Comment exprimer la vérité dans l’amour concrètement (Éphésiens 4.15)?

« Exprimer la vérité dans l'amour »: quelques pistes concrètes sur le « comment » (pour savoir qui est ma prédicatrice préférée, lisez cet article…)

Dans un billet précédent, j’ai tenté de répondre à la question: Que signifie « exprimer la vérité dans l’amour » (Éphésiens 4.15)? J’ai expliqué qu’il est question, dans ce passage, de la vérité de l’Évangile. Les chrétiens sont invités à se rappeler régulièrement, les uns aux autres, l’immense salut que Dieu a accompli en leur faveur, par pure grâce. Il s’agit d’un « service » (Éphésiens 4.12) confié à tous les membres de l’Église, pour lequel les bergers et les enseignants de notre Église locale nous forment (Éphésiens 4.12). Dans ce sens, tous les chrétiens sont, d’une certaine manière, des « prédicateurs » de la Bonne Nouvelle. 

Mais comment nous y prendre concrètement?

Dans ce billet, je propose quelques pistes pratiques. D’emblée, j’insiste sur ce point: une très large partie de ce « service » qui nous est confié à tous se produit de façon informelle. L’Église, c’est bien plus que des programmes et des structures de ministère. C’est surtout un peuple qui fait l’expérience de relations centrées sur l’Évangile. 

Nous pouvons exprimer la vérité dans l’amour…

1. En partageant ce qui nous touche 

Supposons que votre pasteur est en train de prêcher. Quelque chose vous touche. Non seulement ce responsable vous a informé, mais il vient aussi de vous former

Pour parler en langage figuré: c’est comme s’il avait « posté » une vérité qui vous a interpellé. Comme auditeur, votre job, c’est d’appuyer sur « partager ». Dites à quelqu’un ce qui vous a touché dans sa prédication. 

Qu’est-ce qui se passe alors? Après avoir bénéficié d’une première vague d’impact « en live » pendant le temps d’enseignement, l’Église locale profite d’une deuxième petite vague, puis d’une troisième, et ainsi de suite, quand les auditeurs racontent l’action de l’Esprit en eux. Quand un cœur est touché, en général, la voie est ouverte pour que d’autres le soient aussi. 

Autre exemple: lorsque Dieu vous parle au cours de votre lecture personnelle de la Bible, parlez-en à une autre personne. Dieu ne vous a pas béni seulement pour vous-même; il l’a aussi fait pour atteindre quelqu’un d’autre (autour d’un café ou dans votre groupe de quartier, par exemple). 

C’est ce que j’aime de mon groupe de quartier: il se passe toujours beaucoup de choses, souvent discrètement, avant, pendant et après la réunion (autour de nos tisanes ultra puissantes). 

Quand il y a la vérité, et qu’il y a l’amour, attachez votre ceinture: l’action risque d’être au rendez-vous, dans les cœurs! 

2. En écoutant avant de parler

Dans le même chapitre, en Éphésiens 4.29, Paul écrit :

Ne laissez aucune mauvaise parole franchir vos lèvres ; ayez au contraire des paroles empreintes de bonté, qui aident les autres à grandir dans la foi selon les besoins. Ainsi elles feront du bien à ceux qui vous entendent. 

Pour que nos paroles aident les autres et leur fassent du bien, elles doivent être adaptées à ce qu’ils vivent. C’est la partie « amour » de l’expression « exprimer la vérité dans l’amour ». 

D’abord, j’écoute. Peut-être que je ne comprends pas vraiment ce que tu vis, au fond. Alors explique-moi. Et si le Seigneur me met une parole à cœur en t’écoutant, j’ouvrirai la bouche, si tu permets. 

Apprenons à nous intéresser aux autres et à leur poser des questions ciblées. C’est la base des relations fraternelles, mais trop souvent, nous nous en privons. 

3. En ne cherchant pas à être original 

Il ne s’agit pas de stresser ni d’attendre d’avoir quelque chose de fabuleux à révéler. Comme s’il fallait s’exclamer, à l’instar des prophètes d’antan: « Ainsi parle l’Éternel… » Non, ce n’est pas nécessaire – et même fortement déconseillé. La vérité de l’Évangile, elle est toute simple. Néanmoins, nous, les chrétiens, avons sans cesse besoin qu’elle nous soit redite de manière adaptée à notre situation. 

