L’Esprit peut-il nous toucher par un texte biblique mal interprété?

Certains répondraient sans doute par la négative, en insistant sur le caractère non négociable des bons principes d’interprétation de la Bible. D’autres déclareraient sans hésiter: « Bien sûr, il fait ce qu’il veut et rien ne lui est impossible! » Pour ma part, j’incline à proposer une réponse nuancée: « Oui, mais… » Un « oui » prudent, donc, qui appelle quelques précisions.

Le titre de ce billet suggère qu’il faut distinguer les bonnes et les mauvaises interprétations de la Bible. Dit simplement, une bonne interprétation d’un passage biblique est une compréhension de ce texte qui s’accorde avec l’intention de son auteur. (À ce sujet, je me permets de renvoyer à mon article « Interprétation de la Bible » dans ce livre.)

Je tente de répondre à la question qui nous occupe en quatre temps.

1. Oui, car Dieu est plein de grâce.

Heureusement, Dieu compatit à nos faiblesses, y compris à celles que nous manifestons quand nous sommes face à l’Écriture.

Il faut dire qu’en général un chrétien qui fait fausse route dans son interprétation ou dans son appropriation d’un passage de la Bible se trouve dans cette situation malgré lui. Il est bien intentionné, sincère dans sa recherche de la vérité et dans son désir de mettre en pratique la Parole de Dieu. Certes, il existe des individus qui tordent constamment et dangereusement le sens des Écritures et dont il faut même dénoncer l’activité (2 Pierre 3.16), mais ils ne sont pas légion dans nos assemblées.

Les chrétiens qui passent à côté du message d’un texte biblique, ou qui font dire à un texte autre chose que ce qu’il dit vraiment, ont donc davantage besoin d’être aidés et formés que d’être jugés. D’ailleurs, personne n’est immunisé contre ce danger.

2. Oui, à une condition…

Ce qui se produit assez souvent peut se résumer ainsi: à la lecture d’un passage biblique, un chrétien s’émerveille d’une vérité qu’il croit en avoir dégagé. Comment lui annoncer alors, si tel est malheureusement le cas, que cette vérité n’y figure pas réellement? La personne est pourtant convaincue d’avoir été touchée par l’Esprit…

De fait, une certaine action de l’Esprit s’est peut-être effectivement opérée, à condition que la « vérité » en question en soit bien une, et qu’on n’ait pas affaire à une notion erronée (voire à une fausse doctrine). En d’autres termes, la vérité à laquelle le texte a fait penser le lecteur, bien qu’absente de ce texte, se trouve ailleurs dans l’Écriture. Comme on dit dans les milieux théologiques, la personne est parvenue à une bonne doctrine à partir du mauvais texte!

Si, en revanche, la supposée « vérité » découverte n’intervient nulle part dans la Bible, il est légitime de remettre en cause l’authenticité de l’expérience vécue. Malgré ses bonnes intentions, la personne s’est tout simplement fourvoyée. Ne dramatisons pas pour autant: cela arrive à tous les chrétiens, dont je suis!

3. Oui, mais cette situation est loin d’être idéale et on doit y remédier.

Mal interpréter un texte biblique, ce n’est pas catastrophique si, dans notre pratique, cela reste l’exception plutôt que la règle, et si nos erreurs concernent des aspects secondaires de l’existence. Néanmoins, c’est ériger un obstacle à l’œuvre de l’Esprit. C’est aller à l’encontre de sa manière ordinaire de procéder dans notre vie personnelle et dans notre expérience communautaire.

Quel est ce scénario habituel?

Revenons à l’intention de l’auteur. En général, cette expression fait référence à l’intention de l’auteur humain du texte. Mais le mystère de l’inspiration de l’Écriture implique que l’intention de l’auteur humain s’aligne sur l’intention de l’Auteur divin. Découvrir l’intention de l’auteur humain d’un texte biblique, c’est donc s’approcher de l’intention de Dieu lui-même.

Oui, Dieu transmet sa parole aux hommes en visant des objectifs de communication et de transformation précis:

Comme la pluie et la neige descendent du ciel et n’y reviennent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et fait germer, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui a faim, ainsi en est-il de ma parole qui sort de ma bouche: elle ne revient pas à moi sans effet, sans avoir fait ce que je désire, sans avoir réalisé ce pour quoi je l’ai envoyée. (Ésaïe 55.10-11)

Bien interpréter un texte biblique, ultimement, c’est saisir – au moins dans une certaine mesure – ce pour quoi Dieu a inspiré et transmis ce texte. (Je précise « au moins dans une certaine mesure » car nous sommes limités; notre connaissance n’est que partielle, et la pensée de Dieu ne cesse de nous dépasser. Cependant, ces rappels ne signifient pas que ce que Dieu dit nous est totalement incompréhensible, bien au contraire.)

Quand nous parvenons à discerner cet objectif divin (avec l’aide de l’Esprit), il est alors naturel d’accueillir dans la foulée l’action transformatrice de l’Esprit, qui s’inscrit logiquement dans le prolongement de l’intention divine de départ. Dieu agit alors en nous dans la ligne de ce qu’il a dit et de ce pour quoi il l’a dit!

Schématisons:

Intention divine à l’origine du texte → Action de l’Esprit conséquente par le moyen du texte

Quand notre interprétation du texte s’aligne sur l’intention de l’Auteur divin, l’action de l’Esprit de Dieu ne peut qu’en être facilitée. En effet, dans ce cas, il y a cohérence entre ce que l’Esprit a déjà fait en inspirant l’auteur humain du texte et ce qu’il est en train de faire en nous parlant par ce texte.

4. Oui, mais l’Esprit nous touchera bien plus régulièrement et intensément si nous apprenons à bien interpréter la Bible.

À la lumière du point précédent, nous pouvons affirmer qu’interpréter la Bible de manière juste, c’est ainsi favoriser l’action de l’Esprit dans notre vie.

Par conséquent, la recherche de la bonne interprétation d’un texte biblique, qui demande parfois des efforts de réflexion, n’est pas une tâche purement intellectuelle. C’est une responsabilité profondément spirituelle: en comprenant et en honorant ce que l’auteur humain et l’Auteur divin ont voulu dire par un texte, nous invitons l’Esprit à nous visiter, à nous transformer et à nous rapprocher de Dieu par l’intermédiaire de ce texte, dont il est à l’origine.

Conclusion: si l’Esprit peut parfois nous toucher par un texte biblique mal interprété, affirmons surtout qu’il veut nous toucher régulièrement par des textes bibliques interprétés avec justesse!

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il est l’auteur de La méditation biblique à l’ère numérique, Farel/GBU, 2012. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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