Prédication sur le récit de la naissance de Jésus en Luc 2.1-20 (avec audio)

Voici quelques ressources pour méditer sur le texte qui raconte la naissance de Jésus dans l'Évangile selon Luc.

Dimanche dernier, j’ai eu le privilège d’enseigner sur la naissance de Jésus en Luc 2.1-20, à l’Église du Plateau Mont-Royal (à Montréal). Le titre du sermon était « Un Noël renversant ». Dans ce billet, je présente le plan du sermon, je résume ses différents points et je fournis des informations complémentaires sur certaines des illustrations que j’ai utilisées. Ce billet complète donc mon article précédent sur ce même texte, Noël, c’est l’histoire de deux grands renversements.

Voici l’audio du sermon:

J’ai organisé la prédication en trois étapes.

Première étape: six observations sur le texte

1. La naissance de Jésus est un événement historique (Luc 2.1-2).

1A cette époque-là parut un édit de l’empereur Auguste qui ordonnait le recensement de tout l’Empire. 2Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius était gouverneur de Syrie.

Luc nous donne ici certains détails historiques. Auguste était l’empereur de l’époque (ce fut le cas jusqu’à l’an 14 ap. J.-C.). On sait qu’il a ordonné des recensements, sans doute pour deux raisons: a) pour organiser le paiement de l’impôt; b) pour faciliter le recrutement de soldats pour l’armée romaine.

Il est dit au verset 2 que ce fut un « premier recensement » alors que Quirinius était gouverneur de Syrie, ce qui implique qu’il y en a eu au moins un autre sous Quirinius. On sait, par les écrits de l’historien juif du Iersiècle Flavius Josèphe, que Quirinius a organisé un recensement quelques années plus tard (en l’an 6 ap. J.-C.). Luc sait donc de quoi il parle.

Complément

2. La naissance de Jésus se produit au bon endroit, au bon moment (Luc 2.3-7a).

3Tous allaient se faire inscrire, chacun dans sa ville d’origine.

6Pendant qu’ils étaient là, le moment où Marie devait accoucher arriva, 7et elle mit au monde son fils premier-né.

D’après le prophète Michée, le Messie doit naître à Bethléhem. Or Joseph et Marie habitent à Nazareth, dans une région plus au nord. Dieu prend les grands moyens pour que son plan se réalise à la perfection: il met à cœur à l’empereur Auguste (l’homme le plus puissant de l’époque) de publier un édit qui aura pour effet d’amener Joseph et Marie jusqu’à Bethléhem pour le jour J.

Voilà un thème cher à Luc: la réalisation du plan de Dieu. Dieu exerce un contrôle souverain et bienfaisant sur l’histoire. Rien ne lui échappe. Il orchestre toutes choses pour que son grand projet de salut se réalise. Il dirige les circonstances et oriente même les décisions politiques.

3. La naissance de Jésus anticipe la mort humiliante du Roi (Luc 2.7b).

7bElle l’enveloppa de langes et le coucha dans une mangeoire parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle des hôtes.

En elles-mêmes, les circontances de cette naissance n’ont rien de complètement inimaginable. Il faut se plonger dans la culture paysanne de l’époque, dans une région qui comptait beaucoup de familles modestes.

Pourtant, Luc veut nous émerveiller par ce verset 7. Or pour être émerveillé, il faut avoir en tête ce qui s’est passé un certain nombre de mois auparavant.

L’ange Gabriel avait alors été envoyé en mission à Nazareth, et il avait dit à Marie (Luc 1.31-33):

31Voici que tu seras enceinte. Tu mettras au monde un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. 32Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son ancêtre. 33Il régnera sur la famille de Jacob éternellement, son règne n’aura pas de fin.

Mille ans plus tôt, Dieu avait fait une grande promesse au Roi David (en 2 Samuel 7.16). Il lui avait dit: « Ta maison et ton règne seront assurés pour toujours après toi, ton trône sera affermi pour toujours. »

Que dit l’ange Gabriel à Marie? Je paraphrase: « C’est lui! C’est lui qui héritera du trône de David. C’est un descendant direct de David, il naît dans la ville où était aussi né David. Mais à la différence de David (et ce n’est pas rien), son règne n’aura pas de fin. »

À l’époque, on appelait le roi d’Israël le « fils de Dieu » parce qu’il était le représentant de Dieu sur terre (voir 2 Samuel 7.14; Psaume 2.7). Pourtant, lui, avait dit l’ange à Marie, il sera « Fils de Dieu » dans un sens très particulier: il sera Fils de Dieu non seulement en tant que Roi éternel, mais aussi parce qu’il sera conçu par l’action du Saint-Esprit (Luc 1.35).

