Comment changer (complètement) de regard sur nos leaders dans l’Église?

Apôtres, prophètes, bergers... qui sont-ils vraiment? - Éphésiens 4.7-16, partie 1 (PMM #10)

Bienvenue dans Parle-moi maintenant, le podcast qui vous fait parcourir le Nouveau Testament un livre à la fois. Dans cet épisode, nous poursuivons notre série sur la lettre de Paul aux Éphésiens.

Dans ce dixième épisode sur la lettre aux Éphésiens, Dominique Angers aborde Éphésiens 4.7-16. Dans ce texte, trois grands thèmes se rencontrent: la diversité, l’unité et la maturité de l’Église. Dominique consacrera deux épisodes à ce passage très riche.

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La vérité centrale d’Éphésiens 4.7-16, partie 1 (versets 7 à 11)

Nos leaders sont des dons offerts par Christ après sa victoire.

Questions pour échange en groupe ou réflexion personnelle

  • Quand vous pensez aux responsables de votre Église, quelle est la première image qui vous vient à l’esprit?
  • Relisez le verset 7 et essayez de l’expliquer dans vos propres mots.
  • De quelle grâce est-il question au verset 7?
  • Avez-vous l’impression de connaître votre part dans l’œuvre de Christ (verset 7), c’est-à-dire votre rôle précis dans l’Église?
  • Relisez les versets 8 à 10. Que nous apprennent-ils à propos de Christ? En particulier, de quelle façon Christ est-il « descendu » et de quelle façon est-il « monté »?
  • Que veut dire Paul quand il affirme que Christ remplit l’univers entier (verset 10)? Quel rapport avec les dons du verset 11?
  • En quoi la liste de dons du verset 11 est-elle différente des autres listes de dons qui apparaissent dans le Nouveau Testament (Romains 12, 1 Corinthiens 12, 1 Pierre 4)?
  • À la lumière d’Éphésiens 2.20 et 3.5, qui sont les apôtres et les prophètes?
  • Qui sont les prédicateurs de l’Evangile? Les bergers? Les enseignants? Retrouvez-vous ces dons dans votre Église locale?
  • La vérité centrale de ce texte (« nos leaders sont des dons offerts par Christ après sa victoire ») change-t-elle votre regard sur les responsables chrétiens?
  • De manière générale, avez-vous le sentiment que l’Église tient ses leaders en haute estime? Expliquez.
  • Pourquoi est-il dangereux de critiquer nos leaders?
  • Quelle est la différence entre une critique inacceptable et une remarque constructive à l’endroit d’un responsable?
  • Prenons quelques instants pour remercier Dieu pour nos responsables.
  • Comment pourriez-vous encourager vos responsables d’Église cette semaine?

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Version écrite de l’épisode PMM #10 (transcription)

Comment changer complètement de regard sur nos leaders dans l’Église? Nous aurons dans notre texte une réponse étonnante à cette question. On peut intituler le texte d’Éphésiens 4.7-16 « La diversité au service de l’unité et de la maturité ». Nous allons parcourir ce texte très riche en deux épisodes.

La dernière fois, nous avons abordé la grande partie pratique de la lettre, qui couvrira les chapitres 4 à 6. Dans les 16 premiers versets, il est question d’unité, de diversité et de maturité dans l’Église. En Éphésiens 4.1-6, Paul nous encourage à conserver l’unité de l’Église (nous en avons parlé la dernière fois). Notre texte (versets 7 à 16) élargit cette réflexion sur l’unité pour intégrer aussi les notions de diversité et de maturité.

Projecteurs sur la diversité

Les tout premiers mots du verset 7 donnent le ton: « Cependant, chacun de nous… » C’est le thème de la diversité qui est ainsi introduit; il est question de ce que « chacun » a reçu.

Paul parle de diversité jusqu’au verset 11 (donc de 7 à 11, versets sur lesquels porte ce premier épisode), puis il revient sur le thème de l’unité dans les versets 12 à 16 (ce qui suggère que la diversité contribue à l’unité).

