Ne confondons pas la Pâque et Pâques

Bien qu'il existe un lien fort entre elles, il s'agit de deux fêtes très différentes. À Pâques, c'est surtout la résurrection de Christ que nous célébrons!

À l’occasion du dimanche de Pâques, de nombreux prédicateurs choisissent pour thème la Pâque (juive). Ils semblent ainsi confondre « la Pâque » et « Pâques », des homonymes (c’est-à-dire des mots phonétiquement identiques mais de sens différents). Le problème ne se pose pas en anglais: dans les milieux anglo-saxons, on ne prêche généralement pas sur Passover (la Pâque) le jour de Easter (Pâques).

Cette confusion est-elle bien grave? Dans l’absolu, non, car il existe bien un lien entre les deux fêtes en question, la Pâque et Pâques. Cependant, un certain déficit résulte fréquemment de cette erreur: on parle trop peu de la résurrection du Christ le jour de Pâques.

La Pâque, une fête juive

Comme le rappelle le Grand Dictionnaire de la Bible (éditions Excelsis), « la Pâque d’Exode 12 concerne (1) l’événement historique originel de la libération d’Israël et de sa sortie d’Égypte; (2) la commémoration institutionnelle régulière de cet événement ».

Le dernier repas de Jésus a coïncidé avec l’observance pascale (Luc 22.15), à laquelle Jésus a donné une nouvelle signification, associant le pain à son corps et la coupe à son sang (Luc 22.19-20). Par la suite, la cène instituée par Jésus a progressivement remplacé la pratique juive de la Pâque parmi les chrétiens.

Pâques, une fête chrétienne

Alors que « la Pâque » est mentionnée dans la Bible, ce n’est pas le cas de « Pâques ». Il s’agit d’une fête chrétienne ayant pour but de commémorer la résurrection du Christ. Pour beaucoup de chrétiens, c’est même la fête la plus importante du christianisme.

La Pâque juive est pleine de sens pour les chrétiens

Si la Pâque est une fête juive, elle revêt néanmoins une importance particulière pour les chrétiens. En effet, Jésus est l’Agneau pascal par excellence, offert en sacrifice pour les croyants. L’apôtre Paul déclare: « Christ, notre agneau pascal, a été sacrifié » (1 Corinthiens 5.7). Les chrétiens peuvent tirer plusieurs enseignements de la Pâque, dont celui qui est résumé dans cet autre billet intitulé « Notre salut ne dépend pas de l’intensité de notre foi ».

Dans l’Évangile selon Luc, non seulement la mort de Jésus (Luc 22.7-23), mais encore sa naissance (Luc 2.22-24) renvoient à la Pâque juive. En effet, Jésus, en tant que premier-né, est présenté au Seigneur, suivant ce qui est prescrit en Exode 13.2, 11-16; cette exigence rappelle que, lors de la dixième plaie d’Égypte précédant immédiatement l’Exode, les premiers-nés égyptiens ont subi le jugement de Dieu alors que les premiers-nés israélites ont été épargnés.

Le rapport entre la Pâque et Pâques

L’étymologie commune de « la Pâque » et de « Pâques » indique un lien fort entre les deux fêtes. En effet, les premiers chrétiens qui ont célébré la résurrection de Jésus ont tenu à mettre cette nouvelle fête en relation avec la Pâque juive. Et pour cause: dans la chronologie des Évangiles, le dernier repas de Jésus avec ses disciples est un repas pascal qui précède la Passion, et la résurrection du Christ a lieu le troisième jour après sa crucifixion.

Dans la mesure où l’on ne peut dissocier la résurrection de la crucifixion, on comprend le lien entre Pâques et la Pâque: alors que la Pâque évoque la mort sacrificielle de Jésus, Pâques signale la victoire du Sauveur sur la mort!

Devrions-nous prêcher sur la Pâque juive le dimanche de Pâques?

Malgré le lien qui vient d’être rappelé entre la Pâque et Pâques, il me semble préférable de mettre l’accent, le jour de Pâques, sur la résurrection du Christ. Certes, le thème de la résurrection de notre Sauveur sera nécessairement mis en relation avec la croix (sur laquelle les rencontres du Vendredi Saint nous permettront de méditer plus longuement), mais n’oublions pas que la résurrection du Christ a aussi d’immenses répercussions pour nous chrétiens. Et elle est trop peu abordée dans les prédications, de manière générale…

Pourquoi ne pas traiter par exemple d’un des effets vivifiants de la résurrection du Christ dans notre existence, présente ou future? De nombreux textes du Nouveau Testament nous y invitent.

Pâques est une fête extraordinaire. Tirons profit, par le choix des chants et du texte prêché ce jour-là, de cette merveilleuse occasion de célébrer la toute-puissance de Dieu et le règne sans fin du Ressuscité, qui est Messie et Seigneur à jamais!

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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