Quelques « textes de Noël » oubliés dans les évangiles

Quels sont vos « textes de Noël » préférés dans la Bible? Pourquoi ne pas méditer aussi ceux-ci cette année...

Parfois, les spécialistes de la Bible font des découvertes (ou des « redécouvertes ») qui nous donnent envie de nous mettre à genoux pour adorer notre Sauveur. Cette période de Noël est l’occasion rêvée pour méditer autrement sur l’incarnation du Fils de Dieu, et ce grâce à un professeur de l’Université de Cambridge.

Si je vous demandais de me citer quelques textes bibliques qui affirment que Christ existait avant sa naissance sur terre (auprès du Père, au sein du Dieu trinitaire), vous penseriez probablement à des passages comme ceux-ci:

« Lui qui était de condition divine ne chercha pas à profiter de l’égalité avec Dieu, mais il s’est dépouillé lui-même, et il a pris la condition d’un serviteur en se rendant semblable aux hommes […]. » (Philippiens 2.6-7a)

 

« Au commencement était celui qui est la Parole de Dieu. Il était avec Dieu, il était lui-même Dieu. […] Celui qui est la Parole est devenu homme et il a vécu parmi nous. Nous avons contemplé sa gloire, la gloire du Fils unique envoyé par son Père: plénitude de grâce et de vérité! » (Jean 1.1, 14)

Et vous auriez raison!

Matthieu, Marc et Luc ont aussi leur mot à dire…

Pourtant, nous oublions souvent une dizaine d’autres textes (et leurs parallèles), tirés des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc, Luc), qui vont dans le même sens, bien que plus discrètement. Il s’agit des textes dans lesquels il est dit que Jésus « est venu ».

Simon Gathercole, dans l’ouvrage The Pre-existent Son. Recovering the Christologies of Matthew, Mark, and Luke, les classe en trois catégories:

  • deux déclarations provenant de démons (Marc 1.24 qui est parallèle à Luc 4.34; Matthieu 8.29);
  • six passages dans lesquels Jésus affirme: « je suis venu […] » (Marc 1.38 qui est parallèle à Luc 4.43; Marc 2.17 qui est parallèle à Matthieu 9.13 et Luc 5.32; Matthieu 5.17; Luc 12.49; Matthieu 10.34 qui est parallèle à Luc 12.51; Matthieu 10.35);
  • deux textes qui disent pourquoi le « Fils de l’homme » est venu (Marc 10.45 qui est parallèle à Matthieu 20.28; Luc 19.10).

Je cite, parmi cette liste et en guise d’exemple, un de mes textes préférés dans l’évangile selon Luc: « Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. » (Luc 19.10)

L’argument de Gathercole est le suivant: si Jésus est venu, il a dû venir de quelque part! Or, alors que les spécialistes du Nouveau Testament ont tendance à restreindre la préexistence de Christ aux écrits de Paul et à ceux de Jean, Gathercole suggère que, lorsque Jésus dit « je suis venu », il évoque subtilement sa propre origine céleste.

Jésus et les anges

Pour appuyer cette hypothèse, Gathercole fait valoir que, dans la littérature juive (y compris dans l’Ancien Testament, mais pas seulement), ce sont les anges qui, à propos de leur mission sur terre et en référence à leur origine céleste, disent le plus clairement « je suis venu ».

Par exemple, en Daniel 9.22-23, nous lisons ceci:

[L’ange Gabriel] s’entretint avec moi et me donna des explications en me disant: Daniel, je suis venu maintenant pour t’éclairer. Dès que tu as commencé ta supplique, un message a été émis, et je suis venu pour te le communiquer, car tu es bien-aimé de Dieu. Sois donc attentif à ce message et comprends cette vision. (Daniel 9.22-23)

À deux reprises, Gabriel énonce ici sa mission terrestre autour de la formule « je suis venu ».

Ce type de mise en parallèle (de nombreux autres exemples pourraient être cités) ne réduit pas Jésus à un simple ange, mais elle suggère que, à l’instar des anges, Jésus « est venu » sur terre, depuis les cieux, avec une mission bien précise. Dans son cas, il est venu principalement pour accomplir notre salut.

De l’érudition à l’adoration

De nombreux spécialistes trouvent convaincante la présentation de Gathercole. Mais la réflexion que propose ce dernier ne devrait pas rester purement universitaire.

Les dix textes évoqués plus haut sont autant d’occasions de nous rappeler que Jésus n’est pas un homme comme les autres, ni même un grand homme parmi les grands. Il est le Seigneur, Dieu incarné.

À Noël cette année, relisons, en pensant à la crèche, certains de ces textes aussi sobres que glorieux, fournis par Matthieu, par Marc et par Luc. Recevons-les comme de précieux cadeaux, qui nous disent à leur manière le vrai sens de Noël.

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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