Noël, c’est renversant!

J’aimerais attirer votre attention sur deux renversements qui sont au cœur du récit de Noël, en Luc 2.1–20. Je me permets d’insister: on ne peut bien comprendre ou prêcher ce texte sans une juste appréciation de ces deux revirements de situation, que Luc met en rapport avec des thèmes forts de son Évangile.

On peut parler, plus précisément, de deux renversements de statut.

1. L’héritier du trône de David est couché dans une mangeoire.

« [Marie] l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle des hôtes. » (Luc 2.7)

Nous sommes tellement familiers de ce texte qu’il ne nous émeut que rarement. Or, Luc a tout mis en place, dans les textes qui précèdent et suivent cette déclaration, pour que le lecteur soit émerveillé par la scène.

  • Lors de l’annonce de la naissance de Jésus, l’ange Gabriel avait dit à Marie, à propos de son fils: « Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. Il régnera sur la famille de Jacob éternellement, son règne n’aura pas de fin. » (Luc 1.32–33) C’est rien de moins que la promesse de Dieu au roi David, en 2 Samuel 7.16, qui s’accomplira bientôt.
  • Pour appuyer cette compréhension des choses, Luc martèle que Jésus est bien un descendant de David. Joseph se rend dans la « ville de David » (Bethléhem) parce qu’il est « de la famille et de la lignée de David » (Luc 2.4). Jésus, ainsi rattaché à la lignée de David par son père (car Joseph est bien, au sens juridique, le père de Jésus), naît donc dans cette « ville de David » (Luc 2.11). En Luc 2.11, Jésus est d’ailleurs appelé le « Messie » (ou « Christ »): c’est lui qui bénéficie de l’onction royale.

Pourtant, malgré tout ce que Luc nous dit de Jésus, Marie le couche, à sa naissance, dans une mangeoire habituellement réservée aux animaux! Lui qui est l’héritier ultime du trône de David, celui qui n’aura jamais de successeur parce qu’il régnera pour toujours!

Résumons: Le plus grand roi de l’histoire naît dans la plus grande simplicité. Jésus est l’héritier du trône de David, mais seule une mangeoire est libre pour l’accueillir dans la ville de David.

Quel abaissement, quel renversement de statut! D’une certaine manière, ce premier abaissement préfigure l’abaissement ultime du Roi que sera la croix.

2. La naissance de Jésus est annoncée comme une Bonne Nouvelle à de simples bergers.

Ce sont de simples bergers qui sont les premiers destinataires de cette Bonne Nouvelle.

Ne forçons pas trop le trait: les bergers n’étaient pas des individus méprisés (à ce propos, voir cet article). Néanmoins, ils étaient des gens simples et pauvres, ce qui rejoint un autre thème important de l’Évangile selon Luc:

  • Dans son cantique, Marie avait annoncé que Dieu était sur le point de renverser les puissants et d’élever les humbles (Luc 1.52).
  • Au début de son ministère, Jésus dira qu’il est venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres (Luc 4.18). Ici, c’est l’ange du Seigneur qui annonce déjà la Bonne Nouvelle à des pauvres!

Selon Luc 2.10, les bergers sont les représentants de tout Israël. Si c’est à eux que la Bonne Nouvelle est annoncée, elle n’est pas destinée à eux seuls. Elle est pour tout Israël. Cela étant, les privilégiés du jour sont des gens situés plutôt vers le bas que vers le haut de l’échelle socioéconomique du temps. Des gens simples sont ainsi honorés.

Dans les chapitres qui suivent, Dieu choisira d’autres pauvres, des malades, des aveugles, des boiteux, des collecteurs de taxes, des « pécheurs ». Pour quelle raison? Parce que ce sont de telles personnes qui parviennent le plus facilement à reconnaître leur besoin de salut et qui laissent volontairement Christ régner sur elles. Ces gens sont souvent ouverts à recevoir l’aide et en particulier le pardon que Dieu leur propose. Dans le Royaume de Dieu, ils font l’expérience d’un renversement de statut.

De manière implicite, les bergers représentent un exemple pour nous, lecteurs de l’Évangile. Ils nous montrent la voie de l’humilité.

Je conclus. Noël, c’est renversant. Pourquoi? Parce qu’il se produit à Noël deux grands renversements de statut, un premier vers le bas, un second vers le haut.

Premièrement, le Roi éternel naît dans la plus grande humilité. Ce premier revirement (vers le bas) en entraîne un autre (vers le haut): de simples bergers, des anonymes, des gens qui n’auraient jamais imaginé faire l’histoire sont aux premières loges d’une scène qui bouleversera l’humanité entière, et ils deviennent les tout premiers témoins de l’Évangile. Des gens humbles sont élevés.

Eh oui: le Roi est abaissé pour que les bergers soient élevés! Autrement dit, l’abaissement du Roi indique déjà qui sera au bénéfice de son règne: les gens humbles, celles et ceux qui se savent pécheurs et veulent un Sauveur.

Dans la ville de David, Dieu a abaissé le Roi venu sauver celles et ceux qui acceptent de s’abaisser.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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