Jusqu’où irons-nous pour conserver l’unité de l’Église?

Faute d'efforts l'unité s'évapore - Éphésiens 4.1-6 (PMM #9)

Bienvenue dans Parle-moi maintenant, le podcast qui vous fait parcourir le Nouveau Testament un livre à la fois. Dans cet épisode, nous poursuivons notre série sur la lettre de Paul aux Éphésiens.

Dans ce neuvième épisode sur la lettre aux Éphésiens, Dominique Angers entame la seconde moitié de l’épître, qui est la partie pratique. Le premier sujet abordé par Paul n’est pas le moindre: l’unité de l’Église.

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La vérité centrale d’Éphésiens 4.1-6

L’unité nous est donnée, à nous de la conserver!

Questions pour échange en groupe ou réflexion personnelle

  • En quoi le maintien de l’unité de notre Église locale exige-t-il des efforts voire des sacrifices?
  • Quel est l’impact de l’unité de l’Église dans la vie personnelle et collective des chrétiens?
  • Quelles sont les répercussions de l’unité de l’Église (ou de l’absence d’unité) sur le témoignage collectif dans la société?
  • En quoi le thème de l’unité, en Éphésiens 4.1-6, est-il rattaché au contenu de la première moitié de l’épître?
  • Que signifie se conduire d’une manière digne de notre appel (verset 1)?
  • Parmi les quatre attitudes mentionnées au verset 2, quelle est la plus difficile à adopter?
  • Pourquoi Paul ne nous demande-t-il pas de « créer l’unité » entre nous (verset 3), mais plutôt de la conserver?
  • Concrètement, que signifie conserver l’unité?
  • Donnez des exemples des efforts à fournir pour mettre en pratique le verset 3.
  • Parmi les sept facteurs d’unité mentionnés aux versets 4 à 6, lequel vous interpelle avec la plus grande force?
  • « Faute d’efforts l’unité s’évapore. » Commentez cette déclaration.
  • Le Seigneur vous appelle-t-il à une action concrète à la suite de votre méditation du texte d’Éphésiens 4.1-6? Laquelle?

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Version écrite de l’épisode PMM #9 (transcription)

Jusqu’où irons-nous pour conserver l’unité de l’Église? Quels efforts, quels sacrifices même sommes-nous prêts à faire pour que notre Église locale vive l’unité? Cette unité est à l’honneur de Dieu, elle nous rend heureux et elle contribue à notre témoignage collectif dans la société. En Éphésiens 4.1-6, Paul encourage les chrétiens à tout faire pour conserver l’unité qui existe parmi eux.

Dans la première moitié de la lettre aux Éphésiens (chapitres 1 à 3), Paul a dépeint l’Église dans le monde céleste. Pourquoi? Parce que Dieu a un plan immense qu’il a fixé d’avance. Ce plan a pour objectif ultime la réconciliation de toutes choses en Christ, l’harmonie retrouvée, l’unité parfaite du monde créé, de tout ce qui est au ciel et de tout ce qui est sur la terre (selon Éphésiens 1.10). L’Église, qui est déjà spirituellement réunie dans le monde céleste par son union avec Jésus-Christ, est en quelque sorte la première étape de cette réconciliation d’ampleur cosmique. L’Église, c’est la maquette, c’est le modèle que Dieu présente aux hommes et aux anges pour donner une bonne idée, un aperçu de la réconciliation finale vers laquelle l’histoire progresse.

Nous arrivons maintenant à la seconde grande partie de la lettre (chapitres 4 à 6), qui est beaucoup plus pratique. C’est normal: l’Église, qui est certes réunie dans le monde céleste (spirituellement parlant), existe néanmoins sur terre. Elle a peut-être le cœur au ciel, là où se trouve Christ, mais en même temps, elle a les pieds bien sur terre où elle doit faire face à un certain nombre de difficultés et où elle doit relever les défis de son temps, à chaque génération.

Ces deux grandes parties de la lettre aux Éphésiens sont étroitement liées. Paul ne passe pas du coq à l’âne. Non, il passe simplement de l’Église céleste à l’Église terrestre (qui est l’Église locale). Les encouragements terre à terre de la partie pratique ne sont rien d’autre que les conséquences logiques de l’œuvre de Dieu en Christ qui a été magistralement décrite dans les trois premiers chapitres. Parce que l’Église est une nouvelle humanité qui a expérimenté la réconciliation (avec Dieu, mais aussi entre communautés humaines), il est normal qu’elle vive en cohérence avec cette réconciliation.

