Prêcher des sermons où l’Évangile est clair (partie 1/3)

Cette courte série de trois billets reproduit le texte d’une conférence donnée à Montréal dans le cadre de SOLA, la branche québécoise de la Gospel Coalition. Je m’adressais à des pasteurs réunis pour une journée sur le thème « la grâce qui mène au repos », en janvier 2019.

L’enregistrement audio sera ajouté à ces billets dès qu’il est disponible.

J’ai le plaisir d’aborder deux thèmes qui me passionnent: l’Évangile et la prédication. Le sujet qu’on m’a confié correspond au mariage de ces deux thèmes: l’Évangile dans la prédication, ou « Prêcher des sermons où l’Évangile est clair ».

Quel est le rapport avec le thème de la journée, le repos (plus précisément « la grâce qui mène au repos »)? Nous allons réfléchir à la manière d’amener nos auditeurs vers le repos quand nous prêchons. Donc, tout en restant sur la thématique du repos, nous allons nous concentrer sur le repos des frères et sœurs que nous servons dans l’Église locale.

Si nous proposons le repos à nos auditeurs semaine après semaine, sermon après sermon, nous serons certainement les premiers, en tant que prédicateurs, à en profiter. Nous expérimenterons alors nous-mêmes ce repos bienfaisant de l’Évangile. Nous n’aurons plus qu’à inviter nos auditeurs en leur disant: « venez avec moi dans le repos, allons-y ensemble! »

Vous vous dites peut-être: « Il n’est pas question de repos dans le titre de cette intervention. Il est plutôt question de l’Évangile. » Vous avez raison. Toutefois, le lien entre l’Évangile et le repos est explicité en Hébreux 3-4: c’est en recevant l’Évangile (la Bonne Nouvelle) avec foi que nous entrons aujourd’hui dans le repos de Dieu.

Dans cette présentation, je vous proposerai quelques outils pratiques pour votre ministère. Je développerai également certains exemples, mais très brièvement. Nous devrons nous contenter d’un survol de la question. 

Qu’est-ce que l’Évangile ?

Le mot « Évangile » signifie « bonne nouvelle ». L’Évangile, c’est la Bonne Nouvelle de ce que Dieu a fait pour nous en Christ. Voilà une définition assez large qui englobe l’enseignement du Nouveau Testament. La Bonne Nouvelle de ce que Dieu a fait pour nous en Christ, cela inclut la proclamation du Royaume de Dieu par Jésus, ainsi que l’annonce de sa mort et de sa résurrection. Voilà en effet le point culminant de l’Évangile selon Paul:

1 Frères et sœurs, je vous rappelle l’Evangile que je vous ai annoncé, que vous avez reçu et auquel vous demeurez attachés. 2 C’est par cet Evangile que vous êtes sauvés si vous le retenez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement vous auriez cru en vain. 

3 Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j’avais moi-même reçu : Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Ecritures ; 4 il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, comme l’avaient annoncé les Ecritures. (1 Corinthiens 15.1-4)

J’aimerais faire quatre remarques qui font partie de mes présupposés, mais que je ne prendrai pas le temps de défendre en détail. 

1. Il est important de distinguer l’Évangile des conséquences de l’Évangile.

L’une des raisons principales pour lesquelles certaines prédications ne sont pas « reposantes », c’est qu’elles confondent l’Évangile et les effets de l’Évangile. 

Plus précisément, que confondent-elles au juste? Ce que Dieu a fait pour nous en Christ, et ce que Dieu nous demande de faire en réponse.

Aimer son prochain, ce n’est pas l’Évangile! Aider les plus démunis, ce n’est pas l’Évangile! Ces bonnes actions sont-elles importantes? Oui! Absolument! À tel point que si l’on ne les accomplit absolument pas, on peut se demander si l’on est vraiment disciple du Christ. Pourtant, cet agir vertueux n’est pas l’Évangile. Il s’agit plutôt de notre réponse à l’Évangile. Parce que Dieu a tout fait pour nous en Christ, parce que nous sommes entrés dans le repos, parce que nous nous reposons de nos œuvres (Hébreux 4.10), nous aimons Dieu et nous aimons notre prochain. 

