jésus prédit une fois de plus qu’on se moquera de lui, qu’on le maltraitera, qu’on lui crachera dessus, qu’on le fouettera, puis qu’on le tuera; et que le troisième jour il ressuscitera. Jésus sait qu’il mourra et qu’il ressuscitera. C’est précisément cette certitude qui lui permet de proclamer l’aujourd’hui du salut. Si le salut de Zachée est possible, c’est parce que Jésus ne s’est pas arrêté à Jéricho.

De la même manière, ne nous contentons pas de parler de l’amour de Jésus d’une manière vague et imprécise. Ce regard plein d’amour de Jésus, c’est surtout au pied de la croix qu’on peut le percevoir. 

Cela implique que nous devons aborder tout le grand récit biblique avec les gens: la création, la chute, le jugement, la promesse, puis l’avènement du salut.

À la suite de Jésus, proclamons aujourd’hui l’avènement du salut… J’ajouterais: et délectons-nous de ce si grand salut. L’épisode de Zachée nous y invite.


[1] Retrouvez ICI cet article.

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Il est l'auteur du livre La méditation biblique à l'ère du numérique. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de toutes ses publications.

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