À la lumière de toutes ces données, nous ne pouvons qu’être émerveillés. Quand il sort du ventre de sa mère, Marie le couche dans une mangeoire d’animaux. En soi, cela n’a rien de choquant dans le contexte paysan de l’époque. Mais le lecteur de Luc qui a bien suivi le déroulement du récit se dit: « c’est l’héritier du trône de David, qui n’aura jamais de successeur parce qu’il régnera pour toujours, et c’est le Fils du Très-Haut! »

Ainsi, le plus grand roi de l’histoire naît dans la plus grande simplicité. Jésus est l’héritier ultime du trône de David, mais seule une mangeoire est libre pour l’accueillir dans la ville de David.

Quel abaissement! D’une certaine manière, ce premier abaissement préfigure l’abaissement ultime que sera la croix pour ce Roi. Que fait le Roi par excellence, le Fils de Dieu, sur la croix? La même chose qu’il fait dans une mangeoire à sa naissance: il vient nous sauver. Son règne est salutaire pour nous.

4. La naissance de Jésus est annoncée comme une bonne nouvelle à de simples bergers (Luc 2.8-12).

Le verset 8 nous dit que, près de Bethléhem, des bergers passaient la nuit dans les champs pour y garder leur troupeau. Au verset 9, un ange du Seigneur leur apparaît (il n’est pas nommé) et la gloire du Seigneur resplendit autour d’eux. Comme c’est souvent le cas quand Dieu se manifeste avec splendeur dans la Bible, les bergers sont saisis d’une grande frayeur.

Mais l’ange les rassure, au verset 10, parce qu’il est porteur d’un message de salut:

10N’ayez pas peur, car je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une source de grande joie pour tout le peuple.

Ce sont de simples bergers qui sont les premiers destinataires de cette bonne nouvelle. Les bergers sont des gens simples et relativement pauvres, ce qui rejoint un autre thème important pour Luc.

Dans son cantique, Marie avait annoncé que Dieu était sur le point de renverser les puissants et d’élever les humbles (Luc 1.52). Au début de son ministère, Jésus dira qu’il est venu annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres (Luc 4.18). Ici, c’est l’ange du Seigneur qui annonce déjà la Bonne Nouvelle à des pauvres, situés en bas de l’échelle sociale du temps.

Dans les chapitres qui suivent dans l’Évangile selon Luc, Dieu choisira d’autres pauvres, des malades, des aveugles, des boiteux, des collecteurs de taxes, des gens que tout le monde appelait des « pécheurs ». Pourquoi? Parce que ce sont de telles personnes qui parviennent le plus facilement à reconnaître leur besoin de salut et à laisser le Christ régner sur elles. Ces gens sont ouverts à recevoir l’aide et en particulier le pardon que Dieu leur propose. Ils acceptent de se repentir, c’est-à-dire de changer radicalement.

Pour nous, lecteurs de l’Évangile, c’est plus une question d’attitude intérieure que de statut socioéconomique. En un mot, les bergers nous montrent la voie de l’humilité.

Quelle est donc cette « bonne nouvelle » qui est annoncée aux bergers?

11aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur qui est le Messie, le Seigneur. (Luc 2.11)

Tous les mots sont importants dans cette déclaration très dense et riche:

  • « aujourd’hui »: quand quelqu’un dit « aujourd’hui » dans l’Évangile selon Luc, c’est pour indiquer que le salut promis dans l’Ancien Testament est enfin arrivé.

Ensuite, Jésus est désigné par trois titres:

  • « Sauveur »: Jésus naît pour nous sauver de nos fautes et du juste jugement que méritent nos fautes.
  • « Messie », ou « Christ »: il s’agit d’un titre royal qui signifie « oint ». Le roi recevait l’onction royale, et « l’oint » par excellence était le Messie qui allait un jour libérer le peuple. Jésus est le Roi-Messie tant attendu.
  • « Seigneur »: dans l’Ancien Testament, le Seigneur, c’est Dieu. Qu’est-ce que cela suggère ? Jésus est revêtu de l’autorité divine; il est plus que le Messie, il est « divin ». « Il est né le divin enfant. »

Voilà ce qui est annoncé à de simples bergers.

5. La naissance de Jésus amène une multitude d’anges à célébrer Dieu (Luc 2.13-14).

13Et tout à coup une foule d’anges de l’armée céleste se joignit à l’ange. Ils adressaient des louanges à Dieu et disaient: 14« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, paix sur la terre et bienveillance parmi les hommes! »

Les « lieux très hauts », c’est la demeure de Dieu, le ciel. « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts » signifie « que Dieu soit célébré! »

Quant à l’expression « paix sur terre », elle indique que Jésus apportera la paix, ce bien-être extraordinaire qui découle d’une relation rétablie avec Dieu.