Parfois, on me demande quel est mon prédicateur préféré. En réalité, il faudrait plutôt parler… d’une prédicatrice, qui s’appelle Laura (et qui est aussi mon épouse). Depuis tant d’années déjà, quand je passe par un moment de découragement, elle me rappelle très simplement une promesse de Dieu. D’habitude, ce n’est rien de nouveau pour moi. On n’a pas affaire à une révélation inédite! Alors pourquoi est-ce si puissant et efficace dans ma vie? Parce qu’elle le fait avec amour, et que c’est ainsi que l’Esprit aime travailler (pas seulement dans les couples, mais dans les relations fraternelles en général). 

Si vous ne savez pas comment exprimer la vérité de la Bonne Nouvelle sans toujours répéter les mêmes mots, pensez « promesses de Dieu ». En effet, toutes les grandes promesses de la Bible sont rattachées à l’Évangile: « Lui qui n’a même pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas aussi tout avec lui? » (Romains 8.32)

4. En abordant aussi les implications morales de la Bonne Nouvelle

Dans certains situations, nous avons désespérément besoin d’entendre les promesses rattachées à l’Évangile. À d’autres moments, il importe qu’on nous rappelle les exigences de vie qui découlent de la Bonne Nouvelle. 

Vivement le miel de la Parole (la Bonne Nouvelle), mais sans oublier qu’elle est aussi notre boussole: elle oriente nos pas. Jésus a dit « Repentez-vous et croyez à l’Évangile » (Marc 1.15). Il n’a pas dit: « Croyez à l’Évangile de manière purement intellectuelle », ou « croyez juste assez pour avoir l’apparence d’un disciple. » La partie « repentance », ne l’oublions pas. Certes, ce n’est pas notre obéissance à Dieu qui nous sauve. Cela dit, la seule réponse qui convient à la Bonne Nouvelle est double: foi et obéissance. 

Pour compléter ce point, voyez mon billet Oser reprendre un frère ou une sœur avec amour et sagesse.

5. En chantant « les yeux ouverts »

En Éphésiens 5.18-19, Paul écrit:

(…) soyez remplis de l’Esprit: ainsi vous vous entretiendrez par le chant de psaumes, d’hymnes et de cantiques inspirés par l’Esprit, vous louerez le Seigneur de tout votre cœur par vos chants et vos psaumes.

Lorsque nous chantons la vérité, nous nous adressons au Seigneur (voilà pourquoi il nous arrive de fermer les yeux en chantant). Or simultanément, nous nous parlons aussi les uns aux autres (ouvrons les yeux et regardons ce qui se passe autour de nous). Nous nous chantons les uns aux autres la vérité dans l’amour. 

Votre Église locale a besoin de votre voix dans cette chorale magnifique. Quand vous n’êtes pas là pour chanter, il manque quelques notes bienfaisantes. Certains lecteurs se diront peut-être: « Moi, je n’arrive pas à chanter! » Qu’importe: si vous chantez faux, mais avec amour, cela sonne juste! L’important est que le message des chants, lui, ne soit pas faux!

De temps à autre, arrêtez-vous de chanter quelques secondes (pas tous en même temps) pour donner à vos frères et sœurs l’occasion de vous chanter la vérité dans l’amour. Cette belle expérience peut être intense.

Lors des anniversaires, les Québécois aiment chanter: « C’est à ton tour de te laisser parler d’amour! » Entre chrétiens, nous nous chantons (pas seulement une fois l’an!): « C’est à ton tour de te laisser parler de la vérité dans l’amour! »

Pour aller plus loin

  • Pour une vidéo qui explique l’ensemble d’Éphésiens 4.7-16, cliquez ICI
  • Pour vous procurer mon commentaire pratique sur Éphésiens (Éditions BLF, 2021), c’est ICI.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et de théologie pratique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime régulièrement sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Il est l'auteur du livre La méditation biblique à l'ère du numérique. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de toutes ses publications.

Articles pouvant vous intéresser

>