« C’est dans le calme et la confiance que sera votre force! »

Cette déclaration bien connue du Seigneur, transmise par le prophète Ésaïe (Es 30.15), est d’un secours bienvenu à notre époque anxiogène. Elle est le plus souvent citée hors contexte, ce qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, n’est pas toujours inapproprié: comme un certain nombre de promesses de l’Ancien Testament, les chrétiens peuvent la transposer directement à de multiples situations qu’ils vivent sans craindre de faire fausse route (voir par exemple Jos 1.5 en Hé 13.5). Néanmoins, une prise en compte du contexte ésaïen dans lequel elle intervient ne peut que renouveler notre appréciation de ce verset clé. En réalité, la promesse en question s’inscrit dans une alternative qui n’a rien perdu de sa pertinence de nos jours: soit nous faisons calmement confiance à Dieu, soit nous nous tournons vers l’Égypte.

L’espérance illusoire d’une alliance avec l’Égypte

Face à la menace assyrienne, les Judéens sont tentés de faire appel à l’Égypte. Or il s’agit d’une solution tout humaine dont Ésaïe expose la folie (Es 30.1-7). Il déclare:

Ils s’en vont en Égypte sans m’avoir consulté pour se mettre en sécurité auprès du pharaon et pour chercher refuge à l’ombre de l’Égypte! Le refuge du pharaon sera sujet de honte, l’abri que vous cherchez à l’ombre de l’Égypte vous plongera dans une grande confusion. (Es 30.2-3, BS)

S’ensuit une annonce de jugement à l’endroit de Juda (Es 30.8-18), qui découle de son choix malheureux.

Le bon choix

La promesse qui nous intéresse dans ce billet est justement insérée dans cet oracle de jugement (v. 8-18):

Car ainsi parle le Seigneur, l’Éternel, le Saint d’Israël:

C’est si vous revenez à moi, si vous restez tranquilles, que vous serez sauvés, c’est dans le calme et la confiance que sera votre force! (Es 30.15, BS)

Voilà donc le bon choix à faire, celui qui procure une force invincible: mettre sa confiance dans le Seigneur, en toute sérénité!

Toutefois, le prophète est contraint d’affirmer tristement, à la fin du verset 15: « Mais vous ne l’avez pas voulu […]! » À l’offre de retour à Dieu, qui déboucherait, dans ce contexte, sur le salut du peuple face à son ennemi militaire, les Judéens opposent donc une fin de non-recevoir. Dans leur orgueil, ils préfèrent périr avec l’Égypte plutôt que de triompher avec l’Éternel. Ils optent pour l’attrait de la puissance humaine alors que la toute-puissance divine leur est proposée.

Dès lors, un résultat désolant est inévitable: au lieu du calme et de la confiance, ils obtiendront la panique car ils seront rattrapés par un ennemi plus fort et plus rapide qu’eux (Es 30.16-17).

L’espérance au cœur même de l’échec

Heureusement, ce n’est pas le dernier mot de l’histoire. Une lueur d’espoir transparaît (Es 30.18), comme amplifiée par un jeu de mots dans le texte hébreu: l’Éternel est prêt à « attendre » pour faire grâce aux siens, jusqu’à ce que ces derniers acceptent de « s’attendre » de nouveau à lui:

C’est pourquoi le Seigneur attend pour vous faire grâce,

c’est pourquoi il s’élèvera pour avoir compassion de vous.

Car le Seigneur est un Dieu d’équité;

heureux tous ceux qui l’attendent! (Es 30.18, NBS)

Résumons. Les Judéens, plutôt que de respecter leur alliance avec l’Éternel et de s’attendre à lui, font alliance avec l’Égypte, une puissance militaire qui, à l’époque, impressionne. Cette décision regrettable a des conséquences désastreuses pour Juda, qui doit faire face au jugement de l’Éternel. Pourtant, dans le déroulement de l’histoire du salut, un revirement de situation est à prévoir: un jour, Dieu fera grâce à son peuple et le rétablira pleinement.

Le calme et la confiance, notre force

À notre tour, nous devons choisir à chaque jour, et parfois à chaque heure, entre l’Éternel et l’Égypte, entre l’attente patiente du secours divin et les multiples appuis humains à notre disposition, entre la douce tranquillité et la panique programmée.

Le texte d’Esaïe 30.15 est extraordinaire: « C’est dans le calme et la confiance que sera votre force! » Pour qu’il ne reste pas une généralité ou une belle promesse purement théorique, demandons-nous si, face aux difficultés de la vie, nous n’avons pas tourné nos regards vers « l’Égypte » sans consulter l’Éternel (Es 30.2). Quand nous sommes portés à nous inquiéter ou quand nous nous trouvons face à un obstacle de taille, où cherchons-nous refuge? Quelle est notre sécurité?

Mais tout cela ne signifie absolument pas que l’Éternel n’utilise jamais de moyens humains pour intervenir. Au contraire, il le fait régulièrement. Mais l’Égypte symbolise ici les solutions humaines que le Seigneur a proscrites ou qu’il nous aurait interdites si nous lui avions demandé son avis (voir également Es 31.1-3).

Notre tentation la plus fréquente est peut-être de saupoudrer de prières rapides un recours au moins partiel à l’Égypte. Nous voulons « mettre toutes les chances de notre côté », nous allier simultanément à l’Égypte et à l’Éternel. Cela porte différents noms: le « compromis », un « cœur partagé »… Mais Ésaïe nous convie plutôt à une croisée de chemins. Dire oui à Dieu, c’est dire non à l’Égypte. L’alternative n’admet pas de troisième voie.

Voilà pourquoi, comme l’illustre bien le texte d’Esaïe 30.15, l’appel à la confiance en Dieu s’accompagne généralement d’un appel à la repentance. N’hésitons pas à nous abaisser, car reconnaître nos manquements, c’est aussi accéder à la véritable « force », celle que Dieu seul accorde et qui est faite de calme et de confiance.

Dominique Angers

Dominique Angers est professeur de Nouveau Testament et d’homilétique à la Faculté de Théologie Évangélique à Montréal (Université Acadia). Docteur en théologie de l’Université de Strasbourg, il s'exprime chaque semaine sur son podcast vidéo d'enseignement biblique, Parle-moi maintenant. Retrouvez ici quelques éléments de son parcours et la liste de ses publications.

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