Quand on mesure la force considérable des trois premiers chapitres, on ne s’étonne pas du premier sujet pratique que Paul choisit d’aborder: l’unité, la diversité et la maturité dans l’Église (4.1-16), avec comme tout premier mot d’ordre l’appel à conserver l’unité de l’Église (versets 1 à 6).

Commençons la lecture de notre texte.

Moi qui suis prisonnier à cause du Seigneur, je vous demande donc instamment […] (Éphésiens 4.1a)

Pourquoi Paul rappelle-t-il qu’il est prisonnier? Pour dire: « C’est vrai, je m’apprête à vous transmettre des exigences divines, et je vais mettre la barre très haut, mais souvenez-vous, je ne le fais pas depuis une tour d’ivoire de théologien. Je le fais depuis une cellule de prison. Moi-même, je paie un prix fort pour le Seigneur. Vous aussi, mettez vos intérêts personnels de côté. »

« […] je vous demande donc instamment […] » signifie: « à la lumière de ce que Dieu a fait pour vous, j’ai quelque chose d’important à vous demander ».

Une marche digne

 […] de vous conduire d’une manière digne de l’appel qui vous a été adressé (Éphésiens 4.1b)

Littéralement en grec, c’est le verbe « marcher » qui est employé. C’est une belle image de la vie chrétienne (une marche), qui fait référence à la conduite des chrétiens. Cette conduite doit être digne de l’appel qui nous a été adressé, c’est-à-dire de l’appel au salut qu’a reçu chaque chrétien. L’appel au salut comporte donc des privilèges (nous les avons parcourus dans les trois premiers chapitres), et des responsabilités (que Paul s’apprête à énumérer dans les chapitres 4 à 6).

4 attitudes

L’encouragement général du premier verset doit se concrétiser (selon le verset 2) par quatre attitudes précises.

2 […] soyez toujours humbles, empreints de douceur et patients, supportez-vous les uns les autres avec amour. (Éphésiens 4.2)

Paul s’intéresse ici à l’unité concrète de l’Église locale, et il affirme que quatre attitudes sont nécessaires pour vivre l’unité: l’humilité, la douceur, la patience, et l’amour qui supporte les frères et sœurs plus difficiles, ce qui suppose qu’il y en a dans l’Église. Peut-être en faisons-nous même partie. En tout cas, si nous considérons que telle ou telle personne s’est rendue coupable de ceci ou cela, la consigne est claire: « supportez-vous les uns les autres avec amour ». C’est tout le contraire de l’amertume et de la vengeance personnelle, qui représentent un danger constant pour chacun d’entre nous. Paul est peut-être un grand théologien, mais il est aussi un pasteur expérimenté et réaliste, et ce qu’il nous dit ici est particulièrement à propos dans des situations tendues ou conflictuelles.

Des efforts

Paul est tellement réaliste, qu’il nous annonce, au verset 3, que nous ne nous en sortirons pas sans efforts.

Efforcez-vous de conserver l’unité que donne l’Esprit, dans la paix qui vous lie les uns aux autres. (Éphésiens 4.3)

L’unité n’arrive pas par hasard. Elle se travaille, on doit souvent y passer des heures et des heures. Il faut mettre de côté son égo, apprendre à bien écouter l’autre, qui ne pense pas comme soi. S’asseoir ensemble autour de la Parole de Dieu, pour voir ce que Dieu pense de telle ou telle situation. L’unité, ce n’est jamais un accident. Aucune Église locale n’est entraînée malgré elle vers une unité vécue.

En même temps, la véritable unité, elle existe de fait. Elle nous est donnée par l’Esprit. La paix nous lie déjà les uns aux autres, comme nous l’avons vu en Éphésiens 2.11-22. Jésus-Christ a abattu le fameux mur qui séparait Juifs et non-Juifs, et tous les autres petits murs que nous pouvons ériger entre nous. En livrant son corps à la mort, Christ a renversé tous ces murs. La croix a été plus forte que les murs. Notre responsabilité, ce n’est pas de créer l’unité, c’est simplement de la conserver. L’Esprit est l’auteur de l’unité; nous sommes appelés à être les gardiens de cette unité reçue.

