L’ « étoile » de Bethléhem était-elle une comète?

Dans un livre récent intitulé The Great Christ Comet. Revealing the True Star of Bethlehem [La grande comète du Christ. Révélation de la véritable étoile de Bethléhem], Colin Nicholl suggère que l’étoile de Bethléhem était en réalité une comète. Que penser de cette thèse?

Si cette proposition peut paraître étonnante a priori, elle ne doit en rien troubler les personnes qui prennent le texte biblique au sérieux. Bien au contraire.

1. Qui est Colin Nicholl?

Nicholl, un Irlandais de confession évangélique, est spécialiste du Nouveau Testament. Sa thèse de doctorat sur 1 et 2 Thessaloniciens, réalisée à l’Université de Cambridge, a été publiée dans une collection prestigieuse. Après avoir enseigné plusieurs années au Gordon-Conwell Theological Seminary, près de Boston, il se consacre désormais à la recherche.

2. Comment ce livre est-il accueilli?

Il faudra patienter pour connaître l’ensemble des réactions, notamment au sein de la communauté scientifique. Néanmoins, de nombreux érudits font l’éloge de cet ouvrage. Dans le domaine biblique, mentionnons Simon Gathercole (Senior Lecturer en Nouveau Testament à l’Université de Cambridge); sur le plan scientifique, citons Mark Bailey, directeur de l’observatoire d’Armagh et coauteur d’un ouvrage sur l’origine des comètes.

3. Pourquoi ce livre est-il important?

great-christ-cometSi ce livre est important, c’est parce que, sur le plan de la méthode, l’auteur fait les bons choix, que l’on soit d’accord ou non avec ses conclusions.

En ce qui concerne le texte biblique de Matthieu, Nicholl propose une étude détaillée du passage en question (le chapitre 2). Il s’attache à n’affirmer rien de plus et rien de moins que ce que Matthieu écrit. Dans la mesure où nous avons affaire à un texte archiconnu et souvent lu à travers le filtre de diverses traditions ou impressions, cette approche du texte biblique implique de séparer le mythe de la réalité, c’est-à-dire de bien distinguer ce que telle ou telle tradition a fait dire à Matthieu de ce qu’il dit réellement. Un exemple évident (qui n’a toutefois pas de grande incidence sur l’argumentation de Nicholl): à aucune occasion, Matthieu n’affirme que les « rois mages » sont des « rois »! Ce sont, plus simplement, des « mages d’Orient » (Mt 2.1).

Toujours concernant la méthode, Nicholl fait le choix de consulter les recherches de la science moderne, en particulier en astronomie. Bien que cela l’oblige à s’aventurer en dehors de son champ d’expertise (il est spécialiste du Nouveau Testament), cette décision est la bonne. En effet, de deux choses l’une: soit l’« étoile » aperçue par les mages est un phénomène surnaturel, ce qui est tout à fait possible (de tels phénomènes ne manquent pas dans l’Évangile selon Matthieu), soit il s’agit d’un phénomène naturel qui doit pouvoir (en théorie) s’expliquer scientifiquement. S’il s’agit d’un phénomène surnaturel, nous ne pouvons rien en dire de plus! Du coup, la seule piste que l’on puisse explorer est bien celle du phénomène naturel. Quand on privilégie cette piste, on court bien entendu le risque de se retrouver dans une impasse, c’est-à-dire de ne découvrir aucune explication scientifique valable de ce que Matthieu rapporte. Pourtant, comme le suggère l’ouvrage de Nicholl, le jeu en vaut la chandelle.

4. En quoi le texte de Matthieu fait-il débat?

Mon objectif n’est pas d’évaluer dans le détail l’argumentation ou les conclusions de Nicholl.

Néanmoins, voici quelques observations ou enjeux qui doivent être pris en compte dans l’interprétation du texte de Matthieu:

  • Le terme grec traduit par « étoile » peut faire référence à différents types de corps célestes.
  • En Mt 2.2 (cf. Mt 2.9), une expression pose problème aux traducteurs de la Bible: certains traduisent « nous avons vu son étoile en Orient » (NBS), d’autres comprennent « nous avons vu se lever son étoile »  (Semeur 2015). Ce point est déterminant pour l’argumentation de Nicholl: la seconde traduction, qu’il adopte, fait penser à une comète.
  • Matthieu ne nous dit pas pourquoi les mages ont associé ce qu’ils ont vu à la naissance du roi des Juifs.  Cela dit, Mt 2.2 pourrait faire allusion à Nb 24.17 (un texte souvent considéré messianique dans la littérature juive): « Un astre sort de Jacob, un sceptre s’élève d’Israël. » Peut-être les mages étaient-ils en contact avec une communauté juive, comme celle qui était installée à Babylone, ou avaient-ils lu certains textes juifs. Nous ne le savons pas.
  • Matthieu n’affirme pas que c’est l’« étoile » en tant que telle qui conduit les mages à Jérusalem et à Bethléhem. Si les mages se rendent à Jérusalem, c’est sans doute parce que c’est dans cette ville qu’ils s’attendent (logiquement) à voir le roi des Juifs. S’ils se dirigent ensuite vers Bethléhem, c’est sur la base de la prophétie de Michée, évoquée à Jérusalem par les grands prêtres et les scribes (Mt 2.4-6).
  • Alors qu’ils sont en route vers Bethléhem, les mages assistent de nouveau au phénomène céleste (Mt 2.9-10), qui les réjouit, sans doute parce qu’il confirme à leurs yeux qu’ils sont sur la bonne voie.
  • L’« étoile » s’arrête au-dessus du lieu (au sens large) où est l’enfant (Mt 2.9), mais pas forcément au-dessus d’un lieu précis (la maison). Les mages ont très bien pu s’informer ensuite auprès des habitants de Bethléhem, qui leur ont appris que l’enfant était dans telle maison.

En conclusion, il est facile de faire dire au texte de Matthieu ce qu’il ne dit pas!

La thèse de Nicholl constitue une proposition sérieuse qui ne peut être écartée d’emblée. Si Nicholl a raison, l’énigme de l’« étoile » de Bethléhem est enfin résolue. S’il a tort, soit nous avons affaire à un phénomène naturel autre qu’une comète, soit Matthieu décrit plutôt un phénomène surnaturel.

Quoi qu’il en soit, ne commettons pas l’erreur de croire qu’une explication scientifique enlèverait au récit de la Nativité une belle manifestation de la puissance divine. Bien au contraire: c’est alors la providence de Dieu qui éclaterait dans toute sa splendeur! En effet, seul un Dieu qui maîtrise parfaitement la création et les événements de l’histoire peut faire en sorte qu’un phénomène naturel relativement rare se produise au bon endroit, au bon moment.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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