Que demander en priorité à Dieu pour nos pasteurs et anciens?

Avec raison, bon nombre de responsables chrétiens s’inspirent du texte d’Esdras 7.10 pour définir les grandes orientations de leur ministère (en voici un bon exemple ici). Dans ce verset clé, on apprend que, si la bonne main de Dieu reposait sur lui (Esdras 7.9), c’est parce que « (…) Esdras avait appliqué son cœur à étudier et mettre en pratique la loi de l’Éternel, et à enseigner ses prescriptions et règles en Israël » (Esdras 7.10). Pourquoi ne pas nous appuyer sur les trois axes de ce texte lorsque nous prions pour nos pasteurs et anciens? 

Voici cinq raisons de « prier Esdras 7.10 » pour nos responsables d’Église:

1) De manière générale, il est judicieux de nous appuyer sur l’Écriture lorsque nous prions (comme le suggère ce billet de Kevin DeYoung). Ainsi, ce que nous demandons à Dieu s’aligne sur ce qui est important à ses yeux. Les priorités de l’Écriture deviennent prioritaires dans nos prières. Donald Whitney a consacré un ouvrage entier à cette question.

2) Transposons le point précédent à un domaine précis, le ministère de nos responsables: il va de soi que nos prières en faveur du ministère de nos leaders auront un plus grand impact si elles sont dictées par les priorités établies par Dieu lui-même pour ce ministère. Dieu se plaît à exaucer les prières de ses enfants quand elles s’accordent avec sa volonté. Il prend plaisir à entendre des requêtes qui correspondent à ce qui lui tient à cœur, y compris (et en particulier) à propos du ministère de la Parole.

3) Les priorités énumérées en Esdras 7.10 sont abondamment reprises, maintenues et appuyées dans le Nouveau Testament au sujet des responsables d’Église (voir par exemple Actes 6.2-4; 1 Timothée 3.2; 1 Timothée 4.12-13; 1 Timothée 5.17-18; Tite 1.9).

4) Lorsque Paul demande aux chrétiens de prier pour lui, les sujets d’intercession qu’il leur soumet sont souvent en lien avec la transmission de la Parole (par exemple en Éphésiens 6.18-20).

5) Malgré leur simplicité et leur facilité apparentes, les priorités qui émergent d’Esdras 7.10 sont loin de faire l’unanimité parmi les responsables chrétiens. De plus, il est difficile pour les pasteurs et anciens de les mettre en œuvre dans la durée, tant les défis qu’elles comportent sont immenses.

Voici donc quelques réflexions sur chacun des trois points énumérés en Esdras 7.10, avec des suggestions concrètes pour notre vie de prière.

1) Prions que nos responsables appliquent leur cœur à étudier la Parole de Dieu.

Certains responsables d’Église raffolent de l’étude de la Bible et ne demandent pas mieux que d’y consacrer l’essentiel de leurs journées. Pour d’autres, mettre du temps à part pour l’étude et la méditation de l’Écriture en profondeur représente un défi de taille; ils préfèrent de loin faire des visites, élaborer des projets ou animer des rencontres. Comment prier pour ces deux groupes? (Sans oublier que de nombreux leaders oscillent régulièrement entre les deux tendances…)

Commençons par le second groupe: demandons au Seigneur de donner à nos pasteurs et anciens la discipline nécessaire à l’étude. Prions en outre qu’une telle discipline leur soit de plus en plus agréable. Demandons à Dieu qu’ils se penchent sur le texte biblique d’abord pour eux-mêmes, c’est-à-dire pour nourrir leur propre âme. Cela fera toute la différence! Sur le plan pratique, qu’ils disposent de l’aide et des outils nécessaires pour mener une étude compétente et bienfaisante. Si cela est nécessaire, qu’ils se retroussent les manches et se forment pour progresser dans ce domaine, qu’il s’agisse d’une formation initiale ou continue. En plus de prier, « libérons-les » pour qu’ils disposent du temps nécessaire à cette entreprise.

Ensuite, quoi demander pour les passionnés de l’étude biblique? D’abord, que leur amour de la Parole ne se refroidisse pas, mais qu’il ne cesse d’augmenter! En même temps, n’oublions pas les tentations auxquelles ils font face, contrairement au second groupe: qu’ils ne se cachent pas derrière les livres pour négliger les personnes! Qu’ils ne spiritualisent pas un emploi du temps hyper studieux alors que des situations concrètes de la vie de l’Église demandent toute leur attention et exigent d’eux un investissement de temps conséquent.

Tous nos pasteurs et anciens, finalement, ont besoin de prière concernant l’étude de la Bible…

2) Prions que nos responsables appliquent leur cœur à mettre en pratique la Parole de Dieu.