Donc, prêcher des sermons où l’Évangile est clair, c’est prêcher des sermons dans lesquels on ne se contente pas de dire aux gens quoi faire. C’est prêcher des sermons dans lesquels ce que Christ a fait et ce qu’il est en train de réaliser, voilà ce qui retient le plus l’attention. Le héros, c’est Christ! Des sermons où l’Évangile est clair, ce sont des sermons christocentriques qui invitent les gens à s’émerveiller devant le Christ et ses accomplissements. Cela ne veut pas dire que de telles prédications ne contiennent aucun impératif, mais les impératifs (les exigences) découlent des indicatifs (de ce que Christ a déjà fait). 

2. L’Évangile est le message central de la Bible.

La Bonne Nouvelle est au centre du message de l’Écriture. C’est la raison pour laquelle l’Évangile doit être clair dans chaque sermon, quel que soit le texte biblique exposé. L’idée est simplement de mettre chaque texte en relation avec le message central de l’Écriture. Que nous nous trouvions dans un texte de l’Ancien Testament ou dans un passage du Nouveau Testament, nous avons la responsabilité de présenter clairement la Bonne Nouvelle dans chaque prédication. 

Quand un certain professeur d’herméneutique biblique (dont je tairai l’identité) se met debout sur une table en pleine classe avant de s’écrier: « Contexte, contexte, contexte! », on doit non seulement comprendre que situer un texte dans son contexte est indispensable. On doit en outre saisir que si le mot « contexte » est prononcé trois fois plutôt qu’une, c’est sans doute parce que trois niveaux du contexte littéraire doivent être pris en compte (c’est en tout cas mon interprétation personnelle de cet acte professoral mémorable, qui m’a été rapporté par plusieurs sources). Il s’agit de prendre en compte: a) le contexte immédiat du texte, notamment le passage qui le précède; b) le contexte plus large du livre biblique dans son ensemble; c) le contexte de toute l’Écriture.

Or lorsqu’on prend en compte ce grand contexte canonique, on ne peut pas ne pas parler de l’Évangile. Tout texte biblique trouve son sens uniquement quand il est mis en relation avec le centre.

3. L’Évangile est le message dont les chrétiens ont le plus besoin. 

Certains pensent peut-être que prêcher des sermons où l’Évangile est clair est surtout important dans l’évangélisation. « Ce sont les non-chrétiens qui ont besoin d’un Évangile clair! » C’est vrai. Pourtant, les chrétiens partagent ce besoin. En fait, le moteur de la vie chrétienne au quotidien, c’est précisément l’Évangile. C’est ce rappel quotidien de la grâce de Dieu qui nous permet de faire des progrès. « Redites-moi l’histoire de l’amour de Jésus », et alors je grandirai. 

Voilà pourquoi dans chaque sermon adressé à des chrétiens, on doit tout mettre en œuvre pour que l’Évangile soit clair. 

4. Seul l’Évangile nous protège contre deux dangers omniprésents: le légalisme et le laxisme.

De nombreux auteurs développent ce point[1]. Quand l’Évangile n’est pas clair dans notre esprit (ou quand il n’est pas présenté dans toute sa beauté et sa splendeur, quand il n’est pas opérant), nous sommes alors portés soit à être légalistes (c’est-à-dire à chercher à mériter la faveur de Dieu par notre obéissance), soit à être laxistes ou antinomistes (c’est-à-dire à rejeter les commandements de Dieu). 

Au vu des quatre remarques qui précèdent, comment nous y prendre?

Voici une stratégie pratique en deux étapes. Les pistes que je m’apprête à vous donner ne sont pas de mon invention. Je les ai glanées chez différents auteurs: Sidney Greidanus, Graeme Goldsworthy, Bryan Chapell, Tim Keller et d’autres. 

Ce que j’ai tenté de faire ici, c’est d’organiser la matière un peu différemment (en deux étapes), et espérant que cela puisse nous aider sur le plan de la méthode. 