Dans ces versets 7 à 11, Paul parle de « dons » à l’Église et de grâce offerte:

  • Verset 7: « chacun de nous a reçu la grâce de Dieu »
  • Verset 7: « la part que Christ lui donne »
  • Verset 8: « il a fait des dons aux hommes »
  • Verset 11: « C’est lui qui a fait don de certains… »

Revenons au verset 7.

Cependant, chacun de nous a reçu la grâce de Dieu selon la part que Christ lui donne dans son œuvre. (Éphésiens 4.7)

L’expression « chacun de nous » indique que tous les chrétiens ont reçu la grâce de Dieu. L’aspect mis en avant ici n’est pas la grâce qui sauve, mais plutôt la grâce qui se manifeste dans le service. Dieu donne à chaque chrétien une grâce adaptée à « la part que Christ lui donne dans son œuvre ». Christ ne donne pas à chaque chrétien et à chaque chrétienne la même part dans son œuvre, le même rôle dans l’Église, la même fonction. Mais ce qui caractérise tous les chrétiens sans exception, c’est qu’ils ne manquent pas de grâce pour accomplir leur service. La grâce donnée correspond précisément au rôle et aux responsabilités de chacun. La grâce est distribuée en fonction et en proportion du service attendu.

Par conséquent, si tu es chrétien, sache, premièrement, que Christ te donne une part dans son œuvre. Christ t’appelle à jouer un rôle précis et nécessaire dans l’Église. Deuxièmement, Dieu t’accorde sa grâce pour que tu puisses jouer ce rôle de manière efficace et avec persévérance.

Au verset 8, Paul cite ensuite le Psaume 68, verset 19, qu’il applique à Christ:

C’est bien ce que déclare l’Écriture :

Il est monté sur les hauteurs,

il a emmené des captifs

et il a fait des dons aux hommes. (Éphésiens 4.8)

Dans le contexte originel du Psaume, il est question non pas de Christ, mais de l’Éternel. L’Éternel monte sur le mont Sion après avoir remporté la victoire sur ses ennemis.

Paul transpose cette situation à la victoire de Christ. Ce n’est plus l’Éternel qui monte sur les hauteurs, c’est Christ victorieux qui monte sur les hauteurs après avoir vaincu ses ennemis.

Il ne s’agit plus simplement de l’ascension du mont Sion, il s’agit, avec Christ, de l’Ascension à la droite de Dieu dans le monde céleste, dont Paul a déjà parlé en Éphésiens 1.20-21. Christ est dorénavant au-dessus de tous ses ennemis, les êtres spirituels rebelles.

Dans cette citation du Psaume 68 (transposé à Christ), Paul s’intéresse tout particulièrement à deux éléments, comme nous le verrons dans les versets suivants. D’abord, le fait que Christ est monté (Paul y revient dans les versets 9 et 10). Ensuite, le fait que Christ a fait des dons aux hommes (Paul développe cette idée à partir du verset 11).

Dans les versets 9 et 10, Paul commente la citation du Psaume, en expliquant de quelle manière Christ est « monté sur les hauteurs ».

Or, que signifie : Il est monté ? Cela implique qu’auparavant, il est descendu jusqu’en bas, c’est-à-dire sur la terre. (Éphésiens 4.9)

Dans un premier temps, Christ est donc descendu sur la terre. C’est une référence à sa venue sur terre. Puis, dans un second temps, il est remonté. On trouve un ordre semblable dans le Psaume 68: l’Éternel est descendu délivrer son peuple et vaincre ses ennemis, puis il a regagné sa demeure sur le mont Sion.

Mais revenons à Christ.

Celui qui est descendu, c’est aussi celui qui est monté au-dessus de tous les cieux afin de remplir l’univers entier. (Éphésiens 4.10)

Après son séjour sur terre, Christ est retourné dans les cieux. Plus précisément: « [il] est monté au-dessus de tous les cieux ». Selon certaines conceptions juives, il existait plusieurs niveaux célestes, plusieurs cieux. Ce que Paul indique ici, c’est que Christ a atteint le lieu le plus élevé et qu’il a vaincu tous ses ennemis. Depuis son Ascension, il domine sur tout ce qui se trouve dans tous les cieux et sur la terre.

