Pourquoi tant de chrétiens persécutés dans le monde? Réponse de Jésus

Alors que la mission Portes Ouvertes vient de publier l’index mondial de persécution des chrétiens 2018, c’est dans le message même de Jésus que nous trouverons des explications de cette situation à la fois intolérable et prévisible.

Dans son discours d’adieu (Jean 15.18-16.4), Jésus annonce que ses disciples seront persécutés. Plus précisément, il donne quatre raisons pour lesquelles le monde a de la haine envers eux.

Le contraste qui existe entre les versets 17 et 18 de Jean 15 est parlant. On passe du thème de l’amour à celui de la haine. En Jean 15.17, Jésus résume son enseignement sur l’amour: « Voici donc ce que je vous commande: aimez-vous les uns les autres. » En revanche, il introduit, au verset 18, le thème de la haine: « Si le monde a de la haine pour vous (…). » Ainsi, alors que la communauté chrétienne est caractérisée par l’amour, le monde, lui, est marqué par une profonde haine envers les disciples de Jésus.

Évidemment, cela ne signifie pas que tout individu non chrétien est rempli, en toutes circonstances, d’une haine absolue envers tous les chrétiens qu’il connaît. Chez Jean, le terme « monde » est presque toujours revêtu d’une connotation négative. Il recouvre tout ce qui s’oppose à Dieu, ce qui lui est rebelle, ce qui refuse de lui obéir et de pratiquer l’amour. Bien que toute personne qui n’est pas née de nouveau en fasse partie, c’est le monde dans son ensemble qui est ici caractérisé par la haine envers les chrétiens. Et cette réalité, mise en avant par Jésus la nuit où il a été livré, reste bien sûr d’actualité aujourd’hui.

Jésus nous fournit quatre raisons de cette haine:

1. Jésus a aussi été détesté et persécuté.

C’est ce que Jésus rappelle en Jean 15.18: « Si le monde a de la haine pour vous, sachez qu’il m’a haï avant vous. » Jésus met en exergue l’étroite association qui existe entre lui et ses disciples. À ce propos, il ajoute: « Souvenez-vous de ce que je vous ai déjà dit: le serviteur n’est jamais supérieur à son maître. S’ils m’ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. » (Jean 15.20) Si les disciples sont persécutés au même titre que Jésus, c’est précisément parce qu’ils sont ses serviteurs – ses « esclaves » dans l’original. Dans la mesure où ils se soumettent à l’autorité de leur Seigneur et maître – Jésus –, les disciples sont nécessairement associés à lui. Spectateur d’un tel attachement des chrétiens à leur maître, le monde persécute les deux, car, dans son esprit, ils font cause commune. C’est donc par sa soumission à Jésus que l’Église s’attire une haine qui est surtout dirigée contre lui.

2. Le monde ne supporte pas les personnes qui ne se conforment pas à lui.

Jésus affirme: « Si vous faisiez partie du monde, il vous aimerait parce que vous lui appartiendriez. Mais vous n’appartenez pas au monde parce que je vous ai choisis du milieu du monde; c’est pourquoi il vous poursuit de sa haine. » (Jean 15.19) Le « problème » des chrétiens (c’est en fait un grand privilège!), c’est qu’ils n’appartiennent pas au monde, qu’ils ont choisi de ne plus participer à la grande révolte orchestrée contre Dieu et contre Jésus. En principe, les disciples ne partagent pas les valeurs du monde et ont une conception de l’existence complètement différente de la sienne.

Une telle opposition de points de vue ne se vit pas sans difficulté. Elle crée des « chocs », des confrontations, parfois même des réactions explosives. Le monde n’aime pas ce qui est différent de lui. D’une part, il veut rallier à sa cause le plus grand nombre. D’autre part, le refus des chrétiens de participer à sa rébellion le condamne implicitement. Ainsi, le monde se sent jugé par les chrétiens, qui optent pour un style de vie opposé au sien. En « changeant de camp » (« je vous ai choisis du milieu du monde »), les chrétiens mettent en lumière ce qui ne va pas dans le monde, et cela provoque la furie de ce dernier. Le monde a horreur de voir sa culpabilité ainsi exposée.

3. Le monde ne connaît pas Dieu et ce, malgré la venue de Jésus.

C’est ce qui ressort de Jean 15.21-25, et de Jean 16.1-3. Puisque Jésus est la révélation ultime du Père dans le monde, ce dernier devrait connaître Dieu. Au contraire, il le déteste, comme il déteste Jésus (Jean 15.23). Or les gens du monde sont sans excuse: ils ont vu les œuvres que Jésus a accomplies; « mais maintenant, bien qu’ils les aient vues, ils continuent à nous haïr, et moi, et mon Père » (Jean 15.24). Le monde ne peut supporter la révélation divine éblouissante à laquelle il a accès en Jésus, car une telle révélation jette la lumière sur son péché. Or un système qui rejette et Jésus et le Père rejettera également les disciples de Jésus.

4. Jésus a annoncé d’avance que le monde détesterait ses disciples.

Jésus déclare: « Je vous ai annoncé tout cela d’avance pour que, lorsque l’heure sera venue pour eux d’agir ainsi, vous vous rappeliez que je vous l’ai prédit. » (Jean 16.4) Comme la haine du monde envers Jésus était annoncée par l’Écriture (en Jean 15.25, Jésus cite le Psaume 69.5 à l’appui), Jésus lui-même prédit que les siens auront droit à un traitement semblable au sien. Il apparaît ainsi que le rejet et la persécution font partie du plan souverain de Dieu pour ses enfants.

Nulle place, donc, pour un « évangile de la prospérité » qui prétendrait que le chrétien qui a suffisamment de foi devrait, en principe, ne connaître que santé et richesse. En effet, dans certains pays, la persécution compromet à la fois la sûreté et la santé des chrétiens (pensons aux emprisonnements dans des conditions pitoyables). Quant à la richesse, n’oublions pas que, en Hébreux 10.34, les chrétiens persécutés ont été dépouillés de leurs biens.

Une persécution prévisible et pourtant intolérable

Ainsi, les chrétiens qui tiennent leur bible d’une main et leur journal (ou smartphone) de l’autre ne sont pas tout à fait surpris par ce qui se passe. Jésus les avait prévenus – et préparés.

Pourtant, la possibilité pour les chrétiens d’exercer leur foi en toute liberté reste un sujet de prière explicite dans le Nouveau Testament:

Que l’on prie pour les rois et pour tous ceux qui sont au pouvoir, afin que nous puissions mener, à l’abri de toute violence et dans la paix, une vie qui exprime, dans tous ses aspects, notre piété et qui commande le respect. (1 Timothée 2.2)

Prions donc pour l’Église persécutée, pour ses persécuteurs et pour les autorités des différents pays concernés. Le livre des Actes et l’histoire de l’Église nous le rappellent: si la persécution ne devrait pas nous surprendre, Dieu décide parfois d’y mettre fin, voire de convertir les persécuteurs!

Pour une étude plus détaillée de Jean 15.18-16.4, qui m’a été utile pour la rédaction de ce billet, consulter Don Carson, Dans l’intimité de Jésus. Jean chapitres 14 à 17, Chalon-sur-Saône, Europresse, 2002, p. 133-158.

En lien avec ce billet:

Index mondial de persécution des chrétiens 2018: 215 millions de chrétiens fortement persécutés dans le monde (un sur douze)

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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