S’il paraît absurde de demander à Dieu des « responsables parfaits » (qu’il ne nous a d’ailleurs jamais promis), n’hésitons pas à prier pour des leaders « en progrès ». Lorsque nous observons des faiblesses dans leur vie (ce qui se produira tôt ou tard), voyons-y l’occasion d’intercéder avec amour et patience pour leur transformation à l’image du Christ.

En Esdras 7.10, il est question du cœur: supplions Dieu de leur donner un cœur qui lui soit totalement consacré. Que les idoles de leur cœur soient abolies, et que leur amour pour Dieu et leur envie de conformer leur existence entière à ses exigences soient exempts de compromis.

Pour la mise en pratique de la Parole divine, qu’ils comptent sans relâche sur l’action de l’Esprit de Dieu, non sur leurs propres forces. Que le légalisme n’ait aucune emprise sur eux.

Soyons lucides: nos responsables chrétiens connaissent les mêmes combats que nous tous! Cependant, leurs victoires et leurs défaites spirituelles ont un impact plus important sur le peuple de Dieu; d’où la nécessité de les porter dans la prière avec un soin particulier. Présentons-les avec persévérance devant le trône de la grâce de Dieu. Cela aura un impact sur notre propre santé spirituelle.

3) Prions que nos responsables appliquent leur cœur à enseigner la Parole de Dieu.

Remercions Dieu pour les bons enseignants qu’il nous donne. Ne les prenons pas pour acquis.

Mais que faire quand nous sommes déçus? J’invite les chrétiens qui trouvent « moyen » l’enseignement de tel ou tel pasteur ou ancien, peut-être avec raison, à considérer ceci: des progrès sont possibles! Mais ces progrès passent par l’action de Dieu, et donc par la prière. Si nous voulons de meilleurs prédicateurs, ne nous laissons pas vaincre par la tentation de murmurer et de critiquer; attelons-nous plutôt à la tâche de prier pour nos enseignants.

En outre, dans notre esprit, ne limitons pas l’enseignement biblique à la prédication hebdomadaire. Le ministère de la Parole se vit dans de multiples contextes: « […] prêche la parole, insiste en toute occasion, qu’elle soit favorable ou non, réfute, reprends et encourage. Fais tout cela avec une pleine patience et un entier souci d’instruire » (2 Timothée 4.2).

Aussi étonnant que cela puisse paraître, il est souvent plus difficile pour un leader d’ouvrir la Parole avec une seule personne qui en a particulièrement besoin que de proclamer la vérité du haut de la chaire. « Seigneur, que les anciens de mon Église aient le courage et l’amour nécessaires pour réfuter, reprendre et encourager les individus, les couples et les familles qui ont besoin d’un entretien particulier ou d’un accompagnement suivi autour de la Parole. »

« Seigneur, donne-nous de nouveaux Esdras! »

Combien je suis reconnaissant pour les Esdras que Dieu donne à son peuple, encore aujourd’hui. Nous avons besoin d’eux! Je suis le premier à bénéficier de leur ministère et à les apprécier.

Mais il n’aura échappé à aucun responsable d’union ou de famille d’Églises que prier pour les leaders actuels ne suffit pas. En effet, dans plusieurs de nos pays francophones, on trouve moins de pasteurs disponibles que d’Églises sans pasteur. La demande dépasse l’offre. Avec, parfois, de lourdes conséquences sur la santé des communautés locales.

Prions donc, certes (comme beaucoup le font déjà), que le Maître de la moisson envoie des ouvriers dans sa moisson (Luc 10.2). Mais prenons conscience qu’il ne suffit pas d’avoir davantage d’ouvriers: demandons des ouvriers de grande qualité, dont le service reflète les priorités de Dieu.

En un mot, prions avec supplication: « Seigneur, donne-nous de nouveaux Esdras! » C’est l’avenir même de l’Église qui est en jeu.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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  • Bonjour à chacun,
    En Actes, le premier travail des apôtres était de servir aux tables. Puis l’Évangile sera écrit. Nous ne nous basons plus sur la tradition orale, mais sur la tradition écrite. Chacun peut la lire. Le premier travail de l’évêque en Tite et Timothée, c’est de nourrir chacun équitablement, en bon économe de Dieu. En Actes, 7 avaient été désignés pour ce travail. L’évêque est premièrement hospitalier. Qui fait ce travail aujourd’hui? Il semble que nous souhaitons pratiquer une partie de ce qui se pratiquait en l’appuyant sur UNE PARTIE des textes. Une grande partie des textes n’est pas prise en considération. Peut-on prendre une poignée de verset pour étayer une thèse ? Si oui, sur quels critères reprendre cette poignée là et pas une autre?