Deux problèmes relationnels qui font temporairement obstacle à notre communion avec Dieu

Qu’ont en commun ces deux textes: Matthieu 5.23-24 et 1 Pierre 3.7? Chacun des deux passages fait état d’un problème relationnel spécifique qui constitue un obstacle direct à la communion avec Dieu.

1. Problème 1 (Mt 5.23-24): une offense non confessée envers un frère ou une sœur

« Si donc tu présentes ton offrande vers l’autel et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. »

L’autel évoque le culte au temple. Si un Juif voulant suivre Jésus se rappelait, au moment de présenter son offrande, que quelqu’un lui en voulait (sous-entendu: à la suite d’un geste ou d’une parole de sa part), il avait la responsabilité d’aller se réconcilier avec cet individu avant de poursuivre son adoration. L’injonction « va d’abord » induit qu’un obstacle au culte doit être ôté.

Comment transposer ce principe pour nous aujourd’hui qui, tout en étant des disciples de Jésus, ne sommes pas d’appartenance juive (pour la plupart d’entre nous) et vivons après la période de transition que recouvre le ministère terrestre de Jésus? (Je pense ici au fait que, comme l’indique la suite du Nouveau Testament, le véritable temple, c’est Jésus lui-même, c’est aussi l’Église, et c’est enfin l’individu chrétien. Du coup, comment s’approprier un texte qui parle d’adoration au temple?)

Je répondrais ceci: toute notre adoration, c’est-à-dire notre vie entière offerte à Dieu (d’après Rm 12.1-2), est affectée lorsque nous refusons de demander pardon à un frère ou à une sœur que nous avons offensé(e), ou lorsque nous hésitons à le faire. Ainsi, n’attendons plus. Allons vers les personnes que nous avons blessées!

Cet enseignement de Jésus n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe, mais il se situe dans le prolongement de sa célèbre déclaration sur la gravité de la colère: « Tout homme qui se met en colère contre son frère mérite de passer en jugement » (Mt 5.22). Seulement ici (v. 23-24), ce n’est pas la personne exhortée qui court le risque de se mettre en colère, mais plutôt la personne qui a quelque chose contre elle, c’est-à-dire l’individu offensé. La démarche exigée dans les versets 23-24 est une manière indirecte d’apaiser la colère de l’autre, que l’on a soi-même provoquée. En obéissant à Matthieu 5.23-24, on rend plus accessible, pour notre frère ou notre sœur, l’obéissance à Matthieu 5.21-22.

Et en plus, notre propre adoration redevient acceptable aux yeux de Dieu.

2. Problème 2 (1 P 3.7): un manque de compréhension et d’estime de la part d’un mari chrétien envers son épouse

« Maris, vivez de même en montrant de la compréhension à votre femme, en tenant compte de sa nature plus délicate; montrez-lui de l’estime, car elle doit hériter avec vous de la grâce de la vie. Agissez ainsi afin que rien ne fasse obstacle à vos prières. »

À une époque où les maris pouvaient être portés à abuser de leur autorité voire de leur force physique dans leur relation avec leur épouse, Pierre indique que le mariage chrétien est d’une tout autre nature que ce qui était souvent préconisé dans la culture ambiante. Dans ce contexte, les maris chrétiens devaient créer une contreculture et développer des qualités relationnelles auxquelles on ne les avait pas forcément habitués:

  • la compréhension, qui implique notamment l’écoute de l’épouse dans une attitude d’humilité et de réceptivité;
  • l’estime, qui consiste à mettre l’épouse en valeur et à l’honorer; la reléguer au second rang contredirait son statut de cohéritière de la grâce de la vie.

Aucune place donc, dans l’Église d’aujourd’hui, pour des maris qui négligeraient leur relation avec leur épouse, qui ne seraient pas attentifs aux besoins et aux aspirations de cette dernière, qui considéreraient qu’elle existe pour les servir, qui, sur le plan conjugal, ne vivraient que pour eux-mêmes.

Quand un mari refuse d’adopter l’attitude chrétienne envers son épouse, son orgueil – car c’est bien là le contraire de la compréhension et de l’estime – fait obstacle à sa vie de prière. Wow! Quand on sait l’importance de la prière dans la vie chrétienne, autant dire qu’il est alors « bloqué »! Car la marche chrétienne sans prière efficace est inexorablement vouée à l’échec…

Une seule solution donc, pour le mari qui souhaite retrouver une communion « normale » avec Dieu et les fruits concrets d’une vie de prière indispensable (aussi chancelante que soit cette vie de prière): confesser sa dureté à son épouse et commencer à construire (ou à reconstruire) son mariage sur de nouvelles bases. Vivre non plus avec ses seuls intérêts en tête, mais en prenant réellement en compte le bien-être de son épouse. Tout faire pour que le mariage contribue au bonheur de l’autre.

Un tel enseignement est radical! Il exige des décisions et des gestes concrets. Il invite en outre à prendre le temps de s’examiner et d’échanger en couple, pour mettre le doigt sur ce qui cloche. L’humilité est de mise.

Ces deux consignes ne devraient pas nous étonner

Ces deux textes s’inscrivent dans un vaste cadre théologique, celui du rapport entre l’amour pour Dieu et l’amour du prochain. C’est une évidence qui traverse l’Écriture: bien hypocrite serait celui qui, tout en manquant d’amour concret envers autrui (en particulier envers ses proches, y compris sur le plan spirituel), prétendrait jouir de quelque proximité avec Dieu. La qualité de notre relation avec Dieu ne dépasse jamais celle de nos relations humaines. Et inversement.

Ce qui, en revanche, peut surprendre dans ces deux textes, c’est leur précision. À deux obstacles précis d’ordre relationnel correspondent deux effets néfastes tout aussi précis sur la communion avec Dieu.

De quoi nous inciter, si l’Esprit nous convainc de péché, à une repentance prompte et sincère, non seulement dans le secret de notre cœur, mais encore face à la personne concernée. Recherchons la réconciliation (problème 1), et/ou la consolation et la guérison intérieure de notre épouse (problème 2). Sans quoi nous ferons souffrir à la fois un être humain et notre communion avec Dieu.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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  • Tellement simple, évident, important et pourtant tellement négligé ! merci, Dominique !

  • Carine Chrys

    Merci pour cet article… God Help