Fin du verset 10: « afin de remplir l’univers entier ». « Remplir », ici et ailleurs dans la lettre aux Éphésiens, c’est exercer son règne. Un peu comme en Jérémie 23.24, où l’Éternel demande: « Ne suis-je pas celui qui remplit ciel et terre? » Christ règne donc sur l’univers entier (comme Dieu lui-même, d’après Éphésiens 4.6). Christ exerce sa souveraineté sur toutes choses.

Au verset 11, Paul revient sur le deuxième élément qui l’intéresse dans la citation du Psaume 68: les dons.

C’est lui qui a fait don de certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme prédicateurs de l’Évangile, et d’autres encore, comparables à des bergers, comme enseignants. (Éphésiens 4.11)

Christ a donc fait des dons: il a donné des personnes, différents responsables, des leaders à l’Église. Chaque catégorie de leaders qui est mentionnée a des fonctions distinctes. C’est donc en tant que Roi suprême qui domine sur toutes choses que Christ nous fait ces dons et qu’il bâtit ainsi son Église.

Ailleurs dans le Nouveau Testament, on trouve des listes de dons faits aux personnes (en Romains 12, 1 Corinthiens 12, 1 Pierre 4). Ici, cependant, nous avons non pas des dons aux personnes, mais plutôt des dons de personnes à l’Église. Différents groupes de personnes sont donnés par Christ à la communauté des croyants.

Maintenant, les différentes catégories.

Apôtres et prophètes

Christ « a fait don de certains comme apôtres, d’autres comme prophètes ». C’est la troisième fois que ces deux groupes sont mentionnés conjointement en Éphésiens. En 2.20, Paul déclare que les apôtres et les prophètes constituent le fondement du nouveau temple qu’est l’Église.

Selon 3.5, Dieu a révélé aux apôtres et aux prophètes, par le Saint-Esprit, le « secret » de l’Évangile. Ces deux références antérieures (2.20 et 3.5) montrent que les apôtres et les prophètes dont il est question en Éphésiens 4.11 ont joué un rôle fondateur au cours des premières années de l’Église.

Ailleurs dans le Nouveau Testament, ces termes (« apôtres » et « prophètes ») sont parfois employés de façon assez large: il y a de nombreux apôtres au sens large, et de nombreux prophètes au sens large. À chaque fois, c’est le contexte qui détermine à quoi un mot fait référence.

Mais dans la lettre aux Éphésiens, quand on met les différents textes concernés en relation, on constate que ces deux termes font référence à des personnes précises et qu’il ne s’agit pas de groupes qui seraient toujours « ouverts ». Les apôtres, ce sont les premiers apôtres. Les prophètes (à ne pas confondre avec les prophètes de l’Ancien Testament), ce sont ceux qui ont reçu et transmis l’Évangile au moment où ce message était encore tout nouveau; le mystère leur a été révélé alors que s’ouvrait une nouvelle époque.

Ce sont ces premiers apôtres et ces premiers prophètes qui constituent le fondement de l’Église, Jésus-Christ étant la pierre principale de l’édifice; c’est grâce à eux que l’Évangile est parvenu jusqu’à nous. Ces deux groupes, certes, ne sont plus. Pourtant, nous leur devons beaucoup, ils ont laissé leur marque. En tant qu’Église du XXIe siècle, nous leur devons notre existence même.

Prédicateurs de l’Évangile

Christ en a donné « d’autres comme prédicateurs de l’Évangile ». L’Évangile, c’est la Bonne Nouvelle de ce que Dieu a fait pour nous par Jésus-Christ. Christ a donné à l’Église des prédicateurs de l’Évangile, c’est-à-dire des personnes qui ont des capacités hors norme pour la communication claire et efficace de la Bonne Nouvelle.

Bergers et enseignants

Ce n’est pas tout. Christ en a donné « d’autres encore, comparables à des bergers, comme enseignants ». Les bergers et les enseignants constituent-ils un seul et même groupe ici? La traduction du Semeur le suggère, mais les spécialistes en débattent. Il pourrait aussi s’agir de deux groupes distincts; on traduirait alors « d’autres comme bergers, d’autres encore comme enseignants ».

