Un magnifique poème de Victor Hugo sur la Bible

Toute personne qui tient la Bible en haute estime appréciera ce beau poème de Victor Hugo. Il appartient à un recueil de poèmes, Les Contemplations, dans lequel Hugo rapporte des souvenirs d’enfance et de jeunesse. Notre texte, « Aux Feuillantines », raconte la découverte, par le jeune Victor lui-même, d’un livre extraordinaire.

À propos du titre, notons que les dépendances du couvent des Feuillantines, situé à Paris, furent transformées en logements après la Révolution française. Mme Hugo y habita avec son fils Victor.

Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.

Notre mère disait : « Jouez, mais je défends

Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles. »

 

Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.

Nous mangions notre pain de si bon appétit,

Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.

 

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.

Et là, tout en jouant, nous regardions souvent

Sur le haut d’une armoire, un livre inaccessible.

 

Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;

Je ne sais pas comment nous fîmes pour l’avoir,

Mais je me souviens bien que c’était une Bible.

 

Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.

Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.

Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire !

 

Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,

Et, dès le premier mot, il nous parut si doux,

Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

 

Nous lûmes tous les trois ainsi tout le matin,

Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,

Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

 

Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,

S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,

De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

Fait intéressant, ce poème figure dans un recueil destiné aux collégiens de France, Poèmes 6e–5e (collection Biblio Collège, Hachette Livre, 2002). Mon fils le mémorisera cette année.

Dans les notes, on trouve les définitions suivantes de termes moins courants :

  1. encensoir : petit récipient métallique servant à faire brûler l’encens lors des cérémonies religieuses.
  2. estampes : images, gravures.

Si seulement nous pouvions tous, tels des enfants émerveillés, nous étonner de la douceur de l’Écriture, pas seulement à sa première lecture, mais le plus souvent possible. Comme le jeune Victor et ses frères qui, tout enfants qu’ils étaient, oublièrent de jouer (ce qui n’est pas rien !), que nous oubliions tout le reste, à fréquence régulière, pour entendre les paroles de Dieu et nous laisser charmer par elles.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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