Cette stratégie, nous pouvons l’appliquer à des textes de l’Ancien Testament comme à des textes du Nouveau Testament. Mais soyons patients, c’est l’affaire de toute une vie! En effet, il n’est pas toujours simple de prêcher des sermons où l’Évangile est clair – de le faire de manière légitime, à partir de notre texte biblique (de celui à partir duquel nous prêchons).

Un objectif réaliste serait de progresser un peu à chaque année. En réalité, comme nous le verrons, ce qui nous aidera le plus à progresser, c’est l’approfondissement de notre compréhension de l’unité de la Bible et de ce qu’on appelle la théologie biblique, ou l’histoire de la rédemption.

Quelles sont mes deux étapes?

  1. Trouver une route qui mène du texte à Christ.
  2. Trouver le repos en Christ.

Cette division en deux étapes m’a beaucoup aidé. Les deux étapes sont absolument nécessaires et indispensables, et elles sont distinctes.

Certains excellent pour trouver une route vers Christ, mais ils ne conduisent pas leurs auditeurs jusqu’au repos.

Par exemple, si vous prêchez sur les Dix commandement et que vous parveniez au texte d’Exode 20.14: « Tu ne commettras pas d’adultère », vous vous direz peut-être: « Je connais une route qui part de ce texte et qui mène à Christ: Matthieu 5.27-30, dans le sermon sur la montagne. »

Dans ce texte de l’Évangile selon Matthieu, nous lisons:

27 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. 28 Eh bien, moi je vous dis : Si quelqu’un jette sur une femme un regard chargé de désir, il a déjà commis adultère avec elle dans son cœur. 29 Par conséquent, si ton œil droit te fait tomber dans le péché, arrache-le et jette-le au loin, car il vaut mieux pour toi perdre un de tes organes que de voir ton corps entier précipité en enfer. 30 Si ta main droite cause ta chute, coupe-la et jette-la au loin. Il vaut mieux pour toi perdre un de tes membres que de voir tout ton corps jeté en enfer.

Question: s’agit-il d’une route légitime vers le Christ? Assurément OUI! Mais j’ai une autre question: le simple fait d’entendre ces paroles de Jésus vous propulse-t-il vers le repos? Clairement NON! J’ai bien peur que cette déclaration de Jésus soit encore moins « reposante » que celle d’Exode 20.14, car Jésus met la barre encore plus haut! Ainsi, il ne suffit pas de trouver une route vers le Christ; on doit aussi trouver le moyen d’entrer dans le repos

D’autres, au contraire, excellent dans l’art de mettre en avant l’œuvre « tout accomplie » du Christ. Cependant, les auditeurs ne parviennent pas à voir la route censée mener du texte jusqu’au Christ.

Dans chaque sermon, le « repos » est proposé, pour ainsi dire. Le prédicateur proclame haut et fort: « Christ peut pardonner tous vos manquements, il a réussi là où vous avez échoué! » Cette vérité est certes réconfortante (et biblique). Pourtant, les auditeurs se demandent d’où elle sort. En effet, quand ils regardent de plus près le texte biblique du sermon, ils ne comprennent pas le rapport avec l’Évangile. C’est un peu comme si le prédicateur avait soudainement fait apparaître le Christ d’un coup de baguette magique! Dans ce cas, il manque une route qui relie le texte au Christ.

À chaque prédicateur de se demander si son point faible est surtout « la route vers le Christ » ou « le repos en Christ ».

Dans les deux prochains billets de cette courte série, je développerai les deux étapes: a) trouver une route qui mène du texte à Christ; b) trouver le repos en Christ.

Pour aller plus loin, consultez mes autres billets sur la prédication.

Visionnez mon webinaire TPSG (maintenant disponible en rediffusion), intitulé « Comment prêcher Christ à partir de l’Ancien Testament ».

Retrouvez toutes les informations sur ce webinaire et les ressources associées ICI.


[1]Voir par exemple Tim Keller, La prédication. Communiquer la foi à l’ère du scepticisme, Lyon, Clé, 2017, p. 55-62.

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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