Peu importe la traduction retenue, intéressons-nous brièvement à ces deux termes. D’abord, les « bergers » ou les « pasteurs ». Leur rôle est de conduire l’Église, d’en prendre soin, de la nourrir spirituellement, de la protéger. Comme les bergers (au sens littéral) prennent soin du troupeau qui est sous leur responsabilité. Ailleurs dans le Nouveau Testament, les bergers sont appelés les « responsables dans l’Église » (les « anciens ») ou les « dirigeants » (les « évêques », « épiscopes »), en fonction des traductions. Tous ces termes font référence au même groupe.

Quant aux enseignants, quel est leur rôle précis? Il faut reconnaître que tous les groupes mentionnés au verset 11 enseignent dans une certaine mesure. Pourtant, certains ont une plus grande habileté dans ce domaine, et l’Église les encourage à se consacrer davantage à cette tâche, à y investir plus de temps et d’énergie. Ils parviennent à bien expliquer l’Écriture et à en tirer des applications pratiques qui interpellent les gens. Ce sont les enseignants.

Une petite précision sur l’ensemble du verset 11 s’impose. En pratique, ces différentes catégories peuvent se chevaucher. On peut imaginer qu’une même personne soit à l’aise, par exemple, à la fois pour annoncer la Bonne Nouvelle et pour enseigner toute l’Écriture. Donc, il ne s’agit pas de mettre nos leaders dans des cases rigides, de les mettre en boîte. Paul lui-même est très souple quand il parle de ces différentes fonctions.

Quelle est la vérité centrale de ce texte, l’encouragement pour nous aujourd’hui? Nos leaders sont des dons offerts par Christ après sa victoire. Qu’il s’agisse des leaders du passé (les apôtres et les prophètes) ou des leaders du présent (les prédicateurs de l’Évangile, les bergers, les enseignants), c’est Christ qui nous les donne.

Bien entendu, tout leader autoproclamé n’est pas un don de Christ! L’Église doit discerner les vocations. Même un leader confirmé hier peut se disqualifier aujourd’hui. D’autres textes parlent de tout cela; il ne s’agit pas de vénérer aveuglément des êtres humains, quels qu’ils soient.

Cela dit, entendons ce que Paul nous dit dans ce texte. À partir du moment où l’Église reconnaît et confirme dans la durée la vocation de ses différents leaders, elle a aussi la responsabilité de les tenir en haute estime: ils nous sont donnés par Christ lui-même, par un Christ victorieux, qui remplit l’univers entier. Nos leaders ne sont pas un maigre prix de consolation; ce sont plutôt des rappels vivants de la victoire la plus importante de l’histoire, celle de Christ. Ce sont les cadeaux de la victoire!

Avant de critiquer nos leaders, réfléchissons bien. Nous pouvons certes leur donner des retours et leur faire des remarques, mais faisons-le toujours avec amour, dans le respect et de manière constructive. Ne courons pas le risque, en nous plaignant à leur sujet, de nous opposer à celui qui nous les a donnés et qui remplit l’univers entier. Christ a choisi de nous offrir des responsables imparfaits, sujets à la faiblesse comme nous tous, et pourtant très utiles. Disons-lui merci. Remercions également nos responsables pour leur travail souvent difficile et trop peu reconnu.

Prière

Seigneur Jésus-Christ, nous te célébrons pour ta victoire. Après avoir accepté de séjourner sur terre et de connaître l’humiliation de la croix, tu es monté au-dessus de tous les cieux afin de remplir l’univers entier! C’est alors que tu nous as fait don de certaines personnes. Merci pour les apôtres et les prophètes; notre foi est fondée sur leur service fidèle. Merci pour les prédicateurs de l’Évangile, les bergers et les enseignants. Donne-nous de les voir comme des dons venant de toi, et montre-nous comment respecter et encourager leur ministère. Pour ton honneur, Jésus, amen.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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