6. La naissance de Jésus est attestée par des témoins qui « voient », « racontent » et « célèbrent » (Luc 2.15-20).

 Au verset 12, l’ange avait donné un « signe » aux bergers:

 12Voici à quel signe vous le reconnaîtrez: vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une mangeoire.

En Luc 2.15-16, tout se passe exactement comme l’ange l’avait annoncé au verset 12. Les bergers se rendent à Bethléhem pour vérifier la présence du signe. Tout est conforme: le nouveau-né est bien couché dans la mangeoire.

En Luc 2.17, les bergers deviennent les premiers témoins de cet événement: ils répètent à qui veut l’entendre tout ce que l’ange leur a dit, et ils annoncent la Bonne Nouvelle aux parents de Jésus et aux autres personnes présentes. Enfin, les bergers célèbrent la gloire de Dieu (Luc 2.20).

Deuxième étape: le message central

Je le résumerais de la manière suivante: dans la ville de David, Dieu a abaissé le Roi venu sauver ceux qui s’abaissent.

Pourquoi peut-on dire que Noël, c’est « renversant » (c’est en tout cas ce qu’indique le titre de cette prédication)? Parce qu’au premier Noël, deux grands retournements de situation se produisent. Ce sont deux renversements tout à fait inattendus.

D’abord, le Roi éternel et divin naît dans la plus grande humilité.

Or ce premier revirement en entraîne un second: de simples bergers – des anonymes, des gens qui n’auraient jamais imaginé faire l’histoire – se retrouvent aux premières loges d’une scène qui bouleversera l’humanité entière. En outre, ils deviennent les tout premiers témoins de la Bonne Nouvelle. En un mot, des gens humbles viennent d’être élevés!

Nous assistons donc à un double mouvement: le Roi est abaissé pour que les bergers soient élevés! Autrement dit, l’abaissement du Roi indique déjà qui voudra bien le laisser régner: les gens humbles qui se savent pécheurs et qui désirent ardemment être secourus par un Sauveur.

Complément

En guise d’illustration et pour faciliter l’application de ce message central dans le contexte contemporain, j’ai fait référence à la chanson « Un peu plus haut, un peu plus loin », véritable hymne québécois composé par Jean-Pierre Ferland (à partir de 31:54).

Voici un extrait des paroles:

Un peu plus haut, un peu plus loin
Je veux aller un peu plus loin
Je veux voir comment c’est, là-haut
Garde mon bras et tiens ma main

(…)

Encore un pas, un petit pas
Encore un saut et je suis là,
Là-haut, si je ne tombe pas…
Non! J’y suis! Je ne tombe pas!

(…)

C’est beau! C’est beau!
Si tu voyais le monde au fond, là-bas
Au fond, là-bas
C’est beau! C’est beau!
La mer plus petite que soi
La mer plus petite que moi
C’est beau!

Quelques ressources à propos de cette chanson bien connue au Québec:

Troisième étape: l’application pratique.

Voici quatre pistes d’application qui découlent du message central de ce texte:

1. Célébrons Dieu!

Les anges l’ont fait, les bergers l’ont fait, faisons de même. Multiplions les courtes prières de louange à Dieu: c’est son plan parfait qui se réalise à Noël!

2. Élevons Jésus!

Dieu l’a abaissé – lui qui est le Sauveur, le Messie et le Seigneur – pour que nous prenions plaisir à l’élever dans notre cœur. Adorons-le, il le mérite! Il a pris sur lui toutes nos fautes, même celles que nous continuons de commettre, sur lesquelles nous n’avons pas encore tout à fait la victoire.

3. Racontons Noël!

Comme les bergers, soyons des témoins. Saisissons les occasions de dire autour de nous ce que signifie Noël à nos yeux.

4. Reconnaissons notre besoin constant du Roi qui sauve!

Son règne est un règne salutaire qui procure le pardon des péchés, puisque le Roi mourra éventuellement sur la croix pour subir la peine de nos péchés (dans la suite de l’Évangile selon Luc).

Jésus nous demande de nous abaisser et d’avoir besoin de lui, à l’instar des bergers. Bien qu’il soit le grand Roi, Jésus ne peut rien faire pour des gens qui s’en sortent très bien tout seuls (d’après eux), qui s’élèvent (pour reprendre une autre expression de l’Évangile selon Luc), qui ne se croient pas malades et qui ne veulent pas d’un médecin (un tel langage est également emprunté à l’Évangile selon Luc).

En revanche, Jésus intervient volontiers et avec toute son autorité royale en faveur  de celles et ceux qui le supplient de les aider et de leur porter secours, principalement dans leur lutte avec le mal et avec le péché.

Complément

 

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Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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