7 facteurs d’unité

Dans les versets 4 à 6, Paul énumère sept facteurs d’unité qui prouvent bien que c’est Dieu qui est l’auteur de cette unité, et que notre rôle se limite à la maintenir et à la concrétiser sur le terrain (ce qui est déjà pas mal).

4 Il y a un seul corps et un seul Esprit ; de même, Dieu vous a fait venir à lui en vous donnant une seule espérance : celle à laquelle vous avez été appelés. 5 Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, 6 un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous. (Éphésiens 4.4-6)

1) « Il y a un seul corps »

L’Église, c’est le corps de Christ (comme nous l’avons vu en 1.23).

2) « un seul Esprit »

Dieu nous a tous marqués du sceau de son Esprit, comme nous l’avons vu en 1.13.

3) « de même, Dieu vous a fait venir à lui en vous donnant une seule espérance : celle à laquelle vous avez été appelés »

Paul a déjà parlé de cette espérance qui nous est commune, par exemple en 1.18 ou en 2.12. Au-delà de nos différences, mes frères et sœurs, ce sont des individus qui ont la même espérance que moi.

4) « Il y a un seul Seigneur »

Il s’agit de Jésus-Christ. Comment pouvons-nous nous diviser alors que nous avons tous un seul Seigneur?

5) « une seule foi »

Nous voyons que pour Paul, l’unité ne se vit pas au prix de la vérité. Paul ne dit pas: « Mettez l’enseignement chrétien de côté pour pouvoir vivre l’unité ». Au contraire, notre unité est construite sur notre foi commune. Il ne s’agit pas d’être d’accord sur tous les sujets ou de comprendre l’Écriture exactement de la même façon sur des points secondaires. Mais sur l’essentiel, nous sommes d’accord.

6) « un seul baptême »

Il s’agit du baptême qui symbolise l’union avec Jésus-Christ (dans sa mort et sa résurrection).

7) « un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous »

Quand notre unité est menacée, c’est souvent parce que certains ont envie de « régner » dans un domaine de la vie de l’Église. Ils ont envie que leur position ou que leur avis ait le dessus. Mais quand nous nous rappelons qu’il y a un seul Dieu et Père de tous, et que c’est lui qui règne sur tous (donc aussi sur nous), cela nous remet à notre place. Lorsque nous jouons aux petits rois dans l’Église, nous sommes ridicules. Nous n’avons clairement pas l’envergure nécessaire, et en plus cela ne fonctionne pas, ou en tout cas pas très longtemps. Si Paul évoque le règne universel de Dieu au verset 6, c’est parce que bientôt, ce règne universel sera évident pour tous, alors autant le reconnaître et s’y soumettre dès maintenant. Quand nous le faisons tous ensemble, quand nous adorons un seul Dieu et Père, nous expérimentons l’unité heureuse des sujets du Roi.

Ce Roi, il est non seulement au-dessus de tous, mais la fin du verset 6 précise également qu’il est tout près de nous: il « agit par tous et […] est en tous ». Un Père à la fois au-dessus de nous, et tout près de nous. Nous comptons d’ailleurs sur sa présence et sur sa proximité pour vivre l’unité entre nous.

Qu’avons-nous vu dans ce texte? Vérité centrale : l’unité nous est donnée, à nous de la conserver! L’unité nous est offerte, elle est un don de l’Esprit; donnons-nous les moyens de la préserver. L’unité nous est confiée, à nous d’en prendre soin! Dieu a tout fait pour établir notre unité; faisons tout pour la conserver. Faute d’efforts, l’unité s’évapore. Identifions ce qui, dans notre Église locale et dans nos relations fraternelles, peut menacer l’unité et battons-nous, non pas contre nos frères et sœurs, mais contre les obstacles à l’unité.

Prière

Père de tous qui règne sur tous, aide-nous à nous conduire d’une manière digne de notre appel. Rends-nous humbles, empreints de douceur et patients. Fais-nous prendre conscience de tout ce que tu supportes en nous, pour que nous apprenions à nous supporter les uns les autres avec amour. Donne-nous la volonté de fournir tous les efforts nécessaires, dans notre Église locale, pour conserver l’unité que donne l’Esprit. Montre-nous ce que cela implique concrètement, et donne-nous la joie de vivre l’unité. En Jésus, notre seul Seigneur, amen.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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