Le « culte personnel », quels appuis bibliques?

Dans ce billet, j’examine quelques fondements bibliques de ce que beaucoup de chrétiens appellent le « culte personnel », ce temps de recueillement quotidien habituellement consacré à la lecture de l’Écriture et à la prière.

En effet, une réflexion sur les fondements bibliques de cette pratique s’impose, et ce, pour au moins trois raisons:

  1. Bien que la plupart des chrétiens soient convaincus de la nécessité du culte personnel, moins nombreux sont ceux qui seraient en mesure de défendre sa pratique, Bible en main; or, toute conviction dépourvue d’enracinement scripturaire risque de s’effriter avec le temps, ou, au minimum, de rester purement théorique et de ne pas se traduire par une pratique cohérente.
  2. De plus en plus de chrétiens ignorent en quoi consiste – ou devrait consister – le culte personnel.
  3. Certains chrétiens (voire d’éminents théologiens) ont formulé des objections de principe au culte personnel (à ce propos, voir mon récent billet 7 objections à l’idée d’un « culte personnel »).

L’Écriture nous éclaire à la fois quant au contenu du culte personnel et quant à son principe de base: l’importance de mettre régulièrement du temps à part pour converser avec Dieu.

Seul avec Dieu dans la prière

La prière individuelle est encouragée dans l’Ancien Testament. Pensons à l’exemple de Daniel:

Lorsque Daniel sut que le décret était signé, il monta dans sa maison où les fenêtres de la chambre haute étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem; et trois fois par jour il se mettait à genoux, il priait et louait son Dieu, comme il le faisait auparavant. (Daniel 6.11)

Dans le Nouveau Testament, Jésus prie à l’écart. Les évangiles nous rapportent que, pendant son ministère, il se retirait fréquemment pour prier, en solitaire (Luc 6.12 ; 11.1 ; 22.41). De plus, il invite ouvertement ses disciples à le « suivre » dans ce domaine précis: « Mais toi quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme ta porte et prie ton Père qui est dans le lieu secret, et ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Matthieu 6.6).

La méditation personnelle de la Parole de Dieu

La méditation individuelle de l’Écriture est également une constante d’un Testament à l’autre. Le Psautier, témoin par excellence de la spiritualité du croyant de l’ancienne alliance, s’ouvre par un Psaume qui célèbre la méditation de la Loi: « Heureux l’homme […] qui trouve son plaisir dans la Loi de l’Éternel, et qui médite sa Loi jour et nuit! » Ce texte fait bien référence à « l’homme », au singulier. La nuit, il ne peut d’ailleurs méditer la parole qu’en solo.

Apprenons aussi de Jésus. Au cours de sa tentation dans le désert, il a longuement médité l’Ancien Testament, dont il avait, dès son enfance, mémorisé de longs extraits à la synagogue. C’est ce que l’on peut déduire de ses réponses au diable, qui le tente: par trois fois, Jésus cite le Deutéronome (Luc 4.4, 8, 12). Même sur la croix, il médite encore l’Écriture (Matthieu 27.46).

Par ailleurs, quand l’apôtre Paul dit à Timothée: « Exerce-toi à la piété; car l’exercice corporel est utile à peu de choses, tandis que la piété est utile à tout, elle a la promesse de la vie présente et de la vie à venir » (1 Timothée 4.7-8), il pense certainement à la méditation de la vérité, dans laquelle il veut voir son enfant spirituel persévérer. En effet, il vient d’affirmer, au verset précédent, que Timothée est « nourri des paroles de la foi et de la bonne doctrine » (verset 6). De plus, l’exercice de la piété s’oppose à l’accueil de « fables profanes », de « contes de vieilles femmes » (verset 7). De toute évidence, cet exercice, pratiqué individuellement, s’oriente vers la Parole de Dieu.

D’autres passages du Nouveau Testament – dont certains reprennent des extraits de l’Ancien Testament – suggèrent que le croyant est censé méditer la Parole individuellement:

Jésus répondit: «Il est écrit: L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu [citation de Deutéronome 8.3]. (Matthieu 4.4).

 

Marie gardait le souvenir de tout cela et le méditait dans son cœur. (Luc 2.19)

 

6 Mais voici comment parle la justice qui vient de la foi: « Ne dis pas dans ton cœur: ‘Qui montera au ciel?’ ce serait en faire descendre Christ; 7 ou: ‘Qui descendra dans l’abîme?’ ce serait faire remonter Christ de chez les morts. » 8 Que dit-elle donc? La parole est tout près de toi, dans ta bouche et dans ton cœur [citation de Deutéronome 30.14]. (Romains 10.6-8)

 

16 Toute l’Ecriture est inspirée de Dieu et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, 17 afin que l’homme de Dieu soit formé et équipé pour toute œuvre bonne. (2 Timothée 3.16-17)

 

Mais celui qui a plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui a persévéré, celui qui n’a pas oublié ce qu’il a entendu mais qui se met au travail, celui-là sera heureux dans son activité. (Jacques 1.25)

 

Et ainsi de suite…

Un duo percutant

Enfin, précisons que méditation et prière se complètent mutuellement et interagissent richement. De toute évidence, l’auteur du Psaume 119 a l’habitude de fréquenter solitairement la Parole divine, qu’il prend tant de plaisir à repasser en soi et à réciter, dans un concert au cours duquel il mêle, en habile soliste (ou plutôt: duettiste, car il dialogue avec Dieu!), méditation biblique, louange, requête, plainte, et ainsi de suite. Cette rencontre avec Dieu au moyen de sa Parole, il s’y invite « tout le jour » (Ps 119.97), mais également à des moments précis, qu’il met à part: « au milieu de la nuit » (Ps 119.62), avant l’aurore (Ps 119.147), « sept fois le jour » (Ps 119.164). Il a ainsi plusieurs « cultes personnels » quotidiens! Il y pratique la méditation de l’Écriture et la prière.

C’est clairement biblique et indispensable, mais…

Les textes cités dans ce billet le montrent: oui, le « culte personnel », c’est quelque chose de « biblique » – son fondement et son contenu le sont – et nécessaire. C’est même une priorité pour le chrétien.

Pourtant, quelques points doivent encore être abordés, au risque de remettre en cause certaines idées reçues. Ce sera l’objet de mon prochain billet, « Le “culte personnel” revisité à la lumière de l’Écriture ».

En rapport avec le culte personnel, voir mes autres billets:

Ces billets (comme celui-ci) sont des compléments (et non des extraits) de mon livre La méditation biblique à l’ère numérique. Dans ce livre, je situe la méditation biblique dans de nombreux cadres, pas seulement (loin s’en faut) dans celui du « culte